[mots d'enfants] Les incollables

Publié le par Ecriveuse

Noël dernier a, bien entendu comme tous les ans, apporté son lot de cadeaux aux monstres a priori sages. Enfin, c’est pas le jour de Noël qui a amené quoique ce soit, mais le Père Noël, alias nous. Plus précisément moi (le Père Noël était overbooké cette année, et le père tout court a du mal à se bouger pour faire les magasins. Donc c’est bibi qui s’en charge à chaque fois, même si ça me gonfle autant). Lasse de leur prendre des jouets qui finissent invariablement en pièces détachées, ou en vrac partout dans la maison, j’ai opté notamment pour un jeu de société ‘les incollables, le jeu’, sorte de trivial pursuit adapté à tous les âges. Sur chaque carte, en effet, il y a une question pour chaque classe : CP, CE1, CE2, CM1, CM2, Collège et Adultes. Je note d’ailleurs que les lycéens n’ont pas voix au chapitre, mais sans doute que c’est parce que les concepteurs du jeu en question connaissent les ados et savent que jouer avec les parents, c’est trop la loose. Bref.

En l’occurrence, ce matin, un lapin… Non, pardon, je m’égare.

En l’occurrence, ce matin, les enfants ont déballé la boîte. Nous avons donc commencé non pas une partie, mais au moins à lire quelques questions, pour voir.

« Alors, on commence par qui ? demandé-je le temps que Justine ait trié les cartes par catégorie.
- Ben par moi ! » me répondent en chœur les deux monstres gentils.

Je soupire. Evidemment, à quoi m’attendre d’autre.

« Je vois. Bon. En général, c’est le plus jeune ou le plus vieux qui débute.
- Mais c’est toi la plus vieille maman ! Alors c’est toi qui commences », énonce doctement ma fille.

Elle n’a pas dû comprendre le regard mauvais que je n’ai pu m’empêcher de lui adresser. En même temps, je devrais savoir qu’il ne faut jamais tendre la perche. Ou le bâton. Parce qu’il me revient toujours façon boomerang dans la tronche.

« Hum. Finalement, je préfère quand on dit que c’est le plus jeune qui commence.
- Ah ? alors non, c’est pas toi, Maman. »

Grmble. Etrangement, le ton de ma fille a semblé dire la même chose que précédemment.

« Allez Robin, commence », le tance sa sœur.

Dont acte.

Robin lance le dé, avance son pion et Juju lit la question. Loisirs.

« Robin, dans quel sport joue-t-on avec de petites raquettes sur une table ? »

J’ai omis de mentionner que Robin n’est pas au CP mais en dernière section de maternelle. Il réfléchit un instant et répond :

« Heu, le tennis ? »

Evidemment. Encore que techniquement, pour paraphraser Coluche, le tennis, c’est pareil que le ping pong, sauf que les joueurs sont debout sur la table.

« Non mon cœur, c’est le tennis.
- Mais c’est pareil ! se révolte le petit.
- Presque. Mais c’est à Juju quand même. »

Ma fille, ravie, s’exécute. Question citoyenneté.

« Alors, vrai ou faux : en France, un homme peut être marié avec plusieurs femmes en même temps ? »

Justine prend son temps et finit par répondre:

« Je dirais non mais je suppose que la réponse, c’est oui. »

Interloquée, je la regarde prête rire. Mais son air blasé me laisse à penser que finalement, c’est peut-être pas si drôle que ça. Et puis si, c’est drôle qu’une enfant de presque 9 ans se sente déjà désabusée.

« M’enfin, Juju ! Pas du tout !
- Ben pourtant, le père de XXX, il…
- Mais non, ma belle, la question c’était ‘en même temps’ !
- Ben oui, j’avais compris ! »

Aie. Il faut vraiment que je m’intéresse à ce qu’elle vit dans ses conversations à l’école avec ses camarades. Histoire de lui expliquer un certain nombre de choses…

« Bon, à Robin.
- Mais et toi, Maman ?
- Bah, moi, je veux surtout vous écouter jouer. »

J’allais quand même pas leur dire que je risquais de ne pas savoir répondre à tout ! Je veux qu’ils gardent encore un peu la notion que je sais (presque) tout sur (presque) tout. Et je suis une mère indigne si je veux.

« Robin, où les ambulances emmènent-elles les blessés ?
- Trop facile, rétorque vivement le petit : en prison ! »

Là, l’éclat de rire a fusé tout seul.

« Mais non, Robin ! réplique sa sœur, professorale. A l’hôpital !!!
- Ah bon ? demande son frère, sinèrement étonné.
- Ben oui ! Quand Mamie s’est cassé la jambe à la maison, on ne l’a pas emmenée en prison ! »

En même temps, Robin ne pouvait pas se souvenir de ça. Il avait à peine 9 mois. Cela étant, on le lui rappellera un jour parce que c’est de sa faute, en effet, si ma môman s’est cassé le fémur à l’époque. Mais c’est une autre histoire.

« Justine, quel peintre célèbre de la renaissance a inventé le parachute et le sous-marin ?
- Je sais, je sais ! s’écrie-t-elle. Léonard… Di Carpaccio !!! »

Alors, dans un premier temps, je suis soufflée qu’elle en ait une vague notion. Ensuite, j’ai une vague angoisse en me rendant compte qu’elle peut aussi faire référence à Di Caprio que je honnis en général.

« Hein ?
- Ben oui, celui qui a peint la femme qui sourit, tu sais ! Comment elle s’appelle déjà ?
- La Joconde ?
- Oui voilà !!!
- Ah tu veux dire Léonard de Vinci ?
- Oui !!!
- Ok, bon, on va dire que c’est bon alors. Rejoue », fis-je soulagée.

Contente, la gamine continue.

« Sur un emballage que signale une tête de mort ?
- Pff, ben la mort, évidemment. »

Ok. Mais c’est peut-être un peu radical comme résultat.

« Pas exactement mais tu n’es pas trop loin du principe.
- Heu… La presque mort ? » tente-t-elle.

J’hésite à lui demander ce qu’elle entend par là mais elle se reprend.

« Ah non, je sais ! Danger de mort !
- Voilà. C’est ça. Rejoue.
- Mais pourquoi elle rejoue ? s’étonne son frère. Moi aussi j’avais presque raison tout à l’heure. »

Je reste une seconde à me demander ce qu’il veut dire et je comprends : je lui avais laissé entendre que pour le ping pong, c’était presque ça.

« Oui mais tu n’avais pas trouvé quand même, trésor.
- C’est pas juste !
- Bah, c’est pas grave, Robin, allez, c’est à ton tour », lui dit sa sœur, terriblement conciliante tout à coup.

Je le regarde tour à tour et ne peux m’empêcher de lancer, narquoise.

« Robin, si tu réussis déjà à faire en sorte que ta sœur soit aussi magnanime, pas de doute, tu tomberas toutes les filles, plus tard…
- Ouais, fait le petit homme. Je leur ferai des prises de judo. »

Ah, celle-là, franchement, je ne m’y attendais pas… J’ai été prise d’un fou-rire qui a mis un temps infini à se calmer. Il allait falloir que je veille au grain. Histoire de ne pas avoir les parents des filles en question sur le dos un jour…

N’empêche, les réponses valaient leur pesant d’or. Vous ne trouvez pas ?

Publié dans Mots d'enfants

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hicham 29/03/2009 10:23

Super, comme à chaque fois!

andrem 17/03/2009 22:14

Je vais appeler la ligue de défense des enfants martyrisés.

Parce que hein, comme ça, on offre un cadeau à Noël et on l'ouvre en mars?

jean Bellamy 16/03/2009 19:37

Ah les mots d'enfants , maintenant moi , il sont tous trop grand , même mon petit fils a déja dépassé cet age tendre !
C'est ça fait un lot , mais ils ne voudrons pas partir !
Quel courage tu as d'écrire ces grandes histoires
car moi avce deux doigts je peine parfois .
Bisou du pépé Jean.

ecriveuse 09/03/2009 17:50

Je me pose la question et je me demande si je ne vais pas faire un lot tiens. Histoire de respirer un peu...

:p

muhammad lust 09/03/2009 17:38

tu les loues tes enfants?