[Nouvelle] Folie Assassine (1/4)

Publié le par Ecriveuse

“On a quoi? demanda, sans prendre le temps de saluer son assistant, le médecin légiste qui venait d’arriver à la morgue.
-    Jeune femme, brune d’environ 25 ans, yeux verts, 1m70, 57 kilos, répondit le jeune stagiaire, en relisant ses notes. Des hématomes sur tout le corps mais pas au visage, ni dans le cou, des traces anciennes, d’autres plus récentes, des cicatrices de marques de couteau ou de cutter également, sur les deux poignets, pas de papier…
-    Heure de l’arrivée ?
-    Il y a 30 minutes…
-    Vous avez déjà une idée de l’heure et de la cause de la mort ?
-    Je dirai vers 19h, il y a donc à peine une heure. C’est le Samu qui nous l’a amenée, ils n’ont rien pu faire. Paraît qu’on l’a trouvée à la gare, plusieurs coups de couteau sur le thorax…
-    Et l’autre ?  poursuivit le légiste en se tournant vers la deuxième table.
-    Pareil, on l’a trouvé à la gare, homme d’environ 35 ans, 1m80, châtain clair, yeux bleus, 80 kilos. D’après les éléments et le fait qu’ils soient morts en même temps quasiment, et au même endroit, la police pense soit à un règlement de compte, soit un crime passionnel.
-    Cause de la mort ?
-    Une balle dans le cœur.
-    Bien, soupira le médecin en chef une fois qu’il eut revêtu son uniforme de travail, voyons ça… »

Il souleva les draps.


∑∑∑∑∑


Elle courait à perdre haleine.

Il pleuvait à verses, chaque goutte d’eau transperçant comme autant d’aiguilles ses vêtements déjà détrempés par des heures de course effrénée ; des bourrasques de vent s’engouffraient avec violence en sifflant sous sa veste, la gelant jusqu’aux os, mais elle devait avancer encore et encore, ne pas y prêter attention, pas plus qu’aux arbres qui bordaient la route et dont l’ombre squelettique semblait vouloir la déchiqueter… Continuer, ne pas se retourner, résister à l’envie de savoir s’Il était encore à ses trousses… Bien sûr qu’Il l’était, la Voix le lui affirmait et la Voix ne se trompait jamais… L’heure était entre chien et loup, le ciel bas et chargé de gris sombre laissait présager, comme une menace, une nuit froide et toujours pluvieuse… La pluie, encore et toujours, la pluie depuis des jours, depuis le début de sa fuite, de sa tentative de liberté… La ville enfin, en vue, quelques centaines de mètres… Quelques dizaines… Elle puisa dans ses dernières ressources pour gagner en rapidité, pour réussir à accéder aux rues piétonnes enguirlandées… Enfin, la foule… avec un peu de chance, elle pourrait s’y fondre et gagner un peu de temps…

L’atmosphère en ce début de soirée de décembre offrait le paradoxe récurrent annuel : tout était illuminé. Certains magasins, pour se mettre à la page, laissaient résonner, en boucle, un de ces airs de Noël dont on ne se débarrasse plus de la journée une fois qu’on les a entendus et qui, suivant les états d’esprit sont synonymes de joie ou d’amère déprime.

Tout en courant, des images lui revenaient à la mémoire, des images d’un autre Noël, où tout allait bien, où la Voix enfin s’était tue pour la laisser vivre comme elle le voulait. C’était si loin maintenant ! Pourtant une seule petite année était passée. Ses yeux verts s’embuèrent de larmes qu’elle sécha rageusement d’un revers de la main, espérant ainsi tuer la nostalgie qui s’emparait d’elle. Elle devait survivre coûte que coûte… Sa dernière chance, c’était d’atteindre la gare, et sauter dans un train qui l’emmènerait vers la capitale. Alors, et seulement alors, elle serait sauvée et pourrait pleurer toutes les larmes de son corps. Mais la gare était encore loin… Le souffle court, un point oppressant sur le côté, ses poumons menaçant d’exploser, elle ralentit jusqu’à s’arrêter pour essayer de reprendre sa respiration et regarder convulsivement autour d’elle, scrutant les visages des passants, certains étonnés, d’autres manifestement emprunts de pitié, d’autres encore l’air réprobateur, sans qu’aucun ne fasse un seul geste vers elle. De toute façon, personne ne pouvait et surtout ne voulait l’aider… Même la police l’avait renvoyée, en laissant entendre qu’elle était cinglée et qu’elle devrait penser à se faire soigner… Mais elle se foutait de ce qu’elle pouvait évoquer chez les autres, ces autres qui lui voulaient du mal et l’empêcher de vivre normalement, sereinement.
La Voix retentit à nouveau dans son esprit fiévreux et aux aguets : elle devait reprendre sa course immédiatement, Il n’était pas loin, Il la retrouverait si elle ne se remettait pas en marche.
Elle se remit à courir…


∑∑∑∑∑


Il s’arrêta un instant, pour tenter de l’apercevoir.

Les rues grouillaient de monde, sans doute des retardataires pour les achats de Noël.

Elle ne devait pas être loin pourtant. Il commençait à s’inquiéter depuis qu’il l’avait perdue de vue à l’entrée de la ville, il pouvait lui arriver tout et n’importe quoi, étant donné l’état dans lequel elle se trouvait… Il se maudit intérieurement de la maladresse et de la négligence dont il avait fait preuve. Pourtant ça aurait dû faire de l’effet, à moins qu’elle ne l’ait deviné, ce qui expliquerait la rapidité de sa réaction, malgré le brouillard qui embrumait son état psychologique.

Un mouvement de foule attira son attention au bout d’une rue sur sa gauche Un sourire éclaira son visage : elle était à sa portée…

Publié dans Nouvelle

Commenter cet article

ecriveuse 14/01/2008 09:24

Je suis blindée de post-it partout, ça ne m'empêche pas d'oublier de les lire :))

Viens quand tu veux, Irène, tu seras de toute façon la très bienvenue :)

irène 14/01/2008 09:17

je reviendrai lire cette nouvelle, je me colle un post-it sur ma petite cervelle d'oiseau.
A plus tard.

zazou 13/01/2008 21:42

J'aime beaucoup le style de ta plume qui donne envie d'en savoir plus.

ecriveuse 12/01/2008 18:33

J'ai un Ego démesuré qui ronronne à ce genre de compliment ^^

Merci à toi :)

chaven 12/01/2008 18:02

Encore un blog qui finira dans mes favoris... très belle plume :)