[Nouvelle] Folie Assassine (4/4)

Publié le par Ecriveuse


Elle arriva enfin en vue de la gare tant espérée. La foule l’avait dissimulée juste assez longtemps pour qu’elle atteigne son but. Il lui suffirait de sauter dans le premier train en partance pour la capitale et là-bas, elle pourrait dans quelques jours à peine disparaître réellement. La Voix ressurgit alors qu’elle se croyait sauvée : « Ne vas pas plus loin, tu ne l’as pas semé, il t’a devancée, il t’attend ! » Non ! Pas maintenant qu’elle touchait au but ! Elle continua d’avancer, en marchant d’un pas qu’elle voulait égal en ignorant et la Voix et son corps qui n’était plus que douleur et froid intense. Elle scruta chaque passant qu’elle croisait, se préparant à l’affront final : elle gagnerait, ou y laisserait la vie. Lorsqu’on est à bout de force, de nerf, de souffle, qu’on n’en peut plus d’avoir peur, il ne reste plus qu’à affronter l’épreuve comme un baroud d’honneur, avec toujours l’infime espoir de vaincre.

Elle le vit… Et sut quelle erreur magistrale son cerveau malade lui avait fait commettre…


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Il ne l’avait pas encore retrouvée mais il approchait de la gare. Elle ne pouvait pas faire autrement que d’y passer. Il ne pouvait qu’espérer qu’elle n’avait pas eu le temps de prendre le train.

Soudain, il reconnut à plusieurs centaines de mètres la silhouette de celle qui partageait sa vie depuis un an. Il se remit à courir en criant son nom…


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Elle se retourna, en s’entendant appeler, par réflexe. Elle l’aperçut qui courait vers elle. Elle reposa son regard, une fraction de seconde trop tard, là où elle avait vu l’autre, celui qui l’avait tellement amochée, qui lui avait tellement fait peur qu’elle en avait arrêté de vivre, qu’elle avait fait le terrible amalgame entre lui et tous les hommes, mais il avait disparu.

Non, Christian n’était pas comme ça ! Christian, lui, avait tout fait pour qu’elle retrouve la santé et qu’elle accède au bonheur ! Elle allait lui dire, lui demander pardon, ils allaient tout recommencer ! Mais d’abord, retrouver l’autre, avant qu’il ne soit trop tard. Et que ce soit lui qui les retrouve…


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Il l’avait vue se retourner vers lui, il était sûr qu’elle avait eu ce sourire qu’il attendait depuis si longtemps, ce sourire qui disait tout, sans un seul mot. Alors pourquoi ne s’arrêtait-elle pas ? Pourquoi se remettait-elle à courir dans la direction de la gare ?

Il accéléra sa foulée.


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Lorsqu’elle sentit l’étau d’une main se refermer sur son bras, elle comprit qu’elle aurait dû attendre Christian. Elle ne fit qu’un seul geste: posant son autre main sur sa bouche comme pour étouffer un cri, elle déglutit péniblement. Il n’aurait rien, plus jamais rien d’elle.

« Où est-il ? murmura à son oreille la voix qui à elle seule aurait suffi à la tétaniser.
-    Je ne sais pas de quoi tu parles, bégaya-t-elle tant bien que mal .
-    Tu voudrais me faire croire que tu as perdu cette habitude que tu as eu pendant 10 ans de jouer les mêmes numéros juste le jour où ils sont sortis ? susurra-t-il en resserrant sa prise comme s’il voulait lui broyer les os.
-    Je ne joue plus depuis que…
-    Que quoi ? Que tu as voulu m’envoyer en taule ? Mais on sort de prison… Avec de la patience et les bonnes personnes, il a juste suffi que je parle à certains camarades de cette manie que tu avais de jouer toujours la même chose et que cette fois, c’était le gros lot pour qu’ils me donnent un coup de main pour me barrer de là. De toute façon, j’avais prévu tôt ou tard de vous rendre une petite visite à toi et à ton pigeon. Il se trouve seulement que c’est plus tôt que je ne l’aurais pensé. Alors, il est où ? demanda-t-il plus durement, tout en l’entraînant toujours vers un coin moins en vue, derrière la gare.
-    Je n’ai pas joué, insista-t-elle, laisse-moi, Christian va arriver, va-t-en, je ne dirai rien à personne.
-    Ben voyons… Dans l’état où tu es, je dirais plutôt que tu essayais de lui fausser compagnie. Pourquoi d’ailleurs ? Il ne frappait pas assez fort lui ? »

La gifle qu’elle lui décocha le laissa quelques secondes sonné. Pas tant par la force mais parce que c’était la première fois qu’elle se défendait. Elle n’allait pas lui avouer qu’au travers de Christian, c’est lui qu’elle fuyait, lui, encore et toujours, et que ces marques c’était elle qui se les infligeait. Elle profita de l’instant de surprise pour se dégager de son agresseur et détaler avec l’énergie du désespoir.

Elle se retrouva dans une impasse, complètement en état de choc mais un éclair dans les yeux de l’autre qui arrivait lui annonça que sa dernière heure était arrivée. La Voix parla pour la dernière fois, dans un murmure : «  Je t’avais dit que jouer te perdrait… »  Alors elle se rua sur l’autre, de toute sa haine. Mais lui, combattant professionnel, sans chercher à l’esquiver, sortit un long couteau de boucher sur lequel elle s’empala avant de sombrer au sol. La douleur fulgurante qui lui arracha un long cri d’agonie ne l’empêcha pas de sourire au dernier moment. Sa dernière pensée s’envola vers Christian, lui demandant pardon pour tout. Alors, l’autre s’acharna sur elle…


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Elle était reparue dans son champ de vision, l’espace de quelques instants fugaces, mais néanmoins suffisants pour qu’il puisse la suivre. En courant, il se rendit compte que manifestement il n’était pas le seul et reconnut avec horreur celui des pattes de qui il l’avait sortie. Il ne se perdit pas en conjectures inutiles de savoir comment et pourquoi il était là, il s’assura que son arme était bien à sa place et se rua à leur poursuite de plus belle.

Lorsqu’il l’entendit hurler, il sut que l’autre avait frappé. Se dirigeant au cri, il l’appela encore et encore, jusqu’à arriver  dans une impasse et la voir couverte de sang, effondrée à terre comme une poupée désarticulée, tandis que l’autre continuait de frapper. Il sortit son pistolet et lui tira dessus. Il ne sut dire s’il l’avait touché mais l’autre bondit sur ses pieds avec une rapidité foudroyante. En un souffle, d’un coup de pied d’une précision redoutable, il l’avait désarmé et le dévisageait, le regard fou, les cheveux hirsutes, rouge des pieds à la tête.

D’un second geste, tout aussi précis que le premier, l’autre s’était emparé du pistolet et l’en menaçait :

« Donne-le moi, ordonna-t-il
-    Mais, mais, quoi ? bredouilla-t-il, encore sous le choc de ce qui venait de se passer.
-    Le ticket de Loto, donne-le-moi, précisa l’autre en pointant l’arme sur le psychiatre .
-    Laissez-moi lui porter secours, je n’ai pas de ticket de Loto, je ne joue jamais !
-    Elle a dit que tu l’avais !
-    Mais elle non plus ne joue jamais !!! Laissez-moi, vous voyez qu’elle perd son sang !!!
-    Là où elle est, elle n’a plus besoin de quelque secours que ce soit… Pour la dernière fois, donne-le-moi !!!
-    Mais enfin !! Je n’ai… »

Le coup de feu lui coupa la parole. Il n’y eut aucune douleur, aucun cri, il s’effondra au sol, le cœur transpercé par une de ses propres balles.





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« Tiens, tiens, qu’avons-nous là ? s’étonna le médecin légiste, penché sur l’estomac du corps sans vie de l’inconnue, et en sortant à l’aide d’une longue pince très effilée une petite boule blanchâtre parsemée de sang.
-    Un morceau de papier on dirait, avisa le stagiaire.
-    En effet, un morceau de papier, et pas n’importe quel genre, confirma-t-il en le déroulant avec précaution et patience, regardez attentivement, on y distingue encore des numéros…
-    De Loto on dirait, acheva l’assistant. D’il y a quelques jours, c’est récent.
-    Appelez le Commissaire, dites-lui que je crois que nous tenons un mobile et qu’il fasse vérifier les numéros gagnants des trois dernières semaines. Si c’est bien ce que je crois…
-    Tout de suite ! »


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Le lendemain matin, en prenant son petit-déjeuner, le médecin déplia son journal quotidien qui titrait : « Drame du Loto : la grande gagnante de la super cagnotte retrouvée sauvagement assassinée ». Il le replia en soupirant…

Il savait que l’auteur du double meurtre avait été arrêté un peu plus tôt la veille au soir, alors qu’il s’était rendu à l’hôpital pour soigner une blessure par balle à l’épaule. Son allure, couvert de sang, et ses dénégations en avaient fait le suspect numéro 1, aussi avait-il été entendu par la police. Mais malgré toutes ses protestations, sa blessure correspondait bien aux balles du revolver trouvé près du corps du psychiatre. Un fou furieux évadé. L’essentiel était qu’il soit mis hors d’état de nuire, et le médecin savait que le Commissaire y veillerait personnellement…


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Publié dans Nouvelle

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jeanmich 19/02/2008 21:58

Salut l'écriveuse ! ette formule n'est pas très joile ! Je recmmance : Salut, miss !
J'ai lu ta nouvelle d'un seul trait. C'est captivant, habilement amené, plein du suspens indispensable et le dénouement est original. C'est vraiment une histoire de cinglés. J'aime personnellement mettre en scène la schizophrénie et j'aime à lire des textes comme les tiens. La critique ? Laisse dire... "La critique est aisée, seul l'art est difficile." Quelques bisous, peut-être ?

ecriveuse 19/01/2008 17:17

Oliv, ah ben tu vois, ça pourrait bien aller quand même avec ton texte à toi :D

Oliv 18/01/2008 13:29

coucou ! :)

ecriveuse 14/01/2008 19:19

Merci ;)

vasy07 14/01/2008 16:45

Hé!ben! J'ai raison de ne pas jouer au loto! ;D
Suspens bien soutenu!