Profil

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Conte

Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /Déc /2008 11:19

Il était une fois une employée de la CPAM de ****.

Durant une dizaine d’années, elle allait, guillerette, tapoter sur son clavier tous les jours de la semaine, au temps passé où les semaines marquaient 39 heures. Elle pointait, se sentait à l’aise avec ses collègues et ses cadres, avec qui, toutefois, elle se gardait d’entretenir des relations autres que professionnelles. Pas de copinage, pas des restau à midi entre ses camarades de labeur et elle, juste du travail.

Tant et si bien qu’en peu de temps, au regard d’autres parcours, elle gravit ses échelons, tranquillement, sans jamais écraser quiconque sur son passage. Pour elle, le sourire était de mise, et son rôle premier était de justifier son salaire en remboursant vite et bien les assurés sociaux. Que ce soit à l’accueil ou au téléphone, sa bonne humeur résonnait et lui avait valu, à plusieurs reprises, des remarques sympathiques aussi bien de la part du personnel de l’entreprise, toutes fonctions confondues que des personnes qu’elle renseignait. Seuls quelques syndicalistes qui n’avaient de syndicalistes que le nom, la diabolisaient en clamant qu’elle était une stakanoviste qui mettait en péril la tranquillité d’esprit de ses congénères. Ce dont elle n’eut cure, continuant son petit bonhomme de chemin.

Mais comme dans tout bon conte de fées qui se respecte, il fallait bien qu’un jour, une sorcière fasse son apparition. Comme nous sommes dans un monde dit réel, la sorcière n’avait pas le nez crochu, ni une infâme verrue sur le visage, ni rien qui puisse la différencier des autres cadres avec qui notre héroïne avait l’habitude de travailler. La mauvaise fée était même une jolie femme, et faisait parfaitement illusion quant à ses capacités.

Notre employée, pas méchante pour un sou, sans doute d’une naïveté digne du petit chaperon rouge d’antan, se plia sans broncher aux règles de sa nouvelle responsable. Elle n’avait rien à cacher, permit l’ouverture de son courrier personnel, ne voulant pas créer de tension inutile bien que sur le sujet elle estimait que l’abus pointait déjà le bout de son nez. Au bout de quelques temps, elle commença à se remettre en question, en constatant que rien de ce qu’elle faisait n’avait l’heur de convenir. Elle tenta du mieux qu’elle put de suivre les directives, évita les initiatives qui lui semblaient couler de source, et… commença à dépérir. Au bout de 6 mois, elle en vint à la conclusion, grâce à l’une des seules collègues avec qui elle avait noué des liens d’affection, que le problème ne venait pas d’elle mais de sa responsable. De là, elle observa l’attitude de la Dame, pour se rendre compte qu’en effet, elle n’était que le bouc émissaire idéal d’une hystérique. Ses tiroirs furent vidés sur son bureau. On la somma de faire disparaître ses archives professionnelles qui n’avaient, semblait-il, rien à faire sur son lieu de travail, on la montrait du doigt devant tout le monde, tandis que lorsque des administrateurs faisaient état de sa compétence auprès de sa chef, cette dernière l’en informait bien à l’abri dans son bureau. On lui jetait ses dossiers sur le bureau plutôt que de les lui donner, autant de petits détails qui eurent, au long cours, raison de sa santé. Elle découvrit les joies du malaise vagal, la peur de venir travailler, les genoux qui flageolent, les sueurs froides en arrivant en vue de son lieu de travail, et surtout un psoriasis pustulaire qui mettait ses paumes en sang … Son médecin de famille, qui la connaissait depuis son enfance avait plusieurs fois tenter de la faire s’arrêter et la mettre en arrêt, ce qu’elle refusait à cause de la masse de travail à accomplir. Jusqu’au jour où, n’y tenant plus, elle accepta enfin le conseil médical. Ça faisait un an qu’elle subissait sans broncher, et son corps la rappelait à l’ordre.

Elle demanda un entretien avec le patron, et argumenta qu’elle venait travailler depuis une dizaine d’années avec le sourire, le cœur léger. Que c’était devenu un cauchemar. Il lui fut rétorqué laconiquement qu’elle avait eu de la chance pendant dix ans…

C’est à ce moment précis qu’elle comprit qu’on ne l’aiderait pas. Qu’on ne reconnaîtrait pas son souci. On la changea de service, l’envoyant travailler à plusieurs kilomètres du siège. Sans doute eut-on peur qu’elle cède à un mouvement de colère. Elle resta en arrêt deux mois complets. Elle tenta de reprendre entre les deux mois, mais constata que c’était pire. Au final, un cadre qu’elle appréciait lui exprima qu’il avait besoin d’elle dans son service. Elle ne pouvait pas rester entre ses quatre murs indéfiniment. Et puis elle se considérait comme forte, et voulait reprendre une vie normale. Elle se rendit donc dans son nouveau service, mais pour la première fois, elle choisit un temps partiel, se recentrant sur sa famille et sa fille âgée de moins de deux ans.

Le cœur n’y était plus. Elle ne parvenait pas à se débarrasser de son psoriasis, et malgré les témoignages de ses anciens clients avec qui elle était parvenue à créer un véritable climat de confiance, et qui lui avaient demandé ce qu’ils pouvaient faire pour qu’elle réintègre son ancien poste, elle se sentait mal rien que par le fait de venir travailler. C’était un malaise diffus, permanent.

Puis elle sut qu’elle était enceinte de son deuxième enfant. A ce stade, elle prit conscience qu’elle pourrait bénéficier d’un congé parental de 3 longues années. Son psoriasis disparut le lendemain même, sans laisser aucune trace, de manière spectaculaire.

Elle profita donc de ces trois années bénies. Elle dut reprendre, mais choisit à nouveau un temps partiel. Elle tint le coup pendant quelques mois, mais finit par se rendre compte que loin d’en avoir terminé avec son ancienne responsable, et du fait que rien n’avait été réglé, elle ne pouvait pas continuer. Elle demanda donc un congé sans solde, puis un congé sabbatique.

Deux ans plus tard, elle en était toujours au même point : l’impossibilité de se sentir bien, avec toujours un sentiment d’insécurité. Elle demanda à rencontrer les dirigeants, une nouvelle équipe de direction. Elle exposa les faits. On lui proposa un rupture conventionnelle de son contrat de travail. Son but n’était pas de saigner à blanc son employeur. Elle était disposée à faire des concessions, ainsi que l’engage tout type de négociation. Mais en fait de négociation, on refusa toutes ses prétentions en bloc pour finalement, l’enjoindre de reprendre à la date prévue.

En soupirant, et avec le psoriasis sur le point de reparaître, elle constata qu’on l’avait simplement menée en bateau. Une fois encore.

Pour bien montrer qu’elle ne cherchait qu’un juste dû, elle va tenter encore un chose. Si cela ne devait rien donner, elle est décidée à aller au bout des choses. Alors même qu’elle ne voulait pas en arriver à demander à la justice d’intervenir.

Mais après tout, quiconque provoque un préjudice est tenu de le réparer . Et en la matière, le délai de prescription est trentenaire. Puisque manifestement ils veulent l’obliger à mobiliser son énergie dans cette histoire, elle le fera.

Après avoir tout tenté pour que les choses se passent sans heurt…

 

Par Ecriveuse - Publié dans : Conte - Communauté : La gazette des blogs
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 13:12

D'après les idées de ma fille, en février 2007 (ce qui m'a donné envie finalement d'écrire aussi pour les enfants, alors que je m'en croyais incapable...)

Il y a très longtemps, vraiment très très très longtemps, quand les grandes personnes savaient encore que la magie existe, comme le savent toujours tous les enfants du monde entier, vivait un genre de marmite particulièrement… particulière.

Ces marmites étaient d’un cuivre parfait, d’une forme exquise, ronde avec une anse toute mignonne et toute fine, et surtout, elles étaient destinées à un rôle extraordinaire : avoir toujours leur ventre dodu plein de jouets pour les enfants de l’univers. Parfois même, pour les familles très pauvres, comme celle du Petit Poucet, elles contenaient des pièces d’or pour que ces familles puissent vivre dignement, manger à leur faim, avoir une maison et que les petits puissent apprendre à lire et à écrire. Parce que c’est très important de savoir lire et écrire : si tu ne connaissais pas les lettres, tu ne pourrais pas connaître cette histoire puisque tu ne pourrais pas la lire ! Bref, ces marmites pouvaient rendre tout le monde heureux.

Pour apprendre comment faire apparaître tout cela, elles devaient aller dans une école très spéciale, où de très vieilles autres marmites leur enseignaient tout ce qu’elles savaient : se trouver au pied de chaque arc-en-ciel qui se dévoilait dans le ciel à la fin d’une averse, réciter les sorts qui permettaient d’avoir le ventre toujours plein pour que même la dernière personne qui la trouvait ne soit pas triste de n’avoir pas de jouet, etc. Pendant des siècles, tout se passa bien. Oh, bien sûr, parfois l’une des nouvelles élèves faisait des bêtises ou n’apprenait pas ses leçons, mais jamais il n’y eut de gros problème.

Jusqu’au jour où un accident  terrible se produisit : pendant une leçon, l’une des jeunes marmites qui avait refusé de fermer les yeux durant toute la nuit, très fatiguée d’avoir veillé, tomba dans un sommeil profond. Si ça avait été le cours d’arc-en-ciel, ça n’aurait pas eu trop d’importance : elle se serait fait gronder puis un peu punir, comme c’était déjà arrivé à bien d’autres avant elles. Mais c’était un autre cours : celui de mijotage. C’est-à-dire qu’elle était sur le feu, en attendant que chauffent les potions qui créaient les jouets neufs. Parce que les marmites font partie de la famille des casseroles et que lorsqu’elles n’étaient pas magiques, on les mettait autrefois dans la cheminée pour faire cuire la soupe, ou le lait, ou toute autre chose. Et comme elle s’est endormie trop longtemps, elle en est devenue toute noire de suie. Elle eut beau nettoyer, et nettoyer encore, le terni restait toujours. Elle qui était si belle, avec le brillant de son orange, devint depuis ce jour-là, la Marmite Vilaine. Il faut savoir que le mot vilaine veut dire deux choses : la première, c’est méchante, bien sûr, mais la deuxième, c’est laide. Dans un premier temps, elle était toujours gentille, mais très très laide. Elle avait honte d’avoir désobéi et de s’être endormie pendant sa leçon, et elle en fut très malheureuse. Mais le pire, c’est que toutes ses amies n’arrêtaient pas de se moquer d’elle, tout le temps, juste parce qu’elle n’était plus comme les autres. Alors, peu à peu, la jeune Marmite devint aussi méchante qu’elle se croyait laide.

Malgré tout, elle réussit tous ses examens, et devint en même temps que les autres une Marmite Magique. Comme elle était toujours toute seule, et que plus personne ne lui adressait la parole, sauf pour se moquer d’elle, elle avait appris plein de choses magiques pour s’occuper et surtout, elle avait développé un pouvoir puissant : elle savait comment créer un tourbillon de vent d’une telle force qu’il pouvait envoyer une personne à l’autre bout de la terre en une seconde ou rendre la personne tellement petite qu’elle tombait dans la Marmite sans pouvoir en ressortir.

Quand elle eut fini l’école, elle décida que puisque tout le monde la considérait comme Vilaine/Méchante, elle resterait donc Vilaine/Méchante. Elle commença par faire rapetisser la plus Gentille des Marmites, la seule qui ne se moquait pas d’elle. Mais Vilaine savait que c’était aussi la seule qui aurait pu la contrer. Marmite Gentille n’avait pas beaucoup de pouvoirs : seulement celui de faire apparaître un arc-en-ciel quand elle le voulait, parce que les arc-en-ciel avec toutes leurs couleurs, c’est l’Espoir. Vilaine, elle, devait attendre qu’un arc-en-ciel apparaisse tout seul pour pouvoir se remplir de jouets et se positionner à l’une de ses extrémités. Dès que quelqu’un approchait, hop ! un coup de tourbillon et le curieux lui tombait dedans ou était envoyé très loin. Sans grand espoir de retour…

Mais, évidemment, on ne peut pas faire du mal sans que ça ne se sache un jour ou l’autre. Des plaintes commencèrent à arriver aux oreilles des arc-en-ciel qui s’inquiétèrent de savoir ce qui se passait. Ils observèrent la Marmite Vilaine faire ses méchancetés et virent que les enfants étaient de plus en plus malheureux parce qu’ils n’avaient plus de jouets depuis longtemps. Cela ne pouvait plus durer ! Il fallait faire quelque chose ! Les arc-en-ciel se réunirent en grand secret, tout en haut du ciel pour ne pas que la Marmite Vilaine les entende et firent venir la plus vieille Marmite Magique qui existait pour savoir si elle connaissait un moyen d’enlever les pouvoirs à celle qui faisait tant de mal. La doyenne des marmites réfléchit toute une année et leur répondit :

« Il se trouve au fond de Vilaine une épée magique. Cette épée magique doit être prise par un Prince pour délivrer ceux qu’elle a avalés et détruire également le mauvais sort des jouets qui y sont enfermés. Mais faites attention ! Elle est redoutable, Vilaine, et très intelligente ! »

Forts de cet indice, les arc-en-ciel commencèrent à chercher quel Prince, de par le monde, était assez courageux pour risquer de chercher l’épée magique.

Au moment où ils commençaient à se décourager, Vilaine commit l’erreur de trop : une jolie Princesse, Elina-Blanche, s’était approchée d’elle, et elle l’avait avalée ! L’erreur c’était qu’Elina-Blanche était fiancée au Prince Chocolat, qui était un jeune homme courageux et très amoureux de sa Princesse. Il décida donc de tout mettre en œuvre pour la retrouver, coûte que coûte.

Voyant cela, les arc-en-ciel surent qu’ils avaient trouvé leur champion, celui qui mettrait un terme au joug de Vilaine. Ils le firent donc apparaître là où ils tenaient séance et lui expliquèrent la situation.

« Je n’ai pas peur ! s’écria le Prince Chocolat. J’irai chercher ma fiancée, et personne, surtout pas une marmite, ne pourra m’arrêter !
- Fais attention, jeune prétentieux, rétorqua la vieille marmite. Il te faudra trouver le seul moment où Vilaine n’est pas attentive. Et ce moment-là ne dure jamais que deux ou trois minutes dans une journée !
- J’aurai toutes les patiences, et j’y arriverai ! »

La vieille marmite eut un sourire de satisfaction. Elles avait compris qu’en effet, le seul qui pouvait réussir, c’était bien lui…

« Puisque tu es décidé, voici un parchemin avec un sortilège très puissant qui te donnera un peu de temps supplémentaire. Vas-y doucement, quand tu l’utiliseras : tu disposeras de quelques minutes de plus, et ça fera dormir Vilaine. Mais au moindre bruit, elle se réveillera et tu disparaîtras à jamais », prophétisa-t-elle.

Après l’avoir vivement remerciée de son geste, le Prince fut envoyé tout près de là ou Vilaine avait élu domicile, au pied du plus majestueux des arc-en-ciel.

Se perchant sur un arbre, il attendit que tombe la nuit, afin de donner encore plus de chances à son sort de fonctionner.
Abracadabra ! Vilaine, n’ayant rien vu venir, et se croyant la plus puissante de tous, plongea dans un sommeil très lourd.

Avec d’infinies précautions, Chocolat déscendit dans la marmite pour trouver l’épée. Les minutes tournaient et il y avait tellement d’objets qu’il eut beaucoup de mal à mettre la main sur ce qu’il lui fallait. Au moment même où il la tint, Vilaine s’éveilla et entra dans une colère noire. Mais il était trop tard : le Prince brandit l’Épée bien haut et d’un coup, tout ce qu’il y avait à l’intérieur de Vilaine disparut, la laissant sans énergie, donc sans pouvoir…

Il ne restait plus qu’une forme humaine couchée qui semblait dormir. Gardant fermement l’épée, Chocolat s’approcha et découvrit sa fiancée. Elina-Blanche s’éveilla et lui sourit.

« Je savais que tu me retouverais !
- J’aurais fouillé la terre entière et au-delà même, mais j’avais juré de réussir. Il ne me reste plus qu’à détruire cette marmite méchante…
- Non attends, fit la Princesse.
- Comment ?!
- Tu sais, au fond, elle n’est pas si méchante. Je crois que c’est surtout la faute des autres si elle est devenue comme ça ! Nous avons beaucoup parlé toutes les deux, et je crois qu’elle ne veut qu’une chose : être aimée, malgré le fait qu’elle soit abîmée…
- Tu es trop gentille, je suis sûr qu’elle est méchante moi !
- Mais non ! Bon, elle a mal agi, ça c’est vrai. Mais moi je crois que si je la prenais avec moi, on serait de bonnes amies… Qu’en penses-tu Vilaine ? »

Un court silence passa…

« Tu crois vraiment que je ne suis pas méchante ? demanda Vilaine d’une petite voix.
- J’en suis convaincue ! Je n’ai manqué de rien pendant que tu me gardais…et ce n’est pas parce que tu as un physique différent que ça veut dire que tu es méchante ! Veux-tu que nous essayions ?
- Je crois que j’aimerais avoir une amie comme toi, Elina-Blanche.
- En ce cas, nous allons te ramener chez nous. Mais attention ! Dans un premier temps, fini la magie !
- D’accord ! Je veux bien ne servir qu’à cuire les aliments, fit Vilaine toute joyeuse.
- Je crois même que je vais t’appeler autrement que Vilaine… Que dirais-tu de ‘crémaillère’ ?
- C’est joli… Et ça a l’air gourmand… comme crème !
- Oui, c’est ça : grâce à toi, nous allons pouvoir faire de très bon repas… sucrés et salés ! »

Tous trois repartirent donc vers le pays du Prince Chocolat et de la Princesse Elina-Blanche.

Peut-être que c’est depuis ce jour-là que, quand on emménage quelque part, on appelle ça ‘pendre la crémaillère’…

Par Ecriveuse - Publié dans : Conte - Communauté : les auto-édités
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /Jan /2008 13:16
Pour Hicham, parce qu'il m'a "obligée" à mettre cette fable en ligne :D

(Jeu Tue Il? Je Tue Il? Je Tus Il? allez savoir...)

Un Je déambulait nonchalamment au gré de ses humeurs, se glorifiant de ce qu’il était, à savoir justement… un Je…

Il avait tout vu, tout fait, tout appris, en particulier sur la manière d’être des autres Tu qu’il avait été amené à croiser tout au long de son existence. Il se payait même le luxe de les avoir compris, fort de son écoute et de la qualité de son attention sur ce qui lui était confié…même si sa légendaire modestie lui interdisait de s’en vanter…

Pourtant, malgré ces victoires dont il était si sûr, une vague impression de vide le tourmentait… comme si ce Je avait raté quelque chose d’important, pour ne pas dire d’essentiel…
Balayant la pensée importune d’un geste agacé, il poursuivait sa route, toujours aussi certain de la solidité des bases de ses… certitudes…

Un autre Je, moins éclatant mais tout aussi confiant en son propre savoir, se promenait tranquillement là où le menaient ses envies, sans trop penser aux autres Tu qui n’étaient finalement que des étrangers à sa petite vie confortable qu’il affirmait pourtant sans à priori…

Ce Je, très satisfait également de tout ce qu’il avait appris tout au long de sa vie, ne cherchait pas à s’embarrasser d’une chose qui ne lui semblait d’aucune utilité, à savoir l’expérience des autres Tu, forcément bien moins avancés que lui, et donc absolument obsolètes quant à ses désirs personnels… Après tout, si les autres Tu ne lui permettaient pas d’évoluer, c’est qu’il n’en avait pas besoin, ni d’évoluer, puisque déjà très élevé, ni des autres qui ne risquaient que de lui faire perdre son temps si précieux…

Ce qui devait arriver arriva :

Le premier Je rencontra le second Je…
Pour chacun l’autre était tout sauf un Je… l’autre était un Tu…

Le premier Je, particulièrement condescendant toisa avec une fausse aménité le second, et lui demanda :
« Tu sais, Je peux sans doute t’aider… »

L’autre, surpris et irrité, sursauta :
« Tu sais, Je n’ai rien à apprendre… »

Décontenancé, autant que le second était irrité, le premier Je trouva gonflée la prétention de ce Tu à s’approprier son Je si longtemps préservé et l’observa attentivement avant de lâcher :
« Tu n’as aucun droit de dire Je, tu n’es qu’un Tu !! »

L’autre de plus en plus fâché lui retourna dans la seconde :
« Mais de quel droit parles-tu à ma place ?? »

S’ensuivit une terrible dispute entre les deux Je, entre les deux sourds…

Intervint alors une troisième voix , plus fluette, mais tellement plus claire, qui parla en ces termes :

Je déposerai mon fardeau égocentrique
Au pied de mon orgueil fantasmagorique
Et je retrouverai la légèreté de l’Ame
Celle sans qui finalement je ne suis que blâme…
    
Blâme des autres, reflet miroir de mon Je,
Puisqu’aussi bien, c’est de l’Humain l’apanage,
Blâme du Je calimérotesque et vil
Qui en oublie que lui non plus n’est pas subtil…

Je, Moi, lui, vous, eux, pronoms si souvent usés,
A tort ou à raison, toujours réemployés,
Alors que l’on forme, il me semble, un grand Tout,
Et si le seul qui soit vrai en fait, c’était Nous ?


Les deux Je s’arrêtèrent net…et d’un seul Je lui tordirent le cou…

Si entre Je, il est question de Nous, mais franchement, où va le monde !!!

Quoiqu’à tout bien considérer, en s’unissant ainsi, les deux Je n’ont-ils pas fait un Nous ?
Par Ecriveuse - Publié dans : Conte - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus