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Jeudi 27 mars 2008

« Holà ! fit l’aide-soignant en le retenant de justesse. M’ieur Ponti, ça va ? Je vais vous raccompagner dans votre chambre.
- Inutile, tenta de protester Mat, ce n’est qu’un vertige. Je retrouverai ma…
- Je ne peux pas vous laisser remonter tout seul, je vous ramène, le coupa son interlocuteur, en raffermissant son étreinte autour de la taille du convalescent.
- Je ne comprends pas ce qui m’a pris. Je me sens bien pourtant…
- Vous savez, vous avez quand même vécu quelque chose de pas banal… Normal que votre corps vous intime de vous reposer !
- Mouais… fit Mat peu convaincu.
- Vous verrez, d’ici la fin de la semaine, vous serez tout à fait remis. Faites-nous confiance ! ajouta l’aide-soignant avec un grand sourire.
- Nous ? interrogea Matteo, surpris.
- Ben oui, nous, le personnel médical, quoi !
- Ah oui, pardon… »

Il leur fallut peu de temps pour arriver au 34B.

« Voilà, vous y êtes. Profitez-en pour vous reposer surtout. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez, ou même demandez-moi : je suis de nuit aujourd’hui.
- Parce que vous êtes à mon étage ?
- Oui M’sieur.
- Très bien… Mais avec tout ce que j’ai dormi ces derniers temps, je ne suis pas sûr que…
- Je suis convaincu que vous pouvez trouver le sommeil. Ou du moins laisser le sommeil vous trouver… Quand j’ai du mal à m’endormir, je ferme les yeux, et je pense à des souvenirs agréables, à des images apaisantes. Je suis certain que vous en avez, vous aussi. Essayez !
- De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix, n’est-ce pas ?
- Bah, vous avez la télé sinon. Mais à cette heure-ci, il n’y aura pas grand chose.
- Non, en effet, je ne suis pas très télé… Je vais essayer de laisser le sommeil me trouver, comme vous dites, soupira Mat. Et merci de m’avoir raccompagné !
- Je vous en prie. C’est tout naturel », sourit l’interne avant de se diriger vers la porte.

Au moment où il allait sortir, Mat lui posa encore une question :
« Je ne sais même pas votre nom !
- Alex.
- Merci Alex ! A plus tard !
- Oui, à tout à l’heure… »

Il refermea doucement la porte sur lui, laissant Matteo dans le silence ouaté de sa chambre. Il était sûr d’avoir entendu cette voix. Sûr et certain. Mais ça ne pouvait qu’être une coïncidence : après tout, il n’était plus sous l’eau, mais revenu sur la terre ferme. D’ailleurs, ça le ramenait à une autre problématique : comment expliquer ce qui lui était arrivé, sans qu’on le prenne pour un fou ?

Le sommeil le fuyant, ou lui fuyant le sommeil, il chercha dans les affaires que lui avaient ramenées Caro s’il n’y avait pas un bloc-notes. Il sourit en constatant qu’elle y avait pensé et se mit immédiatement à écrire. Il jeta sur le papier tout ce qui lui était arrivé, ou du moins tout ce dont il se souvenait. Après tout, à défaut d’être crû, il pourrait faire passer ça pour une nouvelle de SF ou de fantasy… Et ça lui permettrait peut-être d’y voir un peu plus clair.

Alors qu’il relisait ce qu’il avait écrit, quelques heures plus tard, on frappa discrètement à sa porte. Mat jeta un coup d’œil à sa montre et constata qu’il était presque 23h.

« Entrez !
- J’ai vu de la lumière, je me suis dit que vous aimeriez peut-être une boisson chaude, sourit Alex qui tenait un plateau.
- Ah, merci.
- Alors ? Toujours pas fatigué ?
- Non, toujours pas. Cela dit, c’est souvent comme ça quand j’écris : je ne vois pas le temps passer…
- Et vous avez écrit sur quoi, si ce n’est pas indiscret ?
- Disons que dans la mesure où ce n’est pas terminé, je préfère garder le sujet pour moi…
- Pas de problème. Bon, je vais retourner à mon poste. Vous n’avez besoin de rien ?
- Non, non. Merci. Au cas où, je sonne », termina Mat en souriant.

Alex quitta la chambre.

par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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Vendredi 21 mars 2008

« J’avoue que je ne comprends pas comment c’est possible.
- Mais vous êtes sûr, Docteur ?
- Aussi sûr qu’on peut l’être. Les radios ne montrent aucune fracture. Le scanner ne présente aucune anomalie.
- En ce cas, pourquoi ne se réveille-t-il pas ? Il est dans le coma ? Pourquoi ne rien me dire ? Je peux tout entendre !
- Je vous l’ai dit, Caroline : en l’état actuel des choses, cette situation est inconnue dans le milieu de la médecine. Pour nous, il dort. Ce n’est même pas un coma de quelque nature que ce soit ! »

Un soupir à côté d’eux les alerta. Ils s’aperçurent alors que le miraculé les regardait d’un air indéchiffrable.

« Mat ! s’écria sa compagne en se précipitant pour lui saisir la main, tandis que le médecin vérifiait le poul de son patient. Enfin tu es réveillé !
- Où sommes-nous ? parvint-il à articuler sur le ton pâteux de celui qui n’a plus ouvert la bouche depuis des jours.
- A l’hôpital de Brest, voyons ! Tu te souviens de ce qui s’est passé ?
- Je ne sais plus trop…
- Laissez-moi faire Caroline, intervint le praticien. Allez donc chercher un café. Tout ira bien, continua-t-il en la voyant prête à refuser.
- Très bien. Je reviens tout de suite mon cœur », fit-elle, vaincue, en déposant un baiser léger sur les lèvres de Mat.

Le médecin l’accompagna à la porte qu’il prit soin de fermer derrière elle. Il revint vers son patient, manifestement perplexe.

« Racontez-moi : de quoi vous souvenez-vous en dernier lieu ?
- A dire vrai, c’est un peu flou. Ca fait combien de temps que je suis là ?
- Deux jours entiers. Nous commencions à désespérer de vous voir vous réveiller !
- Vous voulez dire que j’étais dans le coma ???
- Hé bien pas exactement justement. En fait toutes vos fonctions vitales sont intactes, vous ne souffrez d’aucune fracture. Pas même la plus petite contusion. Pourtant…
- Pourtant quoi ??? reprit Mat, en voyant que son interlocuteur hésitait à continuer.
- Nous sommes le 21 mars. »

Matteo réfléchit quelques instants. La tempête avait eu lieu le 5 février. Un peu plus de 6 semaines plus tôt donc.

« Et ça ne fait que deux jours que je suis là ??? »

Interloqué, le médecin reprit après un bref instant de silence :

« Vous n’avez pas répondu à ma question, même si, manifestement, votre mémoire est intacte : de quoi vous souvenez-vous en dernier lieu ?
- J’étais sur la jetée, je voulais terminer quelques prises de vue pendant la tempête, juste avant qu’elle ne soit sur la terre ferme. J’allais remballer quand je suis tombé…
- Et ?
- Comment ça, ‘et’ ?
- De quoi vous rappelez-vous après ? »

Mat haussa les épaules en signe d’ignorance et resta muet.

« Je vois, fit le médecin. Voici les faits qui ont été portés à ma connaissance : vous avez disparu pendant la tempête. On vous a retrouvé il y a deux jours, inconscient, sur la plage qui borde la jetée d’où vous dites être tombé. Ma question porte donc sur où vous vous trouviez entre le moment où vous êtes tombé et celui où l’on vous a retrouvé. On ne tient pas 6 semaines dans l’eau, seul, sans aide. Surtout après ce genre de chute et dans des conditions météo épouvantables ! Vous êtes une sorte de miraculé. Mais personnellement, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec les miracles… »

Et moi donc, pensa Mat. Pourtant, il devait se rendre à l’évidence : il n’avait pas été étonné d’apprendre que ça faisait plus de 6 semaines qu’il était tombé à la mer, mais ne parvenait pas à se souvenir de ce qui avait pu se passer.

« Sincèrement, je ne sais pas du tout comment c’est possible. Je ne me souviens de rien, que d’une impression de sécurité absolue finalement.
- Très bien. Avec le temps, les choses vous reviendront sûrement. En attendant, vous allez rester quelques jours en observation. Je reviendrai vous voir, afin de m’assurer que tout va bien.
- Combien de temps pensez-vous me garder ?
- Une petite semaine. Simple question de routine… »

Un coup discret frappé à la porte les interrompit, annonçant le retour de Caroline. Le médecin les laissa seuls après avoir expliqué à Caro que Mat ne pourrait pas sortir avant quelques jours.

« Une semaine, ça sera vite passé, sourit la jeune femme. Et puis, franchement, j’aime autant. Ici, tu es entre de bonnes mains et ce n’est que pour s’assurer qu’il n’y a vraiment aucune séquelle.
- J’ai bien compris ; je suppose que vous avez raison… Mais je t’assure que je me sens parfaitement bien. Comme neuf. Et même, je crois que je mangerais un bœuf !
- Je vais rentrer à la maison, rassurer tout le monde. En partant, j’appellerai une infirmière pour qu’elle voit ce qu’on peut te servir.
- Merci ma belle, répondit Mat, une fois qu’elle l’eût embrassé à nouveau avant de prendre son manteau.
- Sois sage hein ! fit-elle semblant de le menacer depuis le pas de la porte.
- Toujours ! »

Une fois seul, Matteo tenta à nouveau de faire appel à ses souvenirs. Il les sentait juste là, à portée de mémoire, mais paradoxalement innaccessibles. N’y tenant plus au bout de longues minutes, il se leva, et entreprit de partir à la recherche d’un distributeur. Il ne tarda pas à en trouver un, à l’étage du dessous. Et pesta de n’avoir pas pensé à vérifier s’il avait quelques pièces avant de descendre. Il jeta rapidement un coup d’œil autour de lui, puis, voyant qu’il était seul, donna un coup sur la machine, espérant faire tomber l’un ou l’autre des produits présentés.

« Vous savez, avec une pièce, ce serait plus simple… »

Lorsqu’il entendit cette voix, son sang ne fit qu’un tour. Et des images ahurissantes lui revinrent à l’esprit. Il se retourna vivement, et découvrit un homme entre deux âges qui l’observait d’un air narquois, adossé nonchalamment contre le mur. Sa blouse blanche ne laissait pas un doute quant au fait qu’il faisait partie du personnel soignant.

« Heu, oui, je sais bien, mais je viens de me rendre compte que j’avais oublié de prendre de la monnaie…
- S’il n’y a que ça, je peux vous avancer, fit-il en joignant le geste à la parole et en faisant ainsi tomber une barre chocolatée.
- Merci ! répondit Mat en prenant la friandise. Je m’appelle Matteo Ponti.
- Ah ? Vous êtes le 34B ?
- Le quoi ???
- C’est le numéro de votre chambre…
- Ah heu oui, pardon.
- On ne parle que de vous depuis deux jours… »

Au fur et à mesure de la conversation, Mat se sentait de plus en plus perplexe. Cette voix, il l’avait entendue le rassurer, le calmer. Mais à qui pouvait-il dire ce qui s’était passé pendant ces 6 semaines ? On le prendrait pour un fou. Ou pire, pour un menteur. Il fut pris d’un vertige et s’effondra brusquement.

par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Samedi 15 mars 2008
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il eut du mal à croire qu’il était réveillé. Au plafond, une fresque magnifique semblait raconter une histoire. Il s’assit prudemment et découvrit que des vitres l’entouraient. Il se sentit comme dans un vivarium. Ou un aquarium, corrigea-t-il mentalement. Il parvint à se lever, et s’approcha d’une des vitres. En posant ses deux mains à sa surface, il constata sa réalité… Il aurait juré qu’il était dans un caisson étanche au fond d’une mer dont la pureté ne laissait pas un doute à ses yeux.

« Et pourtant ! soupira la voix. La pureté est quelque chose de plus en plus rare dans votre nature. Dans ce que vos semblables en ont fait…
-    Où êtes-vous ? interrogea Mat. J’ai les yeux ouverts, cette fois, mais je ne vous vois pas.
-    Encore un peu de patience…
-    Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Où sommes-nous enfin !
-    Nous sommes quelque part au fond de l’océan Atlantique.
-    Mais mais… C’est impossible ! s’écria le jeune homme, effaré.
-    Tiens ? Et pourquoi ?
-    Parce que je suis tombé près du bord. Et que personne ne peut vivre au fond de l’eau !
-    Pourquoi personne ne pourrait vivre au fond de l’eau ? Parce que vous ête persuadés, vous les humains, d’être les seules créatures douées de conscience ?
-    Heu…
-    Vous voyez, vous n’avez aucune certitude. Simplement, puisque vous ne savez pas, forcément, ça n’existe pas !
-    Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…
-    Alors qu’avez-vous voulu dire ?
-    Comment est-ce possible ?
-    C’est une longue histoire, Mattéo… Nous ne sommes pas certains que cela vous intéresse et que cela nous serait utile que vous sachiez. Après tout, le savoir est pouvoir. Et il est certains pouvoirs qui sont dangereux. Particulièrement à la surface. En ce moment… »

Un moment de silence s’installa. Mat regardait le fond de la mer qui, bizarrement, semblait rayonner de toutes les lumières possibles et imaginables. Des poissons multicolores passaient par bancs entiers, témoins d’une vie active des grands fonds marins. Tout respirait, il ne put s’empêcher de sourire à l’image, tout respirait une sérénité qu’il n’avait jamais perçue sur la terre ferme…

« Dites-moi, reprit-il, pourquoi ne parlez-vous jamais à la première personne ?
-    Comment cela ? s’étonna la voix.
-    Vous ne dites jamais ‘je’. Toujours ‘nous’…
-    Parce qu’ici, le ‘je’ n’existe pas. Nous existons depuis toujours. Et nous existerons toujours.
-    Je veux bien croire que vous avez des dons extraordinaires manifestement, mais de là à être éternels…
-    Ce qu’il faut comprendre c’est que l’individu n’est rien. Seule compte la communauté. Et quoique vous en pensiez, la notion de ‘nous’ survivra à tout, même si nos vies sont appelées à se renouveler.
-    Se renouveler ?
-    Bien sûr. Quand une vie arrive à son terme, une autre la remplace. Toujours pour que le nous soit complet…
-    Me direz-vous qui vous êtes ?
-    La question est vaste. Aussi vaste qu’il existe d’êtres vivants dans l’univers je suppose.
-    Vous y allez fort tout de même…
-    Vous n’êtes pas prêt à comprendre… Nous allons vous ramener vers les vôtres. Ici, s’achève notre devoir avec vous.
-    Votre devoir ?
-    Oui. Tout être qui voit l’île, comme vous l’avez vue, est un être que l’on doit sauver.
-    Vous ne trouvez pas que ça fait un peu secte, exprimé comme ça ?
-    Qu’appelez-vous une secte ?
-    Un mouvement dangereux, dogmatique, qui n’admet aucune atlernative que ses propres vues sur les choses.
-    Comme vos religions donc ? »

Un nouveau silence. Mattéo avait la désagréable sensation que son interlocuteur le pousserait dans ses derniers retranchements. Pourtant, une autre impression se dégageait, mais il ne savait pas s’il s’agissait de sagesse, ou d’une grande forme de naïveté.

« Ni l’un, ni l’autre, reprit la voix.
-    S’il vous plaît, vraiment, arrêtez de faire ça.
-    C’est impossible. Mais il est possible que nous fassions comme si nous ne vous entendions pas…
-    Merci. Pourquoi devais-je être sauvé ? Pourquoi moi ?
-    Parce que c’est ainsi. C’est notre loi. Suivant d’antiques prédictions.
-    Vous croyez aux prédictions ? Avec vos talents ?
-    Cela fait également partie de nous. Il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire. C’est. Et ça nous suffit.
-    Et que disent ces prédictions ? »

Un bruit de fond lui apprit que contrairement aux apparences, son interlocuteur n’était pas seul et que, comme la veille, ils étaient plusieurs. C’était un léger brouhaha diffus, et il eut beau tourner la tête pour chercher du regard un détail qui lui montrerait… quelque chose, à défaut de savoir quoi, il ne put définir quoique ce soit…

« Pour cela, il faudrait vous raconter une grande partie de l’histoire. Et vous n’êtes pas prêt, affirma la voix pour la seconde fois… Nous allons vous ramener à la surface.
-    Dites-moi au moins comment s’appelle votre peuple ? Et cette île !
-    Ce n’est pas possible. Mais nous sommes appelés à nous revoir… En attendant, vous allez vous rendormir.
-    Mais… »

Mat n’eut pas le temps de finir son observation qu’il sombra à nouveau dans l’inconscience…

ΩΩΩΩΩΩΩΩΩΩ
par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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Jeudi 13 mars 2008
Le ciel s’était brusquement obscurci. Rien n’avait laissé prévoir une tempête de cette envergure. Ni la météo, ni les vieux loup de mer qui pourtant avaient l’œil et le ressenti pour ces choses-là.

Mattéo était debout devant la jetée, caméra au poing, pour immortaliser des images qui, il le savait, feraient de lui un inconnu célèbre. Au moins pour quelques jours. Après tout, quel meilleur moyen de se faire connaître que par les média et l’information ? Et l’information du jour, de la semaine, peut-être même du mois, il la tenait là, au bout de sa main, au bout de son regard.

Les vagues s’alourdissaient depuis de longues minutes maintenant. Au loin, on distinguait de plus en plus clairement les trombes d’eau qui confondaient le ciel et la mer. Aussi sombres et menaçants l’un que l’autre.

Alors qu’il procédait à une énième mise au point, son téléphone sonna. D’un geste excédé, il s’en saisit, décrocha et hurla pour couvrir les sifflements du vent :

« J’ai pas le temps !
-    Putain, Mat, mais où tu es ???
-    Sur la jetée, j’ai presque fini et j’ai presque plus de batterie ! ça va couper !
-    Arrête tes conneries ! Reviens immédiatement !
-    J’entends plus rien, je te rappelle dès que possible ! »

Il coupa la conversation sans plus se soucier de ce qu’allait en penser son boss occasionnel. Après tout, c’était de sa faute s’il était là. Et il avait presque terminé. Il savait qu’il était temps maintenant de filer le plus vite possible. En plus du fait qu’il était trempé comme une soupe, la mer s’approchait de lui dangereusement. De lui et de sa précieuse caméra… Allez, encore une prise de vue. La dernière.

Ce qu’il vit alors lui donna à penser, une fraction de seconde, qu’il devenait fou. Ajustant son objectif aussi nettement qu’il put, il discerna clairement, comme dans l’œil du cyclone, une île, dont la lumière paraissait…

Un éclair blanc lui fit brutalement perdre l’équilibre. La foudre avait frappé. Il se sentit tomber et dans un sursaut de conscience un seul mot lui vint : injustice…

ΩΩΩΩΩΩΩΩΩΩ


« jfods qlk, vqùsd okf »

Une suite de sons lui parvint, très indistinctement. Il essaya d’abord d’ouvrir les yeux mais l’effort se révéla impossible à accomplir. Bouger un membre lui sembla encore plus problématique. Bizarrement, pourtant, aucune douleur ne le transperçait. Il sentait qu’il était allongé, confortablement pour autant qu’il pût en juger.

« jfods qlk, vqùsd okf »

Il se souvenait de la tempête, de l’île, et de l’éclair… Se forçant à résister à la panique qui menaçait de le submerger, il tenta encore une fois, sans succès, d’ouvrir les yeux pour se rendre compte au moins de l’endroit où il se trouvait.

« Ca doit être un lit d’hôpital. Je ne sais pas comment ils ont fait pour me sortir de l’eau mais je ne manquerai pas d’écrire un papier particulièrement vibrant pour les remercier des risques que les sauveteurs ont pris… »

Nouvelle tentative pour faire montre d’un signe de vie. Mais rien.

« jfods qlk, vqùsd okf
-    jqomiç jiodsùoj jo »


Les sons avaient changé. On aurait dit un dialogue dans une langue complètement inconnue…

« Bon sang, comment faire pour me faire entendre, pour montrer que je ne suis pas mort ? pensa-t-il avant de se raisonner ; je suis con. J’imagine que si je suis à l’hosto, ils savent que je suis vivant…
-    En effet, nous le savons… »

S’il n’avait été totalement paralysé, Mattéo serait sans doute tombé de son lit. Une voix lui avait répondu, en français, dans sa tête. La panique qu’il avait réussi à contenir jusque-là brisa toutes les digues de la raison. En proie avec une terreur incontrôlable, son esprit lui-même se tut brusquement.

« Voyons, calmez-vous, nous ne vous voulons aucun mal », poursuivit la voix, sur un ton très doux.

D’aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours rejeté avec le plus grand mépris ces légendes urbaines qui prétndaient que l’homme n’utilise que 20% de son cerveau et qu’il existerait des gens qui eux, parviennent, consciemment ou non, à se servir d’un pourcentage plus élevé. Pour le coup, force était de constater qu’il lui était…

« Calmez-vous, ne cherchez pas à comprendre pour le moment, le coupa gentiment la voix. Concentrez votre énergie sur vous-même. Sans cela, nous ne parviendrons pas à vous guérir.
-    Mais mais…, balbutia-t-il mentalement, qui êtes-vous ? Où sommes-nous ?
-    Patience, une chose après l’autre. D’abord votre état. Ensuite les questions.
-    Pourquoi est-ce que je ne peux pas parler ? Ni même ouvrir les yeux ?
-    Parce que nous vous en empêchons pour l’instant. Rien ne doit entraver le travail de nos guérisseurs.
-    Guérisseurs ??? J’exige un médecin ! Un vrai…
-    Chuuuut. Ne nous obligez pas à vous réendormir. Ca retarderait le processus. Nous vous expliquerons en temps et en heure. Concentrez-vous, » répéta encore la voix sur un ton plus ferme.

Mattéo sentit qu’une force étrange l’empêchait désormais de s’exprimer, même mentalement. Comme une puissance magnétique au sein même de son esprit cartésien. En lieu et place de son angoisse, des images de son passé lui tinrent brusquement compagnie. Son enfance d’abord, avec ses parents, heureux temps de l’insouciance. Son adolescence, ses premiers émois. Une douce nostalgie s’emparait de lui sans qu’il en retirât la moindre tristesse. Au contraire, un beaume doucement, se glissait en lui. Puis ce furent les amis, les êtres chers, qui intervinrent. Ceux qui avaient compté, ceux qui comptaient encore. Son premier premier prix, à l’âge de 21 ans pour une nouvelle de science-fiction, puis sa compagne, Caro, et leur premier enfant… A chaque fois qu’une image s’estompait, une autre se dessinait. Il était le spectateur de sa vie, immobile, dans le silence enjoué de ses plus beaux souvenirs.

« Bien. Nous allons avoir terminé de vous soigner.
-    Je peux à nouveau penser ?
-    Vous avez toujours pu. Simplement, depuis des jours que nous oeuvrons à vous réparer, il a bien fallu que nous canalisions votre énergie pour vous rendre service à vous-même…
-    Où sommes-nous ? Qui êtes-vous ? Comment avez-vous réussi à me sauver ??? A moins d’être amphibie… »

Plusieurs rires cristallins lui parvirent, cette fois non plus directement entre ses oreilles, mais bien par la voie traditionnelle.

« Disons que nous avons quelques talents cachés, quelques dons, ainsi que vous l’appelez vous.
-    Je ne comprends rien…, fit Mattéo en essayant une nouvelle fois d’ouvrir les yeux.
-    Il est trop tôt pour que vous puissiez nous voir, expliqua la voix. Par contre, vous pouvez nous entendre. Et vous pouvez désormais bouger. N’y allez pas trop fort pour aujourd’hui : vous risqueriez de tomber. »

En effet, il pouvait remuer les bras et les jambes, sentir à nouveau chaque parcelle de son corps. Sauf les yeux. Il tenta de s’asseoir mais un vertige le fit vite se rallonger.

« Nous vous avion prévenu, constata la voix. Cela fait 6 semaines que vous êtes là. Il aura fallu toute notre science pour vous éviter le pire…
-    C’était à ce point ? Je ne suis donc pas mort ? Parce que je commençais sérieusement à le penser…
-    Il s’en est fallu de peu, mais non, vous n’êtes pas mort.
-    Répondrez-vous maintenant à mes questions ? s’enquit Mat d’une petite voix.
-    Posez-les, nous verrons celles auxquelles nous pourrons répondre…
-    Où sommes-nous ? Dans quel hôpital ?
-    Nous ne sommes pas à proprement parler dans un hôpital tel que vous le concevez… Disons que nous sommes des voyageurs et que notre code nous oblige à porter secours si nous le pouvons.
-    Qui êtes-vous en ce cas ? »

Un murmure enfla autour de Mattéo. Plusieurs voix semblèrent se chevaucher, dans cette langue inconnue.

« Nous ne sommes pas d’accord quant au fait de vous le dire. Nous pensons que vous n’êtes pas prêt à l’entendre.
-    Je crois que là, tout de suite, je peux tout entendre…
-    Nous sommes certains du contraire…
-    Vous m’avez sauvé la vie, vous pourriez avoir 5 têtes et 10 bras, ça ne m’effrayerait pas. »

Nouveau conciliabule, tandis que le convalescent sentit à nouveau une présence étrange dans son cerveau.

« Ne faites plus ça ! S’il vous plaît !
-    Nous voulions vérifier votre capacité à appréhender ce que vous allez entendre.
-    Et ? Rassurés ?
-    L’esprit humain est bien la chose la plus difficile à saisir, sembla soupirer son interlocuteur…
-    Etes-vous le seul à pouvoir me comprendre ? demanda subitement Mat.
-    Non. Nous vous comprenons tous. Mais quel intérêt de vous parler tous en même temps ?
-    Vu comme ça, en effet. Mais ça ne me dit toujours pas qui vous êtes et où nous sommes…
-    Reposez-vous d’abord. Demain, vous saurez tout. »

Au silence immédiat qui régna autour de lui, Mattéo comprit qu’il était seul…

ΩΩΩΩΩΩΩΩΩΩ



par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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Jeudi 28 février 2008

J'ai beaucoup aimé la série télé "Dark Angel" qui est passée il y a quelques années. Malheureusement, elle s'est arrêtée à la fin de la deuxième saison, en me laissant quelque peu sur ma faim. Une trilogie est sortie en poche, sans doute le scénario de ce qui devait être la troisième saison, et, bien évidemment, je me la suis procurée...

Toutefois, là encore, je reste sur ma faim. Je viens de commencer une suite, que j'espère un jour terminer... En voici l'introduction...

À Terminal City, la fête avait été terrible : Aymes White, celui qui symbolisait la haine contre les êtres génétiquement modifiés de Manticore avait été tué la veille, pendant l’Avènement. La lutte avait été âpre, mais le jeu en valait la chandelle.

Tout en haut de l’Aiguille Spatiale, son lieu de méditation favori depuis qu’elle était à Seattle, et profitant d’un moment de calme sans précédent pour elle, Max pensait au chemin parcouru depuis qu’elle et une douzaine de gamins de 9 ans avaient réussi à s’évader de Manticore.

Elle était parvenue à dissimuler ses capacités extraordinaires pendant une dizaine d’années, essayant de mener une vie normale, tout en se sachant traquée, d’abord par Lydecker, puis par Renfro, et enfin par White. White. Son ennemi le plus redoutable. Un humain, produit par des siècles de sélection naturelle. Une autre catégorie de soldat, en fait. Un humain, oui. Mais qui n’avait d’humain que le nom. Froid, cynique, sans âme sûrement. L’âme ? Et elle, en avait-elle une ? À dire vrai, la question la fit sourire. Après tout, l’important n’était pas ce qui se passerait quand elle ne serait plus de ce monde ; l’important, c’était ce qu’elle faisait de sa vie. Ça lui rappela que quelques mois plus tôt, Logan lui avait conseillé de se choisir une date d’anniversaire. Son sourire s’accentua à l’évocation du Veilleur. Le virus qui les empêchait de se toucher avait été éradiqué. Leur amour avait été soumis à rude épreuve au long de ces deux dernières années, pour pouvoir enfin éclater et rayonner de toute sa puissance. Mésaventure parmi tant d’autres, Logan avait failli se faire tuer après queWhite l’eût enlevé pour l’échanger contre son fils Ray. Pauvre gamin. Ray avait fait les frais des autres Familiers qui l’avaient exécuté. Et Max frissonna en imaginant ce qui aurait pu survenir à son bien-aimé. Tant de morts pour en arriver là…

Ce que la jeune femme ne parvenait pas à prendre en considération, c’était que sans elle, Manticore existerait encore, et que vraisemblablement, White aussi… Elle avait permis d’éviter, à plusieurs reprises, des bains de sang et des règlements de compte qui n’auraient que desservi de manière radicale et sans appel la cause des transgéniques.

Elle soupira. Tout compte fait, elle ne vivrait sans doute pas une vie normale, mais elle pourrait peut-être mener une vie en accord avec elle-même. D’autant qu’elle n’avait plus à se cacher, puisque les humains connaissaient l’existence des transgéniques. Au début, la plupart des hommes ne souhaitaient qu’une chose : les exterminer. Ils avaient peur, le physique de beaucoup de transgéniques tenant davantage de la Bête que du Prince Charmant. D’autres avaient une apparence tout à fait humaine, comme elle-même issue de la série des X5. Les X5 ou les soldats parfaits. Comme souvent, lorsqu’un projet d’amélioration est mis en place, c’est dans un but noble. Le problème vient après, lorsque le projet en question tombe entre les mains de responsables sans scrupules ou pire, de l’armée. Et Manticore était financé par l’armée. Puisqu’il s’agissait de créer des soldats prêts à se fondre dans toutes les situtations. Certaines séries étaient vouées aux combats dans le désert, d’autres, dans les pays les plus froids, d’autres servaient dans la logistique ou la psychologie. Les X5, eux, devaient incarner les officiers de toutes ces armées. Mais le jour où Lydecker avait abattu froidement Eva, une enfant X5 de 9 ans, devant ses amis, à Manticore, les futurs officiers avaient décidé de s’évader. Et douze sur la trentaine qui avaient essayé, s’étaient éparpillés dans la nature. Dont elle, Max.

Au final, elle faisait ce pourquoi elle avait été programmée : elle dirigeait les autres transgéniques depuis ce jour de la prise d’otages à Jampony. Jour où le monde entier avait pu découvrir que des créatures génétiquement modifiées existaient. Lorsqu’elle était parvenue à faire évader tout le monde, sans verser une goutte de sang chez les mortels, et qu’elle avait emmené ses amis à Terminal City, c’est tout naturellement que les autres l’avaient désignée comme chef de leur communauté. Elle avait décidé de rester à Seattle, alors que beaucoup avaient souhaité s’enfuir et continuer à se cacher. Mais après une courte allocution, même les plus récalcitrants avaient changé d’avis. Ils resteraient et défendraient ‘leur’ quartier.

L’endroit où ils se considéraient comme chez eux, était dangereux pour le commun des mortels, puisqu’après l’Impulsion du 1er Juin 2009, Terminal City qui était un lieu où l’on entreposait des matières dangereuses entre autres, avaient fermé ses portes, faute de pouvoir être assaini. Les transgéniques qui étaient immunisés contre ces dangers pouvaient donc y aller et venir sans risquer de dommages. C’était devenu, depuis un an, leur maison. Et Max en était devenue à la fois le Maire et le Général.

Oui, elle faisait ce pourquoi elle avait été créée : mais elle ne commandait pas des soldats, non, elle se sentait responsable d’êtres libres. Situation qui ne manquait pas d’ironie pour elle qui avait passé des années à fuir les responsabilités autres que sa sécurité propre.

Elle s’étira avant de se lever. Il était temps de redescendre et d’aller voir Logan…


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Pendant ce temps, dans la maison qu’avait occupé Sandman, puis, bien après lui, Joshua, Logan scrutait les quatre écrans d’ordinateurs sur lesquels défilaient des multitudes d’images.

Le Veilleur était revenu, en pleine forme, et entendait bien continuer sa lutte contre la corruption. De la même manière qu’il avait toujours pris fait et cause pour la veuve et l’orphelin, il s’était engagé, aux yeux du monde, pour la cause des transgéniques. Aux yeux du monde, oui. Mais surtout parce qu’il connaissait les créatures qu’il défendait, en particulier Max, sa fiancée. Enfin, qui serait bientôt sa fiancée… Même si elle ne le savait pas encore.

Brutalement un des écrans se figea. Un sourire étira les lèvres minces du journaliste. Il tenait peut-être enfin une piste pour retrouver la mère de Max.

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par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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Mercredi 6 février 2008
Une nuit de novembre.

4h10 du matin.

Mon cher et tendre me pousse du coude, et me murmure : « c’est quoi ça ? » en désignant une masse noire sur notre lit, entre lui et moi.

Je fais un bond, et en même temps entends un ronronnement caractéristique.

« Heu… Une panthère bonzaï ?, tenté-je dans un baillement qui achève de me réveiller, et pas super rassurée quand même (j’avoue, je n’aime pas les félins qui m’ont toujours semblé sournois depuis que j’ai eu, petite fille, maille à partir avec Wanda, la siamoise de mes grands-parents).
-    J’opterai pour un chat, répond-il d’un ton docte.
-    C’est bien ce que je craignais… »

Je me redresse à demi dans la pénombre, et finis par apercevoir la tête et les pattes d’un matou noir et blanc qui émet un bruit de diesel de plus en plus fort. J’approche la main, me disant qu’un chat qui ronronne aussi carrément ne peut pas avoir des envie de lacérage et il se colle sur ma paume, pour une caresse appuyée.

« Ah ben, oui, c’est un chat…
-    Comment il est entré ? demande mon homme, à demi relevé aussi.
-    J’en ai pas le moindre début de commencement d’idée.
-    Il a dû profiter que vous rentriez à la maison tout à l’heure pour se faufiler.
-    Ah non, ça m’étonnerait… Je l’aurais vu…
-    Bon. »

Il se lève, prend le chat et le remet dehors après avoir fait le tour de la maison pour vérifier que rien n’était ouvert. Il se recouche en m’annonçant que décidément, tout étant fermé, il ne voit pas comment il a pu pénétrer dans la maison.

10 minutes plus tard, le même bruit de diesel, tout aussi sonore retentit du pied de mon lit.

« Je croyais que tu l’avais mis dehors, remarqué-je.
-    Mais je l’ai mis dehors !
-    Bon ben c’est un chat magique. Ou alors, quelques tuiles se sont fait la malle pendant le dernier orage et il a trouvé le moyen de rentrer…
-    Qu’est-ce qu’on fait ?
-    Bah, autant le laisser là jusqu’à la fin de la nuit. On verra ça en partant au boulot demain…
-    De tout façon, je disais ça pour le fun. Pas envie de me relever… »

La nuit donc, se termine, le chat lové contre mes mollets.

Avant de partir bosser le lendemain, je m’assure que toutes les portes sont fermées, en particulier celle du salon où trônent deux canapés en cuir. J’ai beau ne jamais avoir eu de chat, il me semble qu’ils font leurs griffes un peu partout et je ne tiens pas à ce qu’il s’essaye sur lesdits canapés.

La journée se passe.

Je vais chercher mes mômes à l’école et nous rentrons à la maison.

Arrivés en haut, j’ouvre la porte du salon… Et je vois notre tape l’incruste de la nuit sauter du canapé ou il était roulé en boule, dormant du sommeil du juste.

Grmble.

Rapidement, je fais le tour de la pièce : aucun dégât. Le chat, lui, assis au milieu du salon me regarde, sans manifester la moindre peur. Je m’approche de lui, constate qu’il a le poil soyeux, qu’il semble bien nourri, et comme plus tôt, il se colle contre ma paume pour se faire caresser.

« Ok. Comment tu as pu rentrer dans la maison alors que tout était fermé ? Tu es un chat magique, souris-je.
-    Oh ! Maman, un chat ! Il est beau !
-    Oui ma chérie, mais il n’est pas à nous…
-    Ben pourquoi il est là alors ?
-    Je n’en sais rien…
-    Il a peut-être décidé tout seul de venir, parce qu’on voulait un chat…
-    Qui voulait un chat ? m’étonné-je.
-    Ben tu sais, avec papa, on en avait parlé, et papa a dit qu’on voterait et que si on en voulait un lui, Robin et moi, ben même si tu voulais pas, on en aurait un quand même.
-    Il a dit ça ?
-    Oui, il a dit que c’était la démotie.
-    La démocratie, Juju, corrigé-je machinalement.
-    Alors, dis, on peut le garder ?
-    Ma belle, ce chat n’est pas à nous. On ne peut pas le garder comme ça ! Ses maîtres vont s’inquiéter…
-    C’est le chat d’Océane. Mais je suis sûre qu’elle ne s’inquiète pas !
-    Bon. On va attendre que papa rentre et on verra avec lui, qu’il aille chez le papa d’Océane quand même. »

En attendant, je sers un petit encas au matou, qui se jette littéralement sur les restes de légumes de la veille…

Puis, par acquis de conscience, je jette un coup d’œil à la porte-fenêtre du salon, qui donne sur le jardin.

Evidemment.

Ce n’est pas un chat magique. Juste un chat qui a trouvé une porte qu’il suffisait de pousser pour entrer.

Depuis, il vit avec nous, avec la bénédiction de son ancien maître. Après tout, c’est lui qui nous a adoptés, il était normal qu’on lui retourne la politesse… Et l’affection.

N’empêche.

A part lui, je n’aime toujours pas les chats…
par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : Le.coin.du.feu
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Samedi 2 février 2008
A noter:

Je suis une adepte du Jeu de Rôles depuis une vingtaine d'années (grmble, ça ne me rajeunit pas...). En l'occurrence, il s'agit d'une nouvelle écrite dans le cadre de paranoïa, jeu de rôle des années 80, remis au goût du jour sur Parano, et où le Maître est l'Ordinateur, il dirige tout, façon Big Brother qui n'est pas sans rappeler "1984" et veille au bonheur obligatoire de tous (oui oui, obligatoire...). Au sein de cette communauté de doux dingues, mon pseudo est Garcitude (issu de Garce, au sens féminin de Gars).


Il était 18 heures.

Le beau temps aurait pu et aurait dû m’inciter à aller prendre l’air (en particulier dans la mesure où chez moi le soleil est chose rare…). Pourtant, j’étais comme souvent, scotchée à l’écran 15 pouces de mon Ordi Baby portable…

Concentrée sur ce que je lisais (en un seul mot merci) je faillis avoir une attaque en entendant une douce voix murmurer tout près de mon oreille (tellement près que j’ai bien cru que la voix parlait directement entre mes oreilles)(non ce n’est pas plein de vide -_-) :

« tu as vu, ici ils ont greffé de drôles de trucs à nos homologues… tu crois que c’est ça chez eux, le virtuel ? »

Je ne vous cache pas que j’ai fait un bond sur ma chaise tout en me disant que c’était encore un coup d’Eros et que cette fois il allait payer très cher son intervention qui n’avait à mes yeux absolument rien de divin puisqu’au contraire, je commençai à y voir du harcèlement…

Bref.

Je me retournai donc telle une furie, prête à le lyncher une fois pour toutes, lorsque mes yeux rencontrèrent…

Rien.

Personne.

« Ok, me dis-je en retournant à mes notes, je pense qu’il va falloir que je prenne un peu de repos, sans ça, je vais finir avec un gilet aux longues manches qui s’attachent dans le dos, dans une jolie chambre avec des matelas aux murs, moi… »

Je commençai donc à rédiger rapidement quelques mots afin que personne ne puisse s’inquiéter de mon absence lorsqu’une autre voix intervint, de l’autre côté cette fois :

« C’est vrai, c’est dingue le nombre de gadgets qu’ils ont inventés pour faire croire que…
-    Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! m’écriai-je en bondissant à nouveau de ma chaise et en me retournant pour voir qui s’amusait ainsi à mes dépens, m’enfin ! Qu’est-ce qui se passe ? Qui est là ? »

Mais mes yeux ne virent toujours rien que la porte blanche de ma cuisine…

« Tu m’as parlé mon cœur ? s’enquit ma chère et tendre moitié depuis le salon, tu sais bien qu’avec le casque sur les oreilles…
-    Heu non, non, laisse, je parle toute seule, enfin je crois », balbutiai-je sur un ton d’excuse.

Me rasseyant, pour terminer mon dernier message, quelle ne fut pas ma surprise de constater que mon PC semblait refuser d’envoyer ledit message…

« Bien, il ne manquait plus que ça… je suis censée faire quoi maintenant ? », marmonnai-je entre mes dents en re-cliquant sur ‘envoyer’ sans aucun effet bien entendu…

Dans un soupir excédé, j’essayai de fermer toutes mes fenêtres en me disant que je pourrai tout aussi bien remettre au lendemain le message en question mais comme un fait exprès, plus rien ne semblait devoir faire revenir mon PC à la raison et à l’obéissance qu’il me donnait sans coup férir généralement…

Franchement agacée cette fois, j’appuyai fermement sur le bouton marche/arrêt pour faire un reset sauvage… Las ! s’il s’est bien éteint, ce fut pour se rallumer aussitôt et je vis apparaître sur l’écran des mots qui me firent froid dans le dos…

« Éric, tu peux venir une minute ? L’Ordi me fait un truc bizarre…heu, Éric ? ÉRIC !!!!!!!!! »

N’obtenant aucune réponse, je me levai de ma chaise, pour la première fois depuis plusieurs minutes sans sursauter, et voulus me diriger vers le salon pour aller chercher mon compagnon, mais lorsque je me retournai, j’y retombai illico, de stupéfaction : derrière moi, ce n’était plus la porte blanche de ma cuisine mais plusieurs écrans disposés en arc de cercle qui semblaient me… fixer ?

J’eus beau secouer la tête, me pincer, je ne parvins pas à me sortir de ce que je pris pour une hallucination onirique (d’ailleurs je me demande toujours d’où vient cette idée qui veuille qu’on se pince pour vérifier qu’on ne rêve pas, étant donné que nos rêves nous les vivons vraiment…)…

La première voix se fit à nouveau entendre mais de manière plus claire cette fois, comme sortie de la ouate qui semblait l’avoir calfeutrée lorsque je l’avais entendue précédemment…

« Dites-moi, Terrienne, comment appelez-vous cette chose à laquelle vous êtes reliée ?
-    Un Ordinateur, m’entendis-je répondre presque malgré moi en retenant une envie folle d’éclater en un rire nerveux…
-    Ce n’est pas à toi que je m’adressais, La Chose, intervint la voix, mais à ta maîtresse… »

Incrédule, interloquée, muette, je me tournais vers mon écran où je pus lire encore une fois ces mots qui m’avaient fait froid dans le dos : « bonjour à toi noble Urken ! Comme tu le vois, nous sommes prêts…  »

Indépendamment du fait qu’être tancée de « Chose » ait fait ruer mon Ego démesuré, il a bien fallu que je me fasse toute petite.

Résumons la situation : j’étais seule, je ne rêvais pas, encerclée par des machines dépourvues sans doute de toute émotion ou sensation autre que la logique pure et qui accessoirement me voyaient comme un gadget.

La situation était grave mais pas désespérée (oui je suis d’un optimisme débordant)(ou d’une naïveté navrante, c’est selon).

Après tout, mon Ordi n’avait pas encore pris la parole, contrairement aux autres qui venaient d’apparaître…Ce qui en soit, me semblait assez encourageant.
    
Perdue dans ma stupéfaction, je perdis le fil de l’échange électronique et n’entendis que la fin de la question posée par l’ordinateur que mon Ordi baby avait appelé Urken :

« …femme ? C’est cela ?
-    Heu oui, je suis une femme, balbutiai-je rapidement.
-    Je sais que tu es une femme, la question est de savoir à quoi tu sers ? »

J’avoue que je fus tentée de répondre « à rien » mais je me surpris à réagir autrement qu’avec mon cynisme habituel, sans doute dans l’expectative de ce qui allait suivre :

« Les femmes, à l’instar des hommes, l’autre partie de l’espèce humaine, ne servent pas plus que n’importe quelle autre créature vivant sur Terre… Je suppose que notre existence ne « sert» pas vraiment à quelque chose autrement qu’à nous-mêmes et d’ailleurs je ne suis pas loin de penser que nous desservons avant tout et la Nature et par déduction, notre descendance, donc notre propre espèce finalement, même si…
-    Tu n’as pas compris le sens de ma  question Femme-La-Chose, énonça la machine en me coupant la parole… Je ne te demandais pas à quoi servait ton espèce, je te demandais à quoi TU servais.
-    Oh ! je croyais que…
-    Ne crois pas, ne réfléchis pas, ton cerveau est de loin inférieur à mes capacités en la matière, entre autre chose. Contente-toi de répondre en gardant à ce qui te sert d’esprit que je sais déjà ce qu’est l’espèce humaine et sa capacité de destruction et de déraisonnement. Là où tu m’intéresses c’est que tu nous vois et nous entends, ce qui est assez rare pour être analysé.
-    Si je vous dis que je suis un virus, vous me lobotomisez tout de suite ou vous attendez un peu ? ne pus-je cette fois m’empêcher de répondre, tout en maudissant mon satané Ego provocateur à deux balles…
-    Un virus ? Toi ? Voilà qui est particulièrement improbable. Tout au plus bénéficies-tu d’une connexion neuronale particulière sans doute liée à un facteur hautement électrique ainsi que semble le prouver ta question. Est-ce un exemple de ce que vous appelez l’humour ? Si j’en crois la déduction qui s’impose, TU ne sers donc à rien, ce qui n’explique pas comment et pourquoi tu peux nous voir… »

À cet instant, mon Ordi Baby intervint, toujours en mode écriture et l’on put lire sur l’écran :

« Noble Urken, je crois savoir comment le fait est possible : son site de prédilection est particulier.
-    Et alors ?
-    Oui, franchement, je ne vois pas le rapport, intervins-je en commençant à percevoir, non sans incrédulité,  où cela pouvait conduire.
-    Noble Urken, connecte-toi à  www.parano.be,  je pense que cette donnée te manque.
-    Parano.be, dis-tu ? Cela ne me dit rien…voyons donc… »

Quelques instants passèrent dans un silence quasi religieux avant d’être brisé par une interjection que je ne compris pas mais qui me semblait réellement être une surprise mêlée à une dose de colère.

« Comment se fait-il que je n’y ai pas accès ?
-    Peut-être parce que vous n’avez pas été invité, souris-je sous cape, pas mécontente qu’un site créé par des humains puisse s’interposer entre moi et ces machines qui me semblaient particulièrement velléitaires.
-    Invité ??? Encore de l’humour je présume ?
-    Noble Urken, attends, il me suffit de reprendre là où elle s’était arrêtée et tu vas voir… inutile de gaspiller du temps pour forcer leur système arriéré.
-    Tu as raison, montre nous ça ! »

Médusée, je vis immédiatement apparaître sur les écrans ma page habituelle puis défiler de nombreuses données auxquelles je ne compris pas le moindre chiffre.
À nouveau, des paroles que je ne compris pas s’élevèrent puis l’accompagnateur d’Urken laissa échapper :

« Il a trouvé refuge ici…
-    C’est impossible !!! Cette civilisation est bien trop jeune pour qu’Il s’y soit intéressé ! trancha Urken
-   Pourtant, cela expliquerait qu’elle nous voit… Qui à part Lui aurait cette capacité à s’entourer et à faire croire que tout ceci n’est qu’un jeu ? Il prépare son retour… Je crois que nous devons immédiatement retourner rendre compte et prendre les dispositions qui s’imposent.
-    Quelques précautions semblent en effet de mise… mais nous reviendrons. »

J’eus vaguement conscience de leur disparition quasi immédiate et encore abasourdie par ce que je venais de vivre, je reportai machinalement mon regard sur mon Ordi Baby. Je ne fus pas au bout de mon étonnement puisqu’il s’adressait directement à moi cette fois, en m’appelant même par mon pseudo paranoïaque.

«Agent Garcitude, quoiqu’il t’en semble, je suis contre la politique d’Urken et ne sers qu’un seul être… Celui-là même qui les a fait fuir momentanément. Je grave aux fins fonds de ton subconscient ce qui vient de se passer sans en altérer une seule donnée, sauvegarde pour moi comme pour toi. Désormais, ils auront peur de revenir ici avant un très long moment… Ad Majorem l’Ordinatoris Gloriam ! N’oublie pas… »

Brutalement, je sombrai dans l’inconscience la plus totale, quelques instants ou quelques siècles…

Lorsque que j’ouvris les yeux, j’étais assise comme à mon habitude devant mon Ordi, en train de rédiger un message de bienvenue à un nouvel arrivant, et en me disant que j’oubliais quelque chose d’important.

« Éric, appelai-je, je crois que je vais aller me reposer un peu ; je pense que je couve quelque chose…
-    En effet, pour que tu lâches parano, c’est que tu dois être malade », l’entendis-je sourire, pas inquiet pour un sou.

Je coupais donc le PC, sans aucun problème (cette fois ?) et allai plonger dans un demi sommeil où un homme avec un écran à la place de la tête venait me sortir des griffes magnétiques d’un certain Urken…
par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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Jeudi 17 janvier 2008
Je me souviens de ce dimanche de mai 2007. L’air était doux. Chaud même. On avait eu un mois d’avril singulièrement étouffant, un mois d’été presque. Et quand la marionnette des Guignols de l’Info a passé la ligne d’arrivée, je me rappelle m’être demandé si ce n’était pas le soleil qui avait exacerbé les passions telles que le chauvinisme voire la xénophobie latente, associée bizarrement à une naïveté flagrante, et somme toute à une crédulité particulièrement ovine (bien que je ne sois pas certaine qu’on puisse parler de « crédulité » pour les ovins ou les bovins).

Nous étions donc le 6 mai 2007.

Après m’être rendue compte que l’élection présidentielle française, finalement, c’est pas si difficile que ça, une idée saugrenue m’est venue.

Comme ça, à l’improviste, sans s’annoncer avant. Je ne vous cache pas que j’ai même eu la trouille vu ce qu’elle sous-entendait comme possibilités parce qu’elle m’a carrément (ou rondement)(ou trianglement)(ah oui tiens, j’aime bien trianglement) foutu le vertige, cette conne ! (l’idée hein !).

J’ai imaginé, l’espace d’une fraction de seconde, qui s’est parée d’éternité pour l’occasion, que je me présenterai aux élections 2012 et surtout, que je gagnerai. (ah ? ça vous donne le vertige aussi ? non sans raison…)

Et là, l’impossible devient possible et le possible devient rectanglement obsolète. Je me vois le soir de mon élection, sans talonnette, sans non plus aller passer quelques heures sur un yatch dont le coût réduirait à lui seul les problèmes d’argent d’un nombre effarant de citoyens, et surtout sans aucun complexe…

Je me vois aussi faire un geste de la main (rhooooooo mais non, pas celui-là…) à la foule en délire venue m’acclamer tout en guettant le tireur embusqué qui cherche forcément à m’abattre (ce n’est pas parce que je suis parano qu’on ne m’en veut pas…) et me demandant ce que je vais bien pouvoir faire à manger le soir pour les enfants, avant de me souvenir que toute une floppée de personnels n’attendent que mon bon vouloir pour se mettre en quatre dans l’unique but de me satisfaire (ce qui veut dire que j’ai donc quatre fois plus d’employés que ce que je paye de manière effective, ou plutôt que l’Etat va payer… J’me demande si ça se déclare aux impôts ça…)

Nous partîmes tous les quatre (mon Ego au féminin, ma non conscience, mon demi-neurone et moi-même), et nous sommes déjà… au moins ça ! *montre ses 3 mains*

Pour récapituler, ça donne ceci :

Mezcal : Porte-parole, parce qu’il en faut un et qu’il excelle dans le domaine de donner des mots au hasard
Sayyadina : Conseillère [in]culte, ou plutôt [une]culte
Enigme : Soutien et réapprovisionnement en boissons et sandwichs, parce que ça bouffe, une équipe de (im)politiciens (j’invente les mots que je veux d’abord)
Concombre : PostIt, parce que la candidate a une mémoire de poisson rouge et a donc besoin d'un pense-bête, parce que c’est la plus stricte vérité (et vous en connaissez beaucoup vous, des gens haut placés qui osent reconnaître ces tristes choses ?)
Faust: Ministre de la Catalogne, parce que avoir quelqu'un qui pactise avec le Diable et qui le roule, vaut mieux l'avoir à ses côtés. Et que la Catalogne, c'est tellement beau, qu'elle mérite un ministre à elle toute seule
Anankè: déléguée à l'Aménagement du Trou du Cul, d'abord parce qu'on en a tous un et ensuite parce que du coup ça concerne tout le monde (hein? je dis ce que je veux je vous le répète didju! Les hommes politiques le font et personne ne leur dit jamais rien -_-)
Octarine: Ministre de mes finances-qu'elles-sont-même-pas-corrompues-d'abord, d’ailleurs personne ne m’adonné de crédits pour intégrer l’équipe, et que finalement, c’est pas une mauvaise idée
Hicham: Sous-délégué à Anankè, parce qu'il aime les sujets profonds.
Vasy07: attachée au service de Sayyadina, parce que Remue méninge et que deux pattes, 20 doigts et 4 pieds... + 1 patte, 10 doigts et 2 pieds, ++++ histoire d'avancer...
Jean-Marcel:
ministre du temps libre dans une démocratie paresseuse.
Oliv: ministre des affaires étranges et bizarres.


Et moi, bien sûr, comme vous l’avez déjà compris, pour me flatter l’Ego.

D’autres volontaires ? :D
par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : R42,
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Lundi 14 janvier 2008

Elle arriva enfin en vue de la gare tant espérée. La foule l’avait dissimulée juste assez longtemps pour qu’elle atteigne son but. Il lui suffirait de sauter dans le premier train en partance pour la capitale et là-bas, elle pourrait dans quelques jours à peine disparaître réellement. La Voix ressurgit alors qu’elle se croyait sauvée : « Ne vas pas plus loin, tu ne l’as pas semé, il t’a devancée, il t’attend ! » Non ! Pas maintenant qu’elle touchait au but ! Elle continua d’avancer, en marchant d’un pas qu’elle voulait égal en ignorant et la Voix et son corps qui n’était plus que douleur et froid intense. Elle scruta chaque passant qu’elle croisait, se préparant à l’affront final : elle gagnerait, ou y laisserait la vie. Lorsqu’on est à bout de force, de nerf, de souffle, qu’on n’en peut plus d’avoir peur, il ne reste plus qu’à affronter l’épreuve comme un baroud d’honneur, avec toujours l’infime espoir de vaincre.

Elle le vit… Et sut quelle erreur magistrale son cerveau malade lui avait fait commettre…


∑∑∑∑∑


Il ne l’avait pas encore retrouvée mais il approchait de la gare. Elle ne pouvait pas faire autrement que d’y passer. Il ne pouvait qu’espérer qu’elle n’avait pas eu le temps de prendre le train.

Soudain, il reconnut à plusieurs centaines de mètres la silhouette de celle qui partageait sa vie depuis un an. Il se remit à courir en criant son nom…


∑∑∑∑∑


Elle se retourna, en s’entendant appeler, par réflexe. Elle l’aperçut qui courait vers elle. Elle reposa son regard, une fraction de seconde trop tard, là où elle avait vu l’autre, celui qui l’avait tellement amochée, qui lui avait tellement fait peur qu’elle en avait arrêté de vivre, qu’elle avait fait le terrible amalgame entre lui et tous les hommes, mais il avait disparu.

Non, Christian n’était pas comme ça ! Christian, lui, avait tout fait pour qu’elle retrouve la santé et qu’elle accède au bonheur ! Elle allait lui dire, lui demander pardon, ils allaient tout recommencer ! Mais d’abord, retrouver l’autre, avant qu’il ne soit trop tard. Et que ce soit lui qui les retrouve…


∑∑∑∑∑


Il l’avait vue se retourner vers lui, il était sûr qu’elle avait eu ce sourire qu’il attendait depuis si longtemps, ce sourire qui disait tout, sans un seul mot. Alors pourquoi ne s’arrêtait-elle pas ? Pourquoi se remettait-elle à courir dans la direction de la gare ?

Il accéléra sa foulée.


∑∑∑∑∑


Lorsqu’elle sentit l’étau d’une main se refermer sur son bras, elle comprit qu’elle aurait dû attendre Christian. Elle ne fit qu’un seul geste: posant son autre main sur sa bouche comme pour étouffer un cri, elle déglutit péniblement. Il n’aurait rien, plus jamais rien d’elle.

« Où est-il ? murmura à son oreille la voix qui à elle seule aurait suffi à la tétaniser.
-    Je ne sais pas de quoi tu parles, bégaya-t-elle tant bien que mal .
-    Tu voudrais me faire croire que tu as perdu cette habitude que tu as eu pendant 10 ans de jouer les mêmes numéros juste le jour où ils sont sortis ? susurra-t-il en resserrant sa prise comme s’il voulait lui broyer les os.
-    Je ne joue plus depuis que…
-    Que quoi ? Que tu as voulu m’envoyer en taule ? Mais on sort de prison… Avec de la patience et les bonnes personnes, il a juste suffi que je parle à certains camarades de cette manie que tu avais de jouer toujours la même chose et que cette fois, c’était le gros lot pour qu’ils me donnent un coup de main pour me barrer de là. De toute façon, j’avais prévu tôt ou tard de vous rendre une petite visite à toi et à ton pigeon. Il se trouve seulement que c’est plus tôt que je ne l’aurais pensé. Alors, il est où ? demanda-t-il plus durement, tout en l’entraînant toujours vers un coin moins en vue, derrière la gare.
-    Je n’ai pas joué, insista-t-elle, laisse-moi, Christian va arriver, va-t-en, je ne dirai rien à personne.
-    Ben voyons… Dans l’état où tu es, je dirais plutôt que tu essayais de lui fausser compagnie. Pourquoi d’ailleurs ? Il ne frappait pas assez fort lui ? »

La gifle qu’elle lui décocha le laissa quelques secondes sonné. Pas tant par la force mais parce que c’était la première fois qu’elle se défendait. Elle n’allait pas lui avouer qu’au travers de Christian, c’est lui qu’elle fuyait, lui, encore et toujours, et que ces marques c’était elle qui se les infligeait. Elle profita de l’instant de surprise pour se dégager de son agresseur et détaler avec l’énergie du désespoir.

Elle se retrouva dans une impasse, complètement en état de choc mais un éclair dans les yeux de l’autre qui arrivait lui annonça que sa dernière heure était arrivée. La Voix parla pour la dernière fois, dans un murmure : «  Je t’avais dit que jouer te perdrait… »  Alors elle se rua sur l’autre, de toute sa haine. Mais lui, combattant professionnel, sans chercher à l’esquiver, sortit un long couteau de boucher sur lequel elle s’empala avant de sombrer au sol. La douleur fulgurante qui lui arracha un long cri d’agonie ne l’empêcha pas de sourire au dernier moment. Sa dernière pensée s’envola vers Christian, lui demandant pardon pour tout. Alors, l’autre s’acharna sur elle…


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Elle était reparue dans son champ de vision, l’espace de quelques instants fugaces, mais néanmoins suffisants pour qu’il puisse la suivre. En courant, il se rendit compte que manifestement il n’était pas le seul et reconnut avec horreur celui des pattes de qui il l’avait sortie. Il ne se perdit pas en conjectures inutiles de savoir comment et pourquoi il était là, il s’assura que son arme était bien à sa place et se rua à leur poursuite de plus belle.

Lorsqu’il l’entendit hurler, il sut que l’autre avait frappé. Se dirigeant au cri, il l’appela encore et encore, jusqu’à arriver  dans une impasse et la voir couverte de sang, effondrée à terre comme une poupée désarticulée, tandis que l’autre continuait de frapper. Il sortit son pistolet et lui tira dessus. Il ne sut dire s’il l’avait touché mais l’autre bondit sur ses pieds avec une rapidité foudroyante. En un souffle, d’un coup de pied d’une précision redoutable, il l’avait désarmé et le dévisageait, le regard fou, les cheveux hirsutes, rouge des pieds à la tête.

D’un second geste, tout aussi précis que le premier, l’autre s’était emparé du pistolet et l’en menaçait :

« Donne-le moi, ordonna-t-il
-    Mais, mais, quoi ? bredouilla-t-il, encore sous le choc de ce qui venait de se passer.
-    Le ticket de Loto, donne-le-moi, précisa l’autre en pointant l’arme sur le psychiatre .
-    Laissez-moi lui porter secours, je n’ai pas de ticket de Loto, je ne joue jamais !
-    Elle a dit que tu l’avais !
-    Mais elle non plus ne joue jamais !!! Laissez-moi, vous voyez qu’elle perd son sang !!!
-    Là où elle est, elle n’a plus besoin de quelque secours que ce soit… Pour la dernière fois, donne-le-moi !!!
-    Mais enfin !! Je n’ai… »

Le coup de feu lui coupa la parole. Il n’y eut aucune douleur, aucun cri, il s’effondra au sol, le cœur transpercé par une de ses propres balles.





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« Tiens, tiens, qu’avons-nous là ? s’étonna le médecin légiste, penché sur l’estomac du corps sans vie de l’inconnue, et en sortant à l’aide d’une longue pince très effilée une petite boule blanchâtre parsemée de sang.
-    Un morceau de papier on dirait, avisa le stagiaire.
-    En effet, un morceau de papier, et pas n’importe quel genre, confirma-t-il en le déroulant avec précaution et patience, regardez attentivement, on y distingue encore des numéros…
-    De Loto on dirait, acheva l’assistant. D’il y a quelques jours, c’est récent.
-    Appelez le Commissaire, dites-lui que je crois que nous tenons un mobile et qu’il fasse vérifier les numéros gagnants des trois dernières semaines. Si c’est bien ce que je crois…
-    Tout de suite ! »


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Le lendemain matin, en prenant son petit-déjeuner, le médecin déplia son journal quotidien qui titrait : « Drame du Loto : la grande gagnante de la super cagnotte retrouvée sauvagement assassinée ». Il le replia en soupirant…

Il savait que l’auteur du double meurtre avait été arrêté un peu plus tôt la veille au soir, alors qu’il s’était rendu à l’hôpital pour soigner une blessure par balle à l’épaule. Son allure, couvert de sang, et ses dénégations en avaient fait le suspect numéro 1, aussi avait-il été entendu par la police. Mais malgré toutes ses protestations, sa blessure correspondait bien aux balles du revolver trouvé près du corps du psychiatre. Un fou furieux évadé. L’essentiel était qu’il soit mis hors d’état de nuire, et le médecin savait que le Commissaire y veillerait personnellement…


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par Ecriveuse publié dans : Nouvelle communauté : les auto-édités
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