[Nouvelle] Mondes oubliés... [1/?]

Publié le par Ecriveuse

Le ciel s’était brusquement obscurci. Rien n’avait laissé prévoir une tempête de cette envergure. Ni la météo, ni les vieux loup de mer qui pourtant avaient l’œil et le ressenti pour ces choses-là.

Mattéo était debout devant la jetée, caméra au poing, pour immortaliser des images qui, il le savait, feraient de lui un inconnu célèbre. Au moins pour quelques jours. Après tout, quel meilleur moyen de se faire connaître que par les média et l’information ? Et l’information du jour, de la semaine, peut-être même du mois, il la tenait là, au bout de sa main, au bout de son regard.

Les vagues s’alourdissaient depuis de longues minutes maintenant. Au loin, on distinguait de plus en plus clairement les trombes d’eau qui confondaient le ciel et la mer. Aussi sombres et menaçants l’un que l’autre.

Alors qu’il procédait à une énième mise au point, son téléphone sonna. D’un geste excédé, il s’en saisit, décrocha et hurla pour couvrir les sifflements du vent :

« J’ai pas le temps !
-    Putain, Mat, mais où tu es ???
-    Sur la jetée, j’ai presque fini et j’ai presque plus de batterie ! ça va couper !
-    Arrête tes conneries ! Reviens immédiatement !
-    J’entends plus rien, je te rappelle dès que possible ! »

Il coupa la conversation sans plus se soucier de ce qu’allait en penser son boss occasionnel. Après tout, c’était de sa faute s’il était là. Et il avait presque terminé. Il savait qu’il était temps maintenant de filer le plus vite possible. En plus du fait qu’il était trempé comme une soupe, la mer s’approchait de lui dangereusement. De lui et de sa précieuse caméra… Allez, encore une prise de vue. La dernière.

Ce qu’il vit alors lui donna à penser, une fraction de seconde, qu’il devenait fou. Ajustant son objectif aussi nettement qu’il put, il discerna clairement, comme dans l’œil du cyclone, une île, dont la lumière paraissait…

Un éclair blanc lui fit brutalement perdre l’équilibre. La foudre avait frappé. Il se sentit tomber et dans un sursaut de conscience un seul mot lui vint : injustice…

ΩΩΩΩΩΩΩΩΩΩ


« jfods qlk, vqùsd okf »

Une suite de sons lui parvint, très indistinctement. Il essaya d’abord d’ouvrir les yeux mais l’effort se révéla impossible à accomplir. Bouger un membre lui sembla encore plus problématique. Bizarrement, pourtant, aucune douleur ne le transperçait. Il sentait qu’il était allongé, confortablement pour autant qu’il pût en juger.

« jfods qlk, vqùsd okf »

Il se souvenait de la tempête, de l’île, et de l’éclair… Se forçant à résister à la panique qui menaçait de le submerger, il tenta encore une fois, sans succès, d’ouvrir les yeux pour se rendre compte au moins de l’endroit où il se trouvait.

« Ca doit être un lit d’hôpital. Je ne sais pas comment ils ont fait pour me sortir de l’eau mais je ne manquerai pas d’écrire un papier particulièrement vibrant pour les remercier des risques que les sauveteurs ont pris… »

Nouvelle tentative pour faire montre d’un signe de vie. Mais rien.

« jfods qlk, vqùsd okf
-    jqomiç jiodsùoj jo »


Les sons avaient changé. On aurait dit un dialogue dans une langue complètement inconnue…

« Bon sang, comment faire pour me faire entendre, pour montrer que je ne suis pas mort ? pensa-t-il avant de se raisonner ; je suis con. J’imagine que si je suis à l’hosto, ils savent que je suis vivant…
-    En effet, nous le savons… »

S’il n’avait été totalement paralysé, Mattéo serait sans doute tombé de son lit. Une voix lui avait répondu, en français, dans sa tête. La panique qu’il avait réussi à contenir jusque-là brisa toutes les digues de la raison. En proie avec une terreur incontrôlable, son esprit lui-même se tut brusquement.

« Voyons, calmez-vous, nous ne vous voulons aucun mal », poursuivit la voix, sur un ton très doux.

D’aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours rejeté avec le plus grand mépris ces légendes urbaines qui prétndaient que l’homme n’utilise que 20% de son cerveau et qu’il existerait des gens qui eux, parviennent, consciemment ou non, à se servir d’un pourcentage plus élevé. Pour le coup, force était de constater qu’il lui était…

« Calmez-vous, ne cherchez pas à comprendre pour le moment, le coupa gentiment la voix. Concentrez votre énergie sur vous-même. Sans cela, nous ne parviendrons pas à vous guérir.
-    Mais mais…, balbutia-t-il mentalement, qui êtes-vous ? Où sommes-nous ?
-    Patience, une chose après l’autre. D’abord votre état. Ensuite les questions.
-    Pourquoi est-ce que je ne peux pas parler ? Ni même ouvrir les yeux ?
-    Parce que nous vous en empêchons pour l’instant. Rien ne doit entraver le travail de nos guérisseurs.
-    Guérisseurs ??? J’exige un médecin ! Un vrai…
-    Chuuuut. Ne nous obligez pas à vous réendormir. Ca retarderait le processus. Nous vous expliquerons en temps et en heure. Concentrez-vous, » répéta encore la voix sur un ton plus ferme.

Mattéo sentit qu’une force étrange l’empêchait désormais de s’exprimer, même mentalement. Comme une puissance magnétique au sein même de son esprit cartésien. En lieu et place de son angoisse, des images de son passé lui tinrent brusquement compagnie. Son enfance d’abord, avec ses parents, heureux temps de l’insouciance. Son adolescence, ses premiers émois. Une douce nostalgie s’emparait de lui sans qu’il en retirât la moindre tristesse. Au contraire, un beaume doucement, se glissait en lui. Puis ce furent les amis, les êtres chers, qui intervinrent. Ceux qui avaient compté, ceux qui comptaient encore. Son premier premier prix, à l’âge de 21 ans pour une nouvelle de science-fiction, puis sa compagne, Caro, et leur premier enfant… A chaque fois qu’une image s’estompait, une autre se dessinait. Il était le spectateur de sa vie, immobile, dans le silence enjoué de ses plus beaux souvenirs.

« Bien. Nous allons avoir terminé de vous soigner.
-    Je peux à nouveau penser ?
-    Vous avez toujours pu. Simplement, depuis des jours que nous oeuvrons à vous réparer, il a bien fallu que nous canalisions votre énergie pour vous rendre service à vous-même…
-    Où sommes-nous ? Qui êtes-vous ? Comment avez-vous réussi à me sauver ??? A moins d’être amphibie… »

Plusieurs rires cristallins lui parvirent, cette fois non plus directement entre ses oreilles, mais bien par la voie traditionnelle.

« Disons que nous avons quelques talents cachés, quelques dons, ainsi que vous l’appelez vous.
-    Je ne comprends rien…, fit Mattéo en essayant une nouvelle fois d’ouvrir les yeux.
-    Il est trop tôt pour que vous puissiez nous voir, expliqua la voix. Par contre, vous pouvez nous entendre. Et vous pouvez désormais bouger. N’y allez pas trop fort pour aujourd’hui : vous risqueriez de tomber. »

En effet, il pouvait remuer les bras et les jambes, sentir à nouveau chaque parcelle de son corps. Sauf les yeux. Il tenta de s’asseoir mais un vertige le fit vite se rallonger.

« Nous vous avion prévenu, constata la voix. Cela fait 6 semaines que vous êtes là. Il aura fallu toute notre science pour vous éviter le pire…
-    C’était à ce point ? Je ne suis donc pas mort ? Parce que je commençais sérieusement à le penser…
-    Il s’en est fallu de peu, mais non, vous n’êtes pas mort.
-    Répondrez-vous maintenant à mes questions ? s’enquit Mat d’une petite voix.
-    Posez-les, nous verrons celles auxquelles nous pourrons répondre…
-    Où sommes-nous ? Dans quel hôpital ?
-    Nous ne sommes pas à proprement parler dans un hôpital tel que vous le concevez… Disons que nous sommes des voyageurs et que notre code nous oblige à porter secours si nous le pouvons.
-    Qui êtes-vous en ce cas ? »

Un murmure enfla autour de Mattéo. Plusieurs voix semblèrent se chevaucher, dans cette langue inconnue.

« Nous ne sommes pas d’accord quant au fait de vous le dire. Nous pensons que vous n’êtes pas prêt à l’entendre.
-    Je crois que là, tout de suite, je peux tout entendre…
-    Nous sommes certains du contraire…
-    Vous m’avez sauvé la vie, vous pourriez avoir 5 têtes et 10 bras, ça ne m’effrayerait pas. »

Nouveau conciliabule, tandis que le convalescent sentit à nouveau une présence étrange dans son cerveau.

« Ne faites plus ça ! S’il vous plaît !
-    Nous voulions vérifier votre capacité à appréhender ce que vous allez entendre.
-    Et ? Rassurés ?
-    L’esprit humain est bien la chose la plus difficile à saisir, sembla soupirer son interlocuteur…
-    Etes-vous le seul à pouvoir me comprendre ? demanda subitement Mat.
-    Non. Nous vous comprenons tous. Mais quel intérêt de vous parler tous en même temps ?
-    Vu comme ça, en effet. Mais ça ne me dit toujours pas qui vous êtes et où nous sommes…
-    Reposez-vous d’abord. Demain, vous saurez tout. »

Au silence immédiat qui régna autour de lui, Mattéo comprit qu’il était seul…

ΩΩΩΩΩΩΩΩΩΩ



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ecriveuse 14/03/2008 18:07

C'est malin! ça m'oblige à faire une suite qui tienne la route maintenant!!!!

Gisèle 14/03/2008 18:04

Mais si ! (bon, ça va pas m'empêcher de dormir, j'avoue). Mais j'ai bien envie de savoir qui c'est, ces extraterrestres (mais sont-ce des extraterrestre ?).
A quel point ? disons que si c'était l'extrait d'un bouquin en vente, j'irais l'acheter le lendemain (en poche, bien sûr :p)

ecriveuse 14/03/2008 18:01

Meuh non ça ne te ronge pas.

Avoue!

Gisèle 14/03/2008 17:44

Ah misère ! Du suspens ! Je supporte pas, ça me ronge !

ecriveuse 14/03/2008 16:23

Le we qui s'annonce va être chargé mais je lirai Oliv ;)