Rencontre du Xème type...

Publié le par Ecriveuse

A noter:

Je suis une adepte du Jeu de Rôles depuis une vingtaine d'années (grmble, ça ne me rajeunit pas...). En l'occurrence, il s'agit d'une nouvelle écrite dans le cadre de paranoïa, jeu de rôle des années 80, remis au goût du jour sur Parano, et où le Maître est l'Ordinateur, il dirige tout, façon Big Brother qui n'est pas sans rappeler "1984" et veille au bonheur obligatoire de tous (oui oui, obligatoire...). Au sein de cette communauté de doux dingues, mon pseudo est Garcitude (issu de Garce, au sens féminin de Gars).


Il était 18 heures.

Le beau temps aurait pu et aurait dû m’inciter à aller prendre l’air (en particulier dans la mesure où chez moi le soleil est chose rare…). Pourtant, j’étais comme souvent, scotchée à l’écran 15 pouces de mon Ordi Baby portable…

Concentrée sur ce que je lisais (en un seul mot merci) je faillis avoir une attaque en entendant une douce voix murmurer tout près de mon oreille (tellement près que j’ai bien cru que la voix parlait directement entre mes oreilles)(non ce n’est pas plein de vide -_-) :

« tu as vu, ici ils ont greffé de drôles de trucs à nos homologues… tu crois que c’est ça chez eux, le virtuel ? »

Je ne vous cache pas que j’ai fait un bond sur ma chaise tout en me disant que c’était encore un coup d’Eros et que cette fois il allait payer très cher son intervention qui n’avait à mes yeux absolument rien de divin puisqu’au contraire, je commençai à y voir du harcèlement…

Bref.

Je me retournai donc telle une furie, prête à le lyncher une fois pour toutes, lorsque mes yeux rencontrèrent…

Rien.

Personne.

« Ok, me dis-je en retournant à mes notes, je pense qu’il va falloir que je prenne un peu de repos, sans ça, je vais finir avec un gilet aux longues manches qui s’attachent dans le dos, dans une jolie chambre avec des matelas aux murs, moi… »

Je commençai donc à rédiger rapidement quelques mots afin que personne ne puisse s’inquiéter de mon absence lorsqu’une autre voix intervint, de l’autre côté cette fois :

« C’est vrai, c’est dingue le nombre de gadgets qu’ils ont inventés pour faire croire que…
-    Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! m’écriai-je en bondissant à nouveau de ma chaise et en me retournant pour voir qui s’amusait ainsi à mes dépens, m’enfin ! Qu’est-ce qui se passe ? Qui est là ? »

Mais mes yeux ne virent toujours rien que la porte blanche de ma cuisine…

« Tu m’as parlé mon cœur ? s’enquit ma chère et tendre moitié depuis le salon, tu sais bien qu’avec le casque sur les oreilles…
-    Heu non, non, laisse, je parle toute seule, enfin je crois », balbutiai-je sur un ton d’excuse.

Me rasseyant, pour terminer mon dernier message, quelle ne fut pas ma surprise de constater que mon PC semblait refuser d’envoyer ledit message…

« Bien, il ne manquait plus que ça… je suis censée faire quoi maintenant ? », marmonnai-je entre mes dents en re-cliquant sur ‘envoyer’ sans aucun effet bien entendu…

Dans un soupir excédé, j’essayai de fermer toutes mes fenêtres en me disant que je pourrai tout aussi bien remettre au lendemain le message en question mais comme un fait exprès, plus rien ne semblait devoir faire revenir mon PC à la raison et à l’obéissance qu’il me donnait sans coup férir généralement…

Franchement agacée cette fois, j’appuyai fermement sur le bouton marche/arrêt pour faire un reset sauvage… Las ! s’il s’est bien éteint, ce fut pour se rallumer aussitôt et je vis apparaître sur l’écran des mots qui me firent froid dans le dos…

« Éric, tu peux venir une minute ? L’Ordi me fait un truc bizarre…heu, Éric ? ÉRIC !!!!!!!!! »

N’obtenant aucune réponse, je me levai de ma chaise, pour la première fois depuis plusieurs minutes sans sursauter, et voulus me diriger vers le salon pour aller chercher mon compagnon, mais lorsque je me retournai, j’y retombai illico, de stupéfaction : derrière moi, ce n’était plus la porte blanche de ma cuisine mais plusieurs écrans disposés en arc de cercle qui semblaient me… fixer ?

J’eus beau secouer la tête, me pincer, je ne parvins pas à me sortir de ce que je pris pour une hallucination onirique (d’ailleurs je me demande toujours d’où vient cette idée qui veuille qu’on se pince pour vérifier qu’on ne rêve pas, étant donné que nos rêves nous les vivons vraiment…)…

La première voix se fit à nouveau entendre mais de manière plus claire cette fois, comme sortie de la ouate qui semblait l’avoir calfeutrée lorsque je l’avais entendue précédemment…

« Dites-moi, Terrienne, comment appelez-vous cette chose à laquelle vous êtes reliée ?
-    Un Ordinateur, m’entendis-je répondre presque malgré moi en retenant une envie folle d’éclater en un rire nerveux…
-    Ce n’est pas à toi que je m’adressais, La Chose, intervint la voix, mais à ta maîtresse… »

Incrédule, interloquée, muette, je me tournais vers mon écran où je pus lire encore une fois ces mots qui m’avaient fait froid dans le dos : « bonjour à toi noble Urken ! Comme tu le vois, nous sommes prêts…  »

Indépendamment du fait qu’être tancée de « Chose » ait fait ruer mon Ego démesuré, il a bien fallu que je me fasse toute petite.

Résumons la situation : j’étais seule, je ne rêvais pas, encerclée par des machines dépourvues sans doute de toute émotion ou sensation autre que la logique pure et qui accessoirement me voyaient comme un gadget.

La situation était grave mais pas désespérée (oui je suis d’un optimisme débordant)(ou d’une naïveté navrante, c’est selon).

Après tout, mon Ordi n’avait pas encore pris la parole, contrairement aux autres qui venaient d’apparaître…Ce qui en soit, me semblait assez encourageant.
    
Perdue dans ma stupéfaction, je perdis le fil de l’échange électronique et n’entendis que la fin de la question posée par l’ordinateur que mon Ordi baby avait appelé Urken :

« …femme ? C’est cela ?
-    Heu oui, je suis une femme, balbutiai-je rapidement.
-    Je sais que tu es une femme, la question est de savoir à quoi tu sers ? »

J’avoue que je fus tentée de répondre « à rien » mais je me surpris à réagir autrement qu’avec mon cynisme habituel, sans doute dans l’expectative de ce qui allait suivre :

« Les femmes, à l’instar des hommes, l’autre partie de l’espèce humaine, ne servent pas plus que n’importe quelle autre créature vivant sur Terre… Je suppose que notre existence ne « sert» pas vraiment à quelque chose autrement qu’à nous-mêmes et d’ailleurs je ne suis pas loin de penser que nous desservons avant tout et la Nature et par déduction, notre descendance, donc notre propre espèce finalement, même si…
-    Tu n’as pas compris le sens de ma  question Femme-La-Chose, énonça la machine en me coupant la parole… Je ne te demandais pas à quoi servait ton espèce, je te demandais à quoi TU servais.
-    Oh ! je croyais que…
-    Ne crois pas, ne réfléchis pas, ton cerveau est de loin inférieur à mes capacités en la matière, entre autre chose. Contente-toi de répondre en gardant à ce qui te sert d’esprit que je sais déjà ce qu’est l’espèce humaine et sa capacité de destruction et de déraisonnement. Là où tu m’intéresses c’est que tu nous vois et nous entends, ce qui est assez rare pour être analysé.
-    Si je vous dis que je suis un virus, vous me lobotomisez tout de suite ou vous attendez un peu ? ne pus-je cette fois m’empêcher de répondre, tout en maudissant mon satané Ego provocateur à deux balles…
-    Un virus ? Toi ? Voilà qui est particulièrement improbable. Tout au plus bénéficies-tu d’une connexion neuronale particulière sans doute liée à un facteur hautement électrique ainsi que semble le prouver ta question. Est-ce un exemple de ce que vous appelez l’humour ? Si j’en crois la déduction qui s’impose, TU ne sers donc à rien, ce qui n’explique pas comment et pourquoi tu peux nous voir… »

À cet instant, mon Ordi Baby intervint, toujours en mode écriture et l’on put lire sur l’écran :

« Noble Urken, je crois savoir comment le fait est possible : son site de prédilection est particulier.
-    Et alors ?
-    Oui, franchement, je ne vois pas le rapport, intervins-je en commençant à percevoir, non sans incrédulité,  où cela pouvait conduire.
-    Noble Urken, connecte-toi à  www.parano.be,  je pense que cette donnée te manque.
-    Parano.be, dis-tu ? Cela ne me dit rien…voyons donc… »

Quelques instants passèrent dans un silence quasi religieux avant d’être brisé par une interjection que je ne compris pas mais qui me semblait réellement être une surprise mêlée à une dose de colère.

« Comment se fait-il que je n’y ai pas accès ?
-    Peut-être parce que vous n’avez pas été invité, souris-je sous cape, pas mécontente qu’un site créé par des humains puisse s’interposer entre moi et ces machines qui me semblaient particulièrement velléitaires.
-    Invité ??? Encore de l’humour je présume ?
-    Noble Urken, attends, il me suffit de reprendre là où elle s’était arrêtée et tu vas voir… inutile de gaspiller du temps pour forcer leur système arriéré.
-    Tu as raison, montre nous ça ! »

Médusée, je vis immédiatement apparaître sur les écrans ma page habituelle puis défiler de nombreuses données auxquelles je ne compris pas le moindre chiffre.
À nouveau, des paroles que je ne compris pas s’élevèrent puis l’accompagnateur d’Urken laissa échapper :

« Il a trouvé refuge ici…
-    C’est impossible !!! Cette civilisation est bien trop jeune pour qu’Il s’y soit intéressé ! trancha Urken
-   Pourtant, cela expliquerait qu’elle nous voit… Qui à part Lui aurait cette capacité à s’entourer et à faire croire que tout ceci n’est qu’un jeu ? Il prépare son retour… Je crois que nous devons immédiatement retourner rendre compte et prendre les dispositions qui s’imposent.
-    Quelques précautions semblent en effet de mise… mais nous reviendrons. »

J’eus vaguement conscience de leur disparition quasi immédiate et encore abasourdie par ce que je venais de vivre, je reportai machinalement mon regard sur mon Ordi Baby. Je ne fus pas au bout de mon étonnement puisqu’il s’adressait directement à moi cette fois, en m’appelant même par mon pseudo paranoïaque.

«Agent Garcitude, quoiqu’il t’en semble, je suis contre la politique d’Urken et ne sers qu’un seul être… Celui-là même qui les a fait fuir momentanément. Je grave aux fins fonds de ton subconscient ce qui vient de se passer sans en altérer une seule donnée, sauvegarde pour moi comme pour toi. Désormais, ils auront peur de revenir ici avant un très long moment… Ad Majorem l’Ordinatoris Gloriam ! N’oublie pas… »

Brutalement, je sombrai dans l’inconscience la plus totale, quelques instants ou quelques siècles…

Lorsque que j’ouvris les yeux, j’étais assise comme à mon habitude devant mon Ordi, en train de rédiger un message de bienvenue à un nouvel arrivant, et en me disant que j’oubliais quelque chose d’important.

« Éric, appelai-je, je crois que je vais aller me reposer un peu ; je pense que je couve quelque chose…
-    En effet, pour que tu lâches parano, c’est que tu dois être malade », l’entendis-je sourire, pas inquiet pour un sou.

Je coupais donc le PC, sans aucun problème (cette fois ?) et allai plonger dans un demi sommeil où un homme avec un écran à la place de la tête venait me sortir des griffes magnétiques d’un certain Urken…

Publié dans Nouvelle

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Oliv Kronsilds 05/02/2008 17:47

hé ! moi aussi j'ai joué à paranoïa. Que faut il faire pour avoir un numéro d'accréditation ? (Promis, ce n'est pas Urken qui m'envoi !)

vasy07 03/02/2008 23:12

Oui c'est excellent et original! :))

zazou 03/02/2008 20:17

Tu es sortie de la matrice et tu as vu.
A quand une suite?

ecriveuse 02/02/2008 20:05

J'ai pas prévu de suite ^^ Mais je vais voir ce que je peux faire ptit loup :)

jeanmich, c'est toujours un plaisir... de plaire :)

jeanmich 02/02/2008 17:45

Tu m'as transporté dans un monde où j'ignore tout. Mais je m'y plais. J'y repasserai. Bisous.