L'Ensorceleuse et le Voyageur (fin)

Publié le par Ecriveuse

Le Choix

Le lendemain soir, en arrivant à la grotte, il eut la surprise de constater que personne ne guettait l’arrivée de l’Ensorceleuse. Les abords étaient déserts. Redoutant de trouver l’abri vide, il frappa avec force : aujourd’hui, il fallait absolument qu’elle soit là, il avait tant de choses à lui dire…

Elle lui ouvrit, radieuse. Il lui prit les mains et l’installa devant le feu. Surprise qu’il la touche, elle le regarda avec inquiétude mais d’un regard, il l’arrêta :

« J’ai pris une décision, lui annonça-t-il.
-    Pourquoi ai-je l’impression que ça ne va pas me plaire ?
-    Je dois tout te dire, continua-t-il sans répondre. Mais pour ça, il faut que tu sois prête… »

Elle soupira. Sentant confusément que sa malédiction était en train de faire une victime qu’elle ne voulait pas, elle respira et rétorqua :

« Je ne veux pas savoir…
-    Il le faut ! pour toi comme pour moi… Crois-moi, tu n’auras qu’un mot à dire : oui ou non… »

Un lourd silence s’installa, troublé seulement par le chant des flammes qui crépitaient. Dans un soupir, elle murmura enfin :

« Pose-moi ta question.
-    Veux-tu de moi ? » lança-t-il très vite.

Elle le regarda, longuement, de tout son être. La réponse tomba. Nette.

« Non, de personne »

Il sourit tristement et lui tendit une lourde enveloppe.

« Qu’est-ce que c’est ?
-    Ce que je t’ai écrit. Tout ce que tu ne sais pas sur moi…
-    Je vais abuser, je sais mais… lis-moi ce que j’ignore, dit-elle en lui rendant les 15 pages.
-    Tu es dure…
-    Tu ne me laisses pas le choix », fit-elle doucement en prenant place contre son Mur Nord.

Il prit une profonde inspiration et commença. Il lut longtemps, remontant au temps où ils étaient tous deux adolescents, et où son regard lui avait déjà transpercé le cœur. Il lui expliqua comment il la voyait avant, et ce qu’elle représentait à ses yeux aujourd’hui. Il parla encore et encore…

Emue jusqu’aux larmes, l’Ensorceleuse le laissa aller jusqu’au bout de sa lecture.

Quand il eut terminé, un second long silence résonna dans la grotte, que même les craquements du feu ne semblaient pouvoir briser.

Elle se leva et s’approcha de lui. Lui prenant le visage entre ses mains, elle lui murmura « merci » et l’embrassa délicatement.

Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est ce que déclencherait ce baiser. Cette décharge électrique qui lui traversa le corps, tandis que lui s’écartait pour la regarder.

Il passèrent cette nuit comme un seul être… mais l’aube arriva…
Elle prit alors conscience de ce que cela signifiait :

« Tu risques ton âme en restant avec moi… énonça-t-elle à regret, en se lovant contre lui.
-    Non, répondit-il. Je ne suis venu te livrer que mon cœur… Mon âme, je ne peux pas la mettre en jeu…
-    En ce cas, tu ne dois pas rester, sauve toi pendant qu’il est temps… dicta-t-elle presque inaudible.
-    Viens avec moi ! C’est la grotte qui retient les âmes, pas toi…
-    Ma place est ici… Va-t-en vite… »

Il se leva, s’habilla en un temps record et se retourna une dernière fois avant de partir :

« Si tu changes d’avis, quelque soit le jour ou l’année, viens à moi… Nous nous sommes mariés ce soir, termina-t-il en faisant tourner l’alliance deux ors qu’il avait à l’annulaire gauche. OVA siempre 2050… Nous avons tout notre temps pour nous retrouver à la croisée des chemins… »

WWWWW

Epilogue

Elle resta longtemps cloîtrée dans sa grotte où désormais plus aucun de ceux d’en bas n’entrerait.

Le Voyageur avait repris sa route.

Mais un jour, l’Ensorceleuse s’éveilla. Elle regarda la grotte d’un œil nouveau. Son alliance, la même que celle du Voyageur, la lançait, et elle sut ce qu’il lui restait à faire : elle se saisit des boites qui prenaient la poussière et les jeta au feu, rendant les âmes à leurs légitimes propriétaires.

Puis, une fois que tout fut consumé, elle rassembla ses affaires et se mit à écrire un court message :

« Te dire que tout ce qu’on fait, dit, pense a un sens…

Je sais que ni toi ni moi ne sommes parfaits. Pourtant nous sommes parfaits sur un point, pour un domaine. Nous sommes parfaits l’un pour l’autre. Toi pour moi et moi pour toi…

Ce qui se passe aujourd’hui entre toi et moi reste, malgré la distance, aussi magique qu’au premier soir de notre première discussion.

J’ai voulu mourir. Pas pour toi, mais pour ne plus encaisser, ne plus subir, ne plus jamais avoir peur. Mais au dernier moment, une main qui portait une alliance a arrêté mon geste. Une main surgie de nulle part ailleurs que de mon imagination sans doute. Elle a fait valser, dans un geste rageur, tout ce que j’avais si soigneusement préparé et je garde en mémoire une sensation de brûlure à la joue…

T’aimer ? Non je ne t’aime pas.

Tu fais partie de moi, de ma vie plus étroitement que n’importe quoi d’autre. Je t’ai dit ce soir là que j’étais à toi autant que tu étais à moi. Après quelques instants de réflexion, tu t’es agenouillé près de moi pour me dire « tu as gagné ». T’en souviens-tu ?
Ce n’est pas à proprement parler d’un manque dont je souffre. Le manque, c’est quelque chose de physique auquel on peut remédier très facilement. C’est autre chose, de plus fort et de plus supportable en même temps. Quelque chose de plus subtil aussi. Quand tu es parti, j’ai senti que tu emportais réellement une partie de mon âme. Et c’est ce qui doucement me rassure : où que tu sois, que tu en aies conscience ou non, j’y suis aussi.

Prends tout ton temps. Je serai là, un jour, à la croisée des chemins, assise en train d’écrire, comme toujours, les mains gantées de mitaines violettes, adossée à un magnifique marronnier centenaire et je te dirai « tu en as mis du temps ! » Toi, tu me regarderas sans comprendre, sans doute en te demandant qui est cette femme qui t’interpelle comme si tu la connaissais depuis avant ta naissance, et qui plus est ne te donne même pas le temps de te reposer.

Puis tu te souviendras que c’était jadis l’Ensorceleuse à qui tu n’avais pas voulu donner ton âme, et qui avait fini par sortir de sa grotte après ton départ pour n’y plus revenir.

Tu me diras que tu es fatigué de ton dernier voyage et que tu aimerais juste un peu de repos. Je te regarderai avec une infinie tendresse, en ôtant mon gant gauche. Une alliance composée de deux ors brillera d’un éclat qui te redonnera toute ta force, toute ton énergie et l’ex-Ensorceleuse que je serai te dira en la retirant : « OVA, Voyageur, tu te souviens d’OVA siempre 2050? Oser Vivre Aimer toujours, rendez-vous en 2050? ». Une démangeaison que tu avais oublié attirera ton regard sur ta main gauche où scintillera à son tour un autre alliance, la même que la mienne. Et là, tu te souviendras de qui j’étais…

A toi, Voyageur, et rien qu’à toi…. »

Elle cacheta la lettre et l’envoya au vent…

Enfin, elle quitta la grotte en la fermant à tous, et entreprit de descendre voir comment elle allait s’en sortir avec ceux d’en bas…

Publié dans humeur

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ecriveuse 14/01/2008 19:18

J'essaye simplement de trouver les mots justes... Le plus souvent possible... Mais ce n'est pas si simple que ça en a l'air...

hicham 14/01/2008 18:19

Alors je suis d'autant plus content de, peut-être, parfois entrer en toi.
C'est de cela dont je désire être le compagnon. Pas celui de la surface...
A moi de m'en donner les moyens avec ce que tu nous tends...

ecriveuse 14/01/2008 07:53

Sur le net mieux qu'ailleurs, on constate que les mots ont un pouvoir réel, et une portée non moins réelle.

Et je n'ai pas l'habitude qu'on lise en moi... ^^

hicham 13/01/2008 23:03

Si je lis en toi?
Même si tu ne m'a pas posé la question, j'ai envie d'y répondre.
Je ne sais pas si je lis en toi mais j'éprouve énormément de plaisir (et pourquoi pas une certaine joie)à le vouloir.
Alors j'essaye...!

ecriveuse 13/01/2008 21:17

Ok. Donc c'est toi qui lis en moi à présent? (c'est un constat plus qu'une question en fait).

Ce qui est amusant c'est que je n'avais jamais cherché la symbolique de ce que j'avais écris mais ton analyse est très proche de la réalité en fait...

Bizarrement, cela dit, je ne changerai pas ma vie si j'en avais l'occasion, c'est-à-dire que je referai les mêmes choix, à quelques nuances près.

J'apprécie infiniment la manière dont tu as lu cette histoire. Parce que c'est comme ça que j'aime qu'on me lise et que j'écris avec le souci justement de le faire de la manière la plus "simple", c'est-à-dire qu'on puisse suivre exactement le raisonnement ou la chronologie...

En tout état de cause, je suis bluffée par l'analyse :)