L'ensorceleuse et le Voyageur

Publié le par Ecriveuse

L’Ensorceleuse…

Il y a très longtemps, vivait à l’écart des siens une très jeune femme. Elle avait fait ce choix presque inconscient de s’isoler peu à peu jusqu’à élire domicile dans une grotte, à l’abri des regards. Elle descendait tous les jours se mêler aux autres, pour gagner sa vie en travaillant et ne pas être dépendante de qui que ce soit, mais refusait de la même manière que l’on dépende d’elle, pour quoi que ce fut.

Elle rêvait d’absolu mais avait compris que l’absolu n’était pas du ressort humain.

Paradoxalement, ses cheveux noirs, ses yeux passant du noisette au vert, son attitude toujours souriante pour ceux d’en bas comme elle les appelait dans son for intérieur, attirait toujours les curieux qui montaient tenter leur chance de lui faire entendre raison pour qu’elle décide d’oublier sa quête inhumaine…

Tous elle les recevait. Un par un. Un sourire doux aux lèvres. Elle les voyait même venir de loin, et se prêtait à leurs espoirs avec toute la tendresse qui la caractérisait. Elle avait beau expliquer que rien n’était possible, que leurs désirs n’éveillaient en elle aucun écho, ils insistaient, et insistaient encore, jusqu’à ce que, fatiguée, elle leur permette de la toucher. Mais avec une mise en garde sérieuse : s’ils la touchaient, ils y perdaient leur âme. Tous prirent le pari. Un par un, ils ont tenté leur chance. Un par un, ils ont perdu leur âme.

L’Ensorceleuse, chaque fois, les renvoyait vers la vie d’en bas, leur âme enfermée dans une boite hermétique rangée sur une étagère. Elle ne voulait pas les conserver, aurait même aimé leur rendre, mais ce qu’elle considérait comme sa malédiction lui interdisait de revenir sur le défi qui avait été perdu par ceux qu’elle n’avait pourtant pas invités… Elle haussait les épaules après les avoir plaints un instant et reprenait ses rêveries.

Dehors, devant sa grotte, ceux d’en bas continuaient d’arriver, mais elle n’en avait cure. Elle savait qu’ils attendraient qu’elle sorte pour se présenter et que jamais ils n’oseraient forcer sa porte.

Elle remettait du bois dans le feu, s’adossait au mur Nord de la grotte, une tasse de café au creux des mains et poursuivait en songe sa quête, tentant de sonder son avenir et ce qu’il pouvait receler…

(suite demain)

Publié dans humeur

Commenter cet article