Devos, le non-sens censé...

Publié le par Ecriveuse

« Maman c’est quoi un non sens ?

-         C’est quelque chose qui est absurde.

-         Et c’est quoi quelque chose d’absurde ?

-         Alors tu vois cette bouteille de lait… »

 

Je sais, c’est pourtant pas compliqué d’expliquer à une môme de 7 ans certains mots. Ben détrompez-vous ! D’autant qu’une réponse amène fatidiquement une autre question, et c’est un enchaînement sans fin.

 

En fait, j’aurais aimé avoir la qualité du verbiage de Môssieur Raymond Devos : avec un mot, il faisait un sketche de 3 minutes -_-‘. On appelle ça le talent ; on l’a ou on ne l’a pas.

 

D’un autre côté, c’était pas humain de réunir tous ses talents en un seul homme. Parce que non seulement c’était un surdoué du vocabulaire et du langage, mais en plus, un musicien touche à tout, mime, comédien, jongleur, équilibriste sur monocycle, prestidigitateur.. Cet autodidacte et ancien déporté (STO)(arf, Service du Travail Obligatoire : les allemands réquisitionnaient pendant la guerre aussi bien le matériel que les hommes…) s’est démarqué dès l’enfance.

 

Il faut dire qu’il est tombé dedans quand il était petit. Né en 1922 dans un véritable château, 7 enfants, dont 6 garçons. Grande famille donc, dont les parents jouent chacun de plusieurs instruments de musique (Louis, le père, de l’orgue et du piano, Agnès, la mère, du violon et de la mandoline, son oncle, de la clarinette)…

 

Epris de savoir et de connaissance, Raymond doit cependant arrêter ses études à l’âge de 13 ans, sa famille ayant fait faillite. Qu’à cela ne tienne : il apprendra par lui-même. Il jouera des mêmes instruments que ses parents, en y ajoutant d’autres comme la harpe, la scie musicale, la trompette…

 

Malgré des conditions de vie très difficile en banlieue parisienne, sa volonté de devenir un artiste est intacte ; il est fasciné par les spectacles de rue, les forains, le cirque… D’ailleurs il suivra les cours de mime où il rencontrera un certain Marcel Marceau, avant de prendre des cours de théâtre.

 

C’est en 1948 qu’il découvre, grâce à 4 répliques, le bonheur du non sens. Il est alors en tournée théâtrale à Biarritz. Il interroge le maître d’hôtel :

 

« Je voudrais voir la mer.

-         Vous n’y pensez pas, elle est démontée !

-         Quand la remontera-t-on ?

-         C’est une question de temps… »

 

Et c’est de là qu’il va s’axer à devenir celui qu’on connaît et son ininimitable style. Remarqué par Maurice Chevalier, il fait la première partie de son spectacle et ça marche !

 

Pour ma part, je plussoie l’article de Wikipédia qui dit que « l'humour de Raymond Devos frise souvent la métaphysique (Friedrich Nietzsche), voire la mathématique fondamentale, comme lorsqu'il explique que « trois fois rien, c'est déjà quelque chose ». Beaucoup le considèrent comme un génie des mots, un poète hurluberlu et étonnant. ».

 

Il est mort le 15 juin 2006, chez lui et je garderai comme image du grand bonhomme celle d’un homme accompli et qui avait pour vocation, pour sacerdoce, même, le rire du poête.

 

 « Je crois à l’immortalité, et pourtant je crains bien de mourir avant de la connaître. »

 

Dormez en paix, Monsieur Devos, vous êtes immortel.

 

Je ne peux pas résister : quelques petites piqûres de rappel pour notre bonheur :

 

A tort ou à raison


On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort.
C'est difficile de juger. Moi, j'ai longtemps donné
raison à tout le monde.
Jusqu'au jour où je me suis aperçu
que la plupart des gens à qui je donnais
raison avaient tort !
Donc, j'avais raison !
Par conséquent, j'avais tort !
Tort de donner raison à des gens qui avaient
le tort de croire qu'ils avaient raison.
C'est-à-dire que moi qui n'avais pas tort,
je n'avais aucune raison de ne pas donner tort
à des gens qui prétendaient avoir raison,
alors qu'ils avaient tort !
J'ai raison, non ? Puisqu'ils avaient tort !
Et sans raison, encore ! Là, j'insiste, parce que ...
moi aussi, il arrive que j'ai tort.
Mais quand j'ai tort, j'ai mes raisons, que je ne donne pas.
Ce serait reconnaître mes torts !!!
J'ai raison, non ? Remarquez ... il m'arrive aussi
de donner raison à des gens qui ont raison.
Mais, là encore, c'est un tort.
C'est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort.
Il n'y a pas de raison !
En résumé, je crois qu'on a toujours tort d'essayer
d'avoir raison devant des gens qui ont toutes
les bonnes raisons de croire qu'ils n'ont pas tort !


Ceinture de sécurité


Mesdames et messieurs je ne voudrais pas vous affoler
mais des fous il y en a !
Dans la rue on en côtoie ...
Récemment, je rencontre un monsieur.
Il portait sa voiture en bandoulière!
Il me dit
"Vous ne savez pas comment on détache cette ceinture ?"
Je lui dis :
"Dites-moi ! Lorsque que vous l'avez bouclée,
est-ce que vous avez entendu un petit déclic ? "
Il me dit :
"Oui, dans ma tête ! "
Je me dis : "Ce type, il est fou à lier ! "
J'ai eu envie de le ceinturer ...
mais quand j'ai vu que sa ceinture était noire ...
je l'ai bouclée !!!


 

En dernier ressort


Je connaissais un sportif qui prétendait
avoir plus de ressort que sa montre.
Pour le prouver, il a fait la course
contre sa montre.
Il a remonté sa montre,
il s'est mis à marcher en même temps qu'elle.
Lorsque le ressort de la montre est arrivé en bout de course,
la montre s'est arrêtée.
Lui a continué,
et il a prétendu avoir gagné
en dernier ressort !


Les parcmètres


Les parcmètres, c'est une tricherie !
Vous savez que ça rapporte une fortune aux pouvoirs publics ?
Une fortune !
Je le sais parce que mon voisin s'est fait installer un
petit parcmètre clandestin devant chez lui ...
Tous les soirs, il va retirer la recette ...
Il vit bien !
Il s'est même acheté une voiture !
Evidemment, il l'a mise devant
son parcmètre.
Depuis, il ne fait plus un rond.
Mais ça, c'est sa faute !

 

Un ange passe


On dit parfois que j'extravague...
que je délire...
Pourtant, il n'y a pas plus raisonnable que moi !
Il n'y a pas d'esprit plus cartésien que le mien !
Je ne fais que rapporter les faits tels que je les observe.
Il est evident qu'il y a observer et observer !
Cela dépend du sens que l'on donne au mot "observer".
Exemple:
Quand on demande aux gens d'observer le silence...
au lieu de l'observer, comme on observe une eclipse de lune,
ils l'écoutent...
et tête baissée, encore !
Ils ne risquent pas de le voir le silence.
Ils le redoutent !
Alors, dès que le silence se fait, les gens le meublent.
Quelqu'un dit :
- Tiens ? Un ange passe !
alors que l'ange, il ne l'a pas vu passer !
S'il avait le courage, comme moi, d'observer le silence en face,
l'ange il le verrait !
Parce que, mesdames et messieurs, lorsqu'un ange passe, je le vois !
Je suis le seul, mais je le vois !
Evidemment que je ne dis pas que je vois passer un ange,
parce qu'aussitôt, dans la salle, il y a un
doute qui plane !
Je le vois planer, le doute !...
Evidemment que je ne dis pas que je vois planer
un doute parce qu'aussitôt, les questions:
- Comment ça plane un doute ?
- Comme ça ! (geste de la main qui oscille)
- Comment pouvez-vous identifiez un doute avec certitude ?
A son ombre !
L'ombre d'un doute, c'est bien connu...!
Si le doute fait de l'ombre, c'est que le doute existe...!
Il n'y a pas l'ombre d'un doute !
Et l'on sait le nombre de doutes au nombre d'ombres !
S'il y a cent ombres, il y a cent doutes.
Je ne sais pas comment vous convaincre ?!
Je vous donnerais bien ma parole, mais vous allez la mettre en doute !
Le doute... je vais le voir planer...
Je vais dire:
- Je vois planer un doute.
Aussitôt, le silence va se faire...
Quelqu'un va dire :
- Tiens, un ange passe !
Et il faudra tout recommencer !
A propos de l'ange, aussi, on m'en pose des questions insidieuses:
- Dites-moi, votre ange là, de quel sexe est-il ?
Alors là ... (geste de la main qui oscille)
je suis obligé de laisser planer un doute,
parce que je n'en sais rien !
- D'où vient-il ?
Il va vers sa chute !
Parce que l'ange, attiré par la lumière des projecteurs s'y précipite...
Ebloui, l'ange s'y brule les ailes et l'ange choit !
Et un ange qui a chu est déchu !
Mesdames et Messieurs... à la mémoire
de tous les anges qui sont tombés dans cette salle,
nous allons observer une minute de silence...
(L'artiste voyant "passer" un ange, les gens rient)
(L'artiste avec un geste de la main qui oscille)
Il n'y a que les doutes qui planent.

 Et pour conclure, ce sera une citation :

« Je n’ai rien à dire, mais je voulais que tout le monde le sache »

 

Sources :            http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Devos

                        http://www.raymonddevos.com

 

 

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ecriveuse 19/12/2007 08:34

Merci Philippe :) Oui je vous dirai ;)

Philippe 19/12/2007 06:52

N'oublie pas de nous dire quand tu publieras au seni de la communauté...

Philippe 19/12/2007 06:52

Et bien puisque tu dis qu'il te manque le travail, mais que c'est un état de fait qui tend à changer, c'est avec plaisir que nous lirons le produit de ton labeur dans nos "petits délires entre amis"...

ecriveuse 18/12/2007 18:13

des gens de bon goût sur over-blog :D

je sais, il me manque le travail ^^ Mais j'y travaille justement! (rhoooo merci pour le compliment en attendant :) )

Quichottine :0010: 18/12/2007 18:09

Je suppose qu''il y a beaucoup de talent mais aussi beaucoup de travail pour y arriver...alors, puisque tu as le talent...

(je répondais à ta réponse au commentaire précédent !)

Devos, j'adore !