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Rémunération de l'auteur

Préambul(l)e (de savon)

Ecriveuse parce que je ne parviens pas à me considérer écrivain mais que je suis une obsédée textuelle.

L'unique prétention de ce blog, c'est de partager mes sourires, mes billets d'humeur parfois cyniques, mes nouvelles, mes textes en vers, ma prose quotidienne. Un vaste fourre-tout en fait.  Un ou deux bémols toutefois:  j'exècre, pardon, je méprise le langage SMSesque presqu'autant que l'intolérance, le fascisme, la vulgarité et la  bêtise . 
Ah, et tant que j'y suis, j'ai un Ego démesuré, parce que je sais ce que je vaux et que je le vaux bien *mouvement de cheveux* malgré une mémoire de poisson rouge, blond et amnésique...

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Un exemple de nouvelle: Welcome to Sarkosie Land! (lisez, vous comprendrez pourquoi c'est écrit comme ça...)

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Mardi 30 juin 2009

Je restai pensive un instant.


« Concrètement, tu serais supposé pouvoir me proposer quoi ? finis-je par demander.
- Ça ne marche pas comme ça, Garci. Techniquement, c’est toi qui lances les termes du contrats.
- La loi de l’offre et de la demande ?
- Dans un sens oui. A la limite, je peux te parler des trucs habituels : richesse, célébrité, santé, jeunesse éternelle. On a des kits complets.
- C’est d’un cliché ! m’exclamai-je. Manque plus que le catalogue.
- Ben voyons. Dis-moi que tu ne voudrais pas mettre les tiens à l’abri financièrement, juste pour rire. Ou que tu n’aimerais pas que tes livres soient lus et appréciés.
- Et pourquoi pas la fin de la misère dans le monde, tant que tu y es ?
- Ah non. Ça c’est pas de mon ressort. Ni du tien. Sans parler du fait que si c’était la fin de la misère, je n’aurais sans doute plus de taf, et que… Heu. Non rien.
- Et que quoi ?
- Rien d’important. Alors ? Une idée ? »


J’en avais des tas d’idées. Ça allait de l’extermination des mouches qui m’empêchaient de dormir, au talent d’écrivain, en passant par l’envoi des cons sur orbite (au risque d’y finir moi-même, étant entendu qu’on est toujours le con de quelqu’un), sans compter deux ou trois autres bricoles comme lire dans les pensées.


« Franchement, puisque tu ne crois ni au Diable ni en l’Autre, tu n’as rien à perdre, remarqua-t-il.
- Minute. Ce n’est pas parce que je ne crois ni en l’un ni en l’autre que je ne crois pas que j’ai une âme.
- Ah tiens. Oui ben réfléchis : si aucun des deux n’existe, ton âme est donc en sécurité. Non ?
- Hmmm. Sauf que tu viens d’apparaître chez moi, et que ça laisse présager qu’il va falloir peut-être que je revois ma copie. Cela étant, ça ne me prouve toujours pas que tu n’es pas envoyé par Eros. »


Il poussa un soupir à faire trembler les murs.


« Je ne connais pas Eros. Sur quel ton dois-je te le dire ?
- Le ton importe peu. Tu connais Thomas ?
- Thomas qui ?
- Celui qui ne croit que ce qu’il voit.
- Ah, celui-là… De réputation seulement. On n’a pas des masses de rapport entre les différents employés des deux secteurs.
- J’aurais juré le contraire.
- Bah, je viens d’arriver aussi. Peut-être que quand j’aurai d’autres responsabilités… »


A voir son air rêveur, je me rendis compte que manifestement oui, sa nouvelle existence lui plaisait.


« Admettons que tu n’aies rien à voir avec Eros.
- Oh ?!
- T’emballes pas, j’ai dit ‘admettons’. Je suis certaine de me faire avoir si d’aventure je signais quoique ce soit.
- Mais non enfin ! Tu ne crois quand même pas que j’oserais te faire ça à toi ?!
- Regarde-moi bien, Faust : est-ce que j’ai vraiment l’air du petit chaperon rouge ?! Tu sais, ce côté naïf : ‘oh que vous avez de grandes dents’…
- Je ne suis pas un Loup non plus hein.
- Ben tiens. Si peu. Non, mais ce que je voulais dire c’est que je suis sûre qu’à la manière des génies d’Orient, ce que je pourrais souhaiter se retournera contre moi.
- Ah mais ce n’est qu’une question de formulation ça, Miss !
- Je connais ta capacité à jouer sur les mots. Du coup, même si je te croyais quant au fait que tu n’es pas envoyé par Eros, je ne serais pas sûre de vouloir lâcher mon âme.
- Ce que tu es parano ! s’exclama-t-il.
- Même pas non. Prudente. Et puis de toute façon, ce sont des hypothèses. Tant que…
- Je n’aurais pas démontré que je ne suis pas envoyé par ton pote grec, tout ça, oui ça va, j’ai compris. C’est dingue quand même : que ce soit sur Terre ou ailleurs, prouver sa bonne foi, c’est ce qu’il y a de plus difficile.
- Il y aurait peut-être une possibilité. Après tout, on est dans une société de crédit.
- Heu…
- Ben si. On pourrait imaginer par exemple que je fasse un essai. Pendant sept jours. Ou sept ans. C’est pas comme si vous étiez pressés, les uns et les autres, si ? »


Le regard effaré de mon interlocuteur me laissa imaginer que ça risquait de poser quelques problèmes.


« Sept ans de réflexion pour une mortelle. Me dis pas que ça vous fait peur ?! Et puis si vous êtes aussi réglo que tu veux bien le laisser entendre, à l’issue, je signe.
- Et si ça ne te convient pas, tu ne signes pas. Du coup, on en est pour nos frais.
- A vous de me convaincre aussi.
- Sept ans de réflexion… Pourquoi ça me rappelle un titre de film ?
- Peut-être parce que c’est un titre de film, non ?
- Ouais. Bon. Bref. Je ne suis pas certain de pouvoir prendre sur moi pour accepter ce type de proposition. Je vais me renseigner. Tu as une idée de ce que tu demanderais ?
- Oh. Nous aurons tout le temps de voir ça si ton Boss est d’accord.
- Très bien. Je vais voir avec lui et je reviens.
- Fais donc ça. Tu sais où me trouver. »


Il se leva, récupéra les deux dossiers.


«  A très vite, Garci.
- Appelle-moi Ecriveuse. Je préfère.
- C’est noté. »


Il disparut. Non sans avoir pris ma bouteille de Rioja au passage.

L’envoyé du Diable. Comme si je n’avais que ça à faire.

Et dire qu’il allait revenir

Par Ecriveuse - Publié dans : R42, absurde quand tu nous tiens! - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Lundi 29 juin 2009

Mon regard se posa sur les deux pochettes qui trônaient sur la table en verre devant nous. Une bleue et une noire.

Forte de ce qu’il m’avait expliqué, la bleue était donc une demande datant d’une période où j’étais désespérée (comme si c’était possible… Encore une erreur de l’administration !)(même les fonctionnaires sataniques étaient donc incompétents, diantre !), et la noire d’une période plus récente où j’étais devenue scélérate. Encore que passer pour une scélérate auprès du Diable avait un je ne sais quoi de flatteur…

Parce que j’étais déjà certaine qu’en effet, Faust était bien ce qu’il prétendait être. Mais faciliter la tâche à l’émissaire du Diable ne me tentait guère. Après tout, mon âme, même si elle ne pesait pas plus de vingt grammes, j’entendais bien la garder encore un peu.



« Bon, alors, repris-je. Une idée ?
- Franchement, tu pourrais peut-être seulement me faire confiance.
- Tu rigoles ? Je t’aurais fait confiance. Avant. Là, étrangement, beaucoup moins.
- Je ne vois pas pourquoi, enfin !
- Je ne sais pas. Peut-être parce que tu es intelligent et manipulateur ? A moins que ce ne soit seulement à cause de ton nouveau job. Va savoir.
- J’ai bien signé moi.
- Ah oui mais toi, tu as une place en or massif… Tiens, tu peux me rappeler ce que j’avais demandé la première fois ?
- Wow. Tu veux dire que tu ne t’en souviens pas ? Tu proposes ton âme, et tu ne sais même plus pourquoi ?!
- Oh, ça va hein. Je te rappelle que manifestement, tu avais toi-même demandé un poste de clarificateur en échange. Sur parano. C’est pas top glorieux… Remarque, chacun voit midi à sa porte », ajoutai-je en voyant le regard furieux de Faust.



Valait peut-être mieux pas me le mettre à dos tout de suite.



« Bon. Vas-y. Lis-moi ma première requête. Surtout si je dois choisir entre les deux. Autant que je sache ce que j’ai demandé. »



Il posa la bouteille de Rioja qu’il tenait toujours et saisit le dossier bleu.



« Alors… Blablabla… Formulaire 42G… Blablabla… Ah, voilà : ton âme en échange d’un verre de PDG.
- Hein ?!
- Ben oui, c’est écrit rouge sur blanc.
- Je devais être ivre morte ce jour-là…
- Morte sans doute pas non. Ivre par contre…
- Hé mais, attends : tu ne m’as pas dit tout à l’heure que je devais être consciente ?
- Oui, pour signer. Pas pour proposer…
- Non mais franchement, tu crois vraiment que je vais signer ça alors que je suis claire ?
- Sur un malentendu, ça peut marcher, marmonna-t-il.
- Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu… Non. Vraiment, y a pas moyen. Et l’autre proposition ? »



Blasé, il posa le dossier bleu et ouvrit le noir.



« Voyons… Blablabla… Formulaire 42A… Blablabla… ça y est : là, c’est en échange d’un litre de PDG…
- C’est moi ou j’ai vraiment un problème avec l’alcool ?! demandai-je en fronçant les sourcils.
- Bah. Je ne dirais pas un problème non. C’est un peu notre fond de commerce, quelque part.
- Ouais. Bon. En tout état de cause, non. Je ne suis intéressée par aucune des deux propositions.
- Tu pourrais quand même y réfléchir. Et accessoirement aider un pote.
- Ben tiens.
- De quoi je vais avoir l’air si je ne réussis pas à te faire signer, moi ?
- Bonne question. Cela étant, tu ne m’as toujours pas démontré que tu n’étais pas envoyé par Eros.
- Tu ne serais pas un peu monomaniaque ?
- Si peu. Mais je t’assure que si tu étais à ma place, tu réagirais pareil…
- Mouais. Sauf que je n’y suis pas, à ta place… »

Par Ecriveuse - Publié dans : Nouvelle - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Mardi 9 juin 2009

*Pouf*



« D’accord, vous êtes qui vous ? »



J’étais en train de retranscrire la dernière visite que j’avais reçue d’Hermès, d’Athéna et de Dyonisos quand sur ma gauche, au milieu du salon, il était apparu. Je me souviens avoir soupiré. Et m’être levée.



Il était nu comme un ver, à  l’exception d’une feuille de vigne placée de manière stratégique. Très grosse, la feuille de vigne. Il me dévisagea, d’abord en silence.



« Bon, très bien. Laissez-moi deviner : Pan ? »



Il sortit de son mutisme pour prendre un air perplexe. Je remarquai seulement alors qu’il tenait entre ses mains deux pochettes en carton avec rabats à élastique : une bleue et une noire.



« Pan ? répéta-t-il.
- Ben oui, le dieu Pan. Enfin sauf que vous n’avez ni les pieds de bouc, ni les cornes, notai-je en fronçant les sourcils.
- S’il n’y a que ça pour te faire plaisir… »



La seconde suivante, la transformation était accomplie.



« Heu… Alors non finalement. Je vous préférais comme vous étiez en arrivant…
- Faudrait savoir ! me coupa-t-il.
- … Et si vous pouviez revêtir autre chose qu’une simple feuille de vigne, ça m’arrangerait. Accessoirement, vous présenter, ça serait bien aussi », terminai-je.



Il me lança un regard incrédule, sembla sur le point de dire quelque chose, se ravisa et finalement, se retrouva revêtu d’un jean particulièrement seyant.



Je souris.



« Merci infiniment.
- C’est bizarre, tu n’as pas l’air d’être surprise.
- Mais de quoi, mon Dieu ?
- Ah non, pas d’agression, je te prie ! » répliqua-t-il vivement.



Étonnée de la violence du ton, je le regardai sans comprendre. Après un instant de silence, je retrouvai néanmoins mes réflexes d’hôtesse, en me faisant la réflexion qu’il s’agissait sans doute d’un parent d’Hermès, et souris à nouveau.



« Bon. Je vous offre quelque chose à boire ? Un café ? Un thé ?
- Une bouteille de Rioja. »



Je tressaillis.



« Heu… Une bouteille de Rioja ? À 9h06 ? C’est pas un peu tôt ?
- Justement, c’est l’heure là non ? »



Curieusement, quelque chose me disait que je connaissais ce type mais qu’il n’avait rien à voir avec mes tribulations et vicissitudes actuelles.



« En effet, confirma Mygale mentalement. Il n’a rien à voir avec nos invités surprise habituels. Et je ne sais pas du tout qui c’est. »



Je lui répondis par télépathie de me laisser gérer pour une fois et de se taire, puis je revins à l’homme qui se tenait toujours au milieu du salon. Il affichait un sourire en coin, de l’air de celui qui a une proposition à faire qu’on ne peut pas refuser. Sauf que j’avais déjà vu cet air-là sur le visage d’Éros à notre première rencontre. Sur mes gardes, je l’invitai toutefois à prendre place sur le canapé et allai lui chercher une bouteille de Rioja avant de me resservir un énième café.



« Bon, fis-je une fois revenue dans la pièce. Alors ? Vous êtes qui ?
- Celui qui peut tout t’offrir.
- M’offrir ? Mais je n’ai rien demandé moi…
- Tsss, tsss. Ah le doux frémissement du mensonge », répondit-il en tapotant les deux dossiers qu’il avait posés sur la table basse, devant lui.



En fait de mensonge, j’aurais plutôt misé sur l’oubli… De plus en plus larguée, je cherchai d’où je pouvais bien le connaître. Je passai en revue toutes les divinités auxquelles j’avais eu à faire ces dernières années, mais aucune ne correspondait.



« Tu sais que normalement, tu aurais dû être morte de peur en me voyant apparaître ? reprit-il tranquillement.
- Morte de peur ? À cause du fait que vous sortez de nulle part ?
- Pas de nulle part, précisa-t-il. D’en bas.
- D’en bas ?
- De très, très en bas même. »



Une idée me traversa le neurone.



« Ah ben ça explique pourquoi je ne vous reconnais pas. Vous êtes qui ? Hadès ? Encore que je doute qu’il débarque complètement à poil… Et puis je n’ai pas perçu d’aura divine… Non. Heu… Dites, vous ne voulez vraiment pas me dire qui vous êtes ? J’ai la sensation de vous connaître mais…
- Mais de quoi tu parles ? demanda-t-il avant de se figer. Attends une seconde… Tu n’es pas en train de me dire que ce que ton roman l’Arc d’Éros n’est pas un roman mais la réalité ?!!! »



Là, ça devenait surréaliste. Enfin, un peu plus surréaliste si c’était possible. Si c’était un dieu et qu’il n’était pas au courant des derniers événements, je commençai à me dire que peut-être, j’avais tout à craindre. Je me forçai néanmoins à ne pas me laisser envahir par la panique qui menaçait de me faire appeler l’Arme magique.



« C’est bien ma veine, maugréa-t-il devant mon silence. Mon premier job et je tombe sur la seule personne qui a l’habitude d’avoir des visites d’immortels.
- Oh ne vous mettez pas martel en tête pour ça. Mais dites-moi, pour que vous ne sachiez pas ça, c’est que vous venez de loin…
- D’en bas, je t’ai dit.
- Mouais. Mais encore ? Me direz-vous votre nom, à la fin ?
- Écoute Garcitude… », commença-t-il en cherchant ses mots.



Wow.



Garcitude et non Écriveuse. Voilà qui augurait de quelque chose que je n’attendais pas le moins du monde. Le seul endroit où on m’appelait comme ça, c’était…



« Non ! m’exclamai-je. C’est impossible ! »



Surpris, il me regarda sans comprendre.



« Qu’est-ce qui est impossible ?
- Vous ne pouvez pas venir du Complexe Alpha !
- Techniquement… Non. C’est un site virtuel, tu vois. Et je suis tout sauf virtuel. Je t’ai dit que je venais…
- … D’en bas. De très, très en bas. Ouais. Mais là, je vous avoue, qu’à part le Sud, j’ai du mal à situer. Encore que vous avez un je ne sais quoi de Catalan. »



Il se racla la gorge. Je ne sus dire s’il s’agissait d’un rire maîtrisé où d’un étranglement de surprise.



« Ahem, fit-il. À dire vrai, je suis venu parler affaires.
- Hein ? Avec moi ? Vous êtes sûr que vous ne vous gourez pas là ?
- Oui, j’en suis certain. Il n’y a qu’une difficulté : tu n’as qu’une âme et tu as fait deux demandes. Techniquement, c’est juste pas possible. Va falloir faire un choix.  »



Je me creusai la tête pour savoir de quoi il parlait. Faisant appel à ma non mémoire, il m’apparut soudain l’impensable.



« Une minute : c’est une histoire d’âme vous dites ?
- Eh bien oui, dit-il un brin agacé. Tu as proposé ton âme au Boss. Et il m’a envoyé démêler ça. »



Bien. Je lui pris la bouteille des mains et en avalai posément une longue, très longue rasade.



« Hey ! protesta-t-il. Doucement ! Tu es supposée être consciente pour pouvoir signer.
- Hips.
- Et merde. Combien j’ai de doigts ? demanda-t-il en me montrant sa main.
- Je sais pas, quinze ? »



Il recompta avec application et soupira de soulagement.



« Ah oui, tiens. Il va falloir que je pense à faire gaffe quand j’utilise la métamorphose. Bref. Donc, je te disais que tu as fait deux demandes. Mais entre les deux, tu as changé. Tu es passée de désespérée à scélérate, Garci.
- J’ai pris du galon ? Chouette alors, maugréai-je en reprenant une rasade.
- Stop ! fit-il en reprenant la bouteille. Tu boiras après.
- Mais…
- Pas de mais. Je t’ai dit que tu devais rester consciente. »



Boudeuse, je m’enfonçai dans le canapé.



« Je resterai consciente si je veux d’abord. Et je ne sais toujours pas qui vous êtes, ce qui commence à m’agacer profondément.
- Je te l’ai dit, je suis envoyé par le Boss, répondit-il patiemment.
- D’accord, mais il a bien un nom ?
- Oh, même plusieurs. Méphistophélès, Satan, le Diable… »



Au fur et à mesure où il énumérait ces noms, j’éclatai de rire. Un vrai fou rire qui finit même par me couper la respiration. J’en avais les larmes aux yeux.



« Ah ben je commence à comprendre le côté scélérat, marmonna-t-il tandis que je reprenais enfin mon souffle.
- Oh, je ne me moquais pas hein. Mais je vous avouerais qu’en ce moment, je suis un peu débordée. On peut prendre rendez-vous ?
- Non mais tu crois que je n’ai que ça à faire ?
- Ben manifestement oui. C’est pas votre job ? »



Il se gratta l’occiput d’un de ses nombreux index.



« J’aime autant qu’on en finisse. J’ai quelques autres dossiers épineux en cours.
- Oui, ben le mien n’est pas prioritaire, je suppose.
- Ce n’est pas une question de priorité en fait. Ça faisait longtemps que je voulais te voir, pour tout t’avouer. Alors maintenant que j’ai la possibilité d’apparaître… »



Brusquement, la vérité se fit jour : il m’avait appelée Garcitude, puis Garci, il connaissait l’heure de l’apéro, j’étais prête à parier qu’il était en effet Catalan…



« Faust !
- Et merde, marmonna-t-il encore.
- Mais enfin, c’est pas possible que ce soit toi !
- C’est toi qui me dis ça ? riposta-t-il mi-figue, mi-raisin. Toi qui reçois des divinités grecques ?
- Ah… Heu… »



Il n’avait pas tort.



« Tu as bien caché ton jeu, souris-je.
- Oui. Enfin non. C’est récent.
- Ah, c’est pas inné ce genre de truc ?
- Pas pour tout le monde. Jean-Pierre en sait quelque chose… »



Il me raconta comment il avait eu le boulot.



« Hé ben, sifflai-je. Il est pas usurpé, ton pseudo…
- Hmmm. Bon, si on revenait à nos moutons ?
- Tu ne perds pas le nord.
- Jamais non.
- Cela dit, tu me poses un cas de conscience.
- C’est un peu tard pour ça, Garci.
- Disons que je ne crois pas au Diable. Pas plus qu’en Dieu d’ailleurs. Du coup, c’est un peu tronqué, tu ne crois pas ? »



Il me lança un regard vexé.



« Parce que tu crois que le fait d’apparaître, c’est donné à tout le monde ?
- C’est pas comme si…
- Tu ne croyais pas non plus qu’Éros existait, je te rappelle, continua-t-il.
- Oh mais c’est pas la même chose non plus ! répliquai-je avec une parfaite mauvaise foi. Et puis, Éros, puisqu’on en parle, ça pourrait très bien être un tour de sa part pour m’empoisonner encore plus l’existence non ? »



Un peu désarçonné, il soupira.



« Ok. Comment je peux te prouver que je n’ai rien à voir avec Éros et que je suis bien celui que je prétends ?
- Ah mais je ne sais pas moi ! Propose, nous verrons bien. »

Par Ecriveuse - Publié dans : R42, absurde quand tu nous tiens! - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Lundi 8 juin 2009

A noter, ce qui suit est le texte d'un ami. Je vous le propose pour mieux pouvoir ensuite vous livrer ma suite ^^

"Tout homme a le mal en lui mais n'est pas pour autant l'incarnation du mal".
(La Bible, quelque part)

 

Méphistophélès (en short hawaïen avec un collier de fleurs)
…J’étais en train de faire une conga avec 3 brésiliennes sur la plage de Copacabana.
J’espère que tu as une excellente raison de me déranger pendant mes vacances…



Jean-Pierre
Ah euh…Désolé pour tes vacances…Je croyais que tu ne sortais jamais du bureau. Je t’ai toujours imaginé immuable sur un trône de feu, contemplant, éternel, les limbes du Styx où agonisent les….



Méphistophélès

Tu m’as invoqué pour me faire la lecture de Dante ou quoi ?



Jean-Pierre

Ben dis donc, tu fais pas partie de ceux qui se détendent en vacances…Et puis tu pourrais être plus cool. Si tu crois que c’est facile de te joindre! A chaque fois, faut que je sacrifie une chèvre. J’t’explique pas la tronche de ma moquette.



Méphistophélès

Hé, ce n’est pas moi qui ai rédigé l’invocation d’Appel. Je te rappelle, qu’à l’époque il n’y avait pas Internet…Et puis ça garde un petit côté traditionnel. Bordel de Moi, je suis le Diable quand même, pas un technicien de chez Darty…Tu ne voudrais pas m’envoyer un texto tant qu’on y est ?



Jean-Pierre

Pfiouu, t’as incinéré ton amabilité ou quoi ? Je suis pas le premier venu non plus.



Méphistophélès

Ok, ok tu as raison. Bon qu’est-ce qu’il y a ? Tu as un problème ?



Jean-Pierre

Nan, mais je m’ennuie. Servir du poulet rôti au KFC de Mulhouse, c’est pas très glorieux…J’aimerais bien avoir des pouvoirs magiques, je sais pas moi, bosser pour toi par exemple. Je vais avoir 18 ans tu sais.



Méphistophélès

On en a déjà parlé Jean-Pierre…



Jean-Pierre

Mais merde ! L’Autre il en a plein lui ! Il est pas obligé de se cramer les doigts dans l’huile des frites. Il se fout de ma gueule en permanence…



Méphistophélès

Hé !! C’est pas ma faute. Moi j’attends que ça. Te filer des pouvoirs de destruction et de pestilence. Te voir siéger à mes côtés, diriger mes Légions, répondre au téléphone…
Mais c’est ta mère qui ne veut pas !!
Si tu crois que ça me fait plaisir. Mais tu n’as jamais vu ta mère en colère ! Elle m’a promis de m’arracher les yeux si je faisais de toi un vrai démon…Elle veut t’éduquer à la «normale»…



Jean-Pierre

Mais tu es le Diable mince ! Satan, Le Seigneur des Mouches, le Prince des Damnés, Belzébuth, Belial, Papa, Méphisto…



Méphistophélès

Oh ! Tu va pas me faire toute la biographie si ? Tu te rappelles Cerbère ?



Jean-Pierre

Le chien des voisins ? Celui qui avait pissé sur les chaussons de maman ?



Méphistophélès

Oui ben depuis, devine qui m’amène mon journal en Enfer…Ecoutes fiston, tu crois que c’est marrant pour moi ? Au bureau, ils n’arrêtent pas de se payer ma tête quand je leur montre les photos : « ça c’est moi à Sodome et Gomorrhe, et lui en tenue de Spiderman c’est mon fils Jean-Pierre »…
Moi qui rêvais de te voir porter un nom digne, mais c’est ta mère qui a voulu !
Et puis, chaque année au Pique-nique annuel des Pères / fils, on se prend une branlée à la course en sac et au tir à la corde. Si tu crois que ça me fait plaisir de me faire ridiculiser par l’autre barbu et son anorexique de fils…Si ça tenait qu’à moi, tu roterais déjà du feu par tous les orifices…



Jean-Pierre

Alors voilà, je vais finir mes jours au KFC du Auchan ? Moi le fils du Diable…Hé ben, j’ai pas fini de faire rire les copains…



Méphistophélès

Attends, pleure pas fiston…Ecoute, j’ai bien une idée mais va falloir se la jouer discret. Tu va pouvoir garder le secret ?



Jean-Pierre

J’ai rien dit à maman pour toi et Jeanne d’Arc…



Méphistophélès

Ahem…Bon ok…Voilà ce que je te propose.


Il claque des doigts, le monde bascule soudain sous les pieds de Jean-Pierre. Son âme semble s’étirer, le décor se dissout en une myriade de pointillés. Le papier-peint bleu pâle cède la place à une série de planches de pin verticales où sont accrochés un sombrero et une vieille affiche de Lucha Libre.



Jean-Pierre

Oh ! Le Mexique. J’ai toujours rêvé d’y aller !



Méphistophélès

Oui…Euh en fait c’est un bar Tapas, à deux rues d’ici mais on s’y croirait non ?
Ici on sera plus tranquilles pour discuter. Si ta mère nous voit tout les deux dans ta chambre, c’est Azazel qui me versera mon ketchup pour l’éternité…



Jean-Pierre

C’est génial, merci Papa ! Je suis tout excité ! Alors c’est quoi ? Qu’est ce que tu veux que je fasse ? Semer la mort ? Commander tes armées ? Chevaucher avec Pestilence, Guerre et Famine ?



Méphistophélès

Récupérer les Pactes…



Jean-Pierre

Les Pactes ?? Tu veux dire, récolter les âmes damnées vouées aux Enfer pour l’Eternité ? Faucher les faibles qui ont succombé aux désirs faciles en signant un pacte de leur sang noir et malade ?



Méphistophélès

Sans rire, fiston, qu’est-ce que tu fais de tes soirées ? Tu devrais te trouver des amis tu sais…
Non juste les parchemins. Vois-tu, environ 70.000 humains par jour veulent me vendre leur âme…Sans rechigner à la tâche, je n’ai pas le temps de répondre à tous. Sans compter que sur les 70.000, il doit bien en avoir 65.000 qui ont des demandes loufoques. (Y’en a même un qui m’a vendu son âme en échange d’un poste de Vert Rédacteur sur Parano…Ils me tuent ces Catalans…).
Mes secrétaires sont complètement débordées. Et je ne peux pas être partout. En plus ce mois-ci, c’est la saison du Super Bowl…



Jean-Pierre

Je…Je vais prendre ta place ??



Méphistophélès

Hahaha…Euh non pas vraiment. Disons que tu va te charger des demandes mineures. Celles pour lesquelles ma présence n’est pas indispensable. Par exemple, un homme qui m’invoque afin d’obtenir un meilleur emploi ou un gamin qui veut se venger de la grosse brute qui le terrorise tous les soirs.



Jean-Pierre

Charmant…Tu veux pas que je t’apporte le café entre deux rendez-vous ?



Méphistophélès

Ho ! Tu voulais plus de responsabilités non ? Et puis toutes les âmes sont bonnes à prendre.
Tu ne t’imagines pas que je vais te laisser négocier l’âme d’un type qui veut raser la moitié de l’Europe. J’ai délégué une fois et tu as vu le résultat !
Non. Fais tes preuves avant, mon fils.
Et qui sait – Méphistophélès prend un air songeur – peut-être gagnerons-nous la prochaine compétition de course en sac !



Jean-Pierre enjoué

Et je pourrais porter une toge noire ? Ou un costume XVIIIe ?



Méphistophélès

Hahaha ! Oui tout ce qui te plaira mon fils. Le plus important c’est que la personne soit impressionnée. Une fois, on m’a invoqué alors que j’étais à un bal costumé.



Jean-Pierre

Qu’est-ce qu’il te demandait en échange de son âme ?



Méphistophélès

Un autographe. Enfin, faut dire qu’il m’a vu apparaître en Elvis Presley…



Jean-Pierre

Mais comment je fais ? J’apparais et je lui donne un reçu ou un truc comme ça ?
Et comment je sais qui vend son âme ?



Méphistophélès

Déjà, tu passes à mon bureau, tu prends les dossiers en attente. Elizabeth te les aura sélectionnés. Tu verras elle est adorable. Mais évite de lui parler de ses verrues. Ensuite tu te concentres sur le nom de la personne et Pouf !



Jean-Pierre

Pouf ?



Méphistophélès

Oui bah, tu apparaîtras devant lui quoi…Normalement ton apparition lui collera les miquettes. Faut dire que la plupart du temps, ils ont essayé toutes les techniques prises sur Internet…
Tu lui sors ton baratin - tu verras, Elizabeth te donnera un fascicule -tout est expliqué dedans-. Tu l’écoutes formuler sa demande et dans la mesure où ce sont des souhaits faciles à exaucer, tu lui demandes de signer au bas du contrat et hop, tu disparais en rigolant d’un air malsain (tout est expliqué page 5).
De retour au bureau, tu déposes le contrat au service Comptabilité et hop, le tour est joué ! Facile non ?



Jean-Pierre
Ca casse un peu le mythe mais je comprends pourquoi y’a autant d’administrations dans le monde…



Méphistophélès

Par contre mon fils - le ciel se fait soudain menaçant ; au loin un chien hurle à la mort -PAS UN MOT à ta mère !
Si jamais Thérèse l’apprend, je finirai comme le Minotaure…



Jean-Pierre

Je croyais que c’était Thésée qui l’avait tué ?



Méphistophélès

Ne jamais faire confiance à un écrivain alcoolique pour la traduction des noms propres…


Quelques signes cabalistiques (certaines choses ne changent pas) et le monde se dissout encore une fois sous les pieds de Jean-Pierre.
Fort de ses lectures, il s’attendait à un geyser de lave, de la pierre chauffée à blanc et des cris déchirants, âmes damnées plongées dans les affres de leurs tourments.
Ou bien, comme dans l'Ancien Testament un lieu sombre et silencieux où les morts sont endormis, couchés dans la poussière.
Enfin bref, tout sauf un gigantesque hall monochrome, éclairé au néon…
A perte de vue, des files d’attente, sagement rangées entre des barrières. Les âmes damnées semblaient plongés dans une torpeur, la tête baissée, attendant leur tour.
Et ces portes ! Des portes, partout !
Jean-Pierre lève machinalement la tête et considère avec stupéfaction un gigantesque panneau rouge lumineux.

« Numéro 9874321 – Guichet 654892 »

Tout cela lui semble à la fois mystérieux et étrangement habituel…



Méphistophélès en tenue de golfeur.
Ah te voila ! Je t’attendais. Tu as fait bon voyage ?



Jean-Pierre
Euh oui, enfin je ne me rappelle pas trop…Pourquoi tu es habillé comme ça ?



Méphistophélès

Oh ça ! J’ai une partie prévue avec Gilles de Rais.



Jean-Pierre

Condamné à jouer au golf ? Ben dis donc, je te trouve plutôt cool…



Méphistophélès

Oui…Enfin, c’est sa tête qui sert de balle…
Bon, tu vois le bureau vitré au premier étage ? C’est celui de ma secrétaire Elizabeth.
Elle t’attend. Elle te donnera tout ce dont tu as besoin pour travailler.



Jean-Pierre

Merci Papa.
Si j’ai un problème, je peux te contacter comment ?



Méphistophélès

Il te reste une chèvre ? Non je plaisante ! Tu n’auras qu’à prononcer mon nom. Ton père est omniscient Jean-Pierre. Je vois tout, n’importe où.



Jean-Pierre

Tu vois vraiment tout ? A travers les murs, tout ça ?



Méphistophélès s’évanouissant en fumée

Oui oui. Même sous ton matelas où tu caches tes revues porno…



Méphistophélès, disparu dans un nuage aux fragrances d’after-shave, Jean-Pierre se rend vers ses nouvelles fonctions, revêtu d’un costume pour marquer les esprits.

L’Enfer ! Lieu désolé où les âmes perdues errent sans répit, sans absolution, sans espoir. Fleuve des détresses où s’agglutinent les esprits les plus retors.
L’Enfer ! Bureau 2, première à gauche après le distributeur d’eau.

Bureau 2
Secrétariat du Directeur
Attention au chien



Jean-Pierre en costume Queue de Pie

Euh y’a quelqu’un ?



Elizabeth le visage couvert de verrues

A ton avis, Einstein ? Tu crois qu’un pot de fleurs se farcirait 8 heures par jour devant un ordinateur à la con ?
Tu es Jean-Pierre c’est ça ? Je t’imaginais plus…Moins…enfin bref, tu vas à un mariage c’est ça ?



Jean-Pierre
Ben non…Mais mon père m’a dit que c’était mieux si je venais en costume. C’est pour le côté traditionnel, le Diable tout ça…



Elizabeth

Admettons…
Bon regarde. Je t’ai sorti les dossiers en attente. Ce sont les bleus là. Chaque dossier possède une couleur en fonction de son importance. Bleu, jaune, rouge. Les noirs sont exclusivement réservés à ton père.



Jean-Pierre visiblement déçu

Donc moi je vais me cogner les trucs sans intérêt…J’aurais préféré un poste un peu plus prestigieux.



Elizabeth

Il faut bien commencer par quelque chose. On ne va pas te donner un dossier rouge sans expérience. On a eu une fois un stagiaire, Eric, qui s’est trompé de dossier. Ton père t’a parlé de Gilles de Rais ?



Jean-Pierre

Oui, il sert de balle de golf.



Elizabeth

Exact. Et Eric, lui, c’est le club…
Bref. Tiens par exemple, un dossier bleu au hasard : « Simon LECTER 45 ans. Employé de chemins de fer. Marié, trois enfants, joue au poker tout les mercredi soir.
A contracté des dettes impossibles à combler. Sa femme divorcerait si elle l’apprenait.
Est prêt à tout pour les rembourser. »
C’est parfait ça !



Jean-Pierre
Mouais, c’est pas top prestige quand même…Qu’est-ce que je dois faire ?
Apparaître devant lui, lui faire signer un truc et repartir ?



Elizabeth

En gros c’est ça. Mais tu ne travailles pas pour Fedex non plus…N’oublie pas le côté cérémonial. Le client invoque le Diable. Il ne commande pas une Quatre fromages…
Ton père t’a déjà tout expliqué. Tu trouveras tout ce dont tu as besoin dans le fascicule, là.
Tu as des questions ?



Jean-Pierre
Non je ne crois pas. De toute façon, je verrues…verrais ! Je verrais !



Elizabeth glaciale

Ferme la porte en sortant…


Fascicule 198/005W
Prise de contact / Traitement des dossiers / Elaboration des budgets

Chapitre 5 : Le donneur d’âme

Félicitations ! Vous venez d’apparaître sans dommage devant votre cible.
(Lire pages 13 et 14 sur le chapitre : Négocier un virage dans une autre dimension).

Selon le professeur Zwxxrq, on peut classer les demandeurs parmi quatre catégories :
- Les désespérés (couleur bleu)
- Les fourbes (couleur jaune)
- Les méchants (couleur rouge)
- Les scélérats (couleur noir)


Les désespérés : Catégorie inférieure. Mal dans leur peau et prêts à tout, ce sont des proies faciles car ils n’ont aucune ambition.
Ex : Madame X, lassée que son mari la trompe, est prête à tout pour qu’il perde sa virilité.


Les fourbes : Niveau intermédiaire. Requiert une formation de type A3. Dangereux pour le novice car incontrôlables. Le fourbe négociera en permanence. La plupart du temps, leurs souhaits sont de l’ordre : pouvoirs magiques, domination d’individus de type 4 (moins de 100 personnes), attirance sexuelle etc.
Mise en garde : ces souhaits sont dits « souhaits à tiroir » car ils peuvent offrir un rayonnement plus large de puissance et risquer d’interférer avec l’équilibre naturel du monde.


Les méchants : Niveau expert. Dossiers de type A7, reliure rouge. Extrêmement délicats. Nécessite un contrôle total et une surveillance accrue. Requiert une formation en Gestion de stress et close-combat au préalable.


Les scélérats : Mode Hardcore. Exclusivement réservé au Maître.
Classés noir, leurs dossiers ne sont pas à distribuer. Pas de délégation possible (cf. Affaire 1939/1945).


Bureau 1
Bureau du Directeur
Ne pas déranger sous peine de mort (encore)



Méphistophélès
Bzzzit. Elizabeth s’il vous plait. Annulez mes rendez-vous, je dois aller m’occuper d’une âme particulièrement tordue.
Décommandez mon déjeuner chez Bush. Il devra manger ses bottes sans moi. Et amenez-moi le dossier noir, F66 s’il vous plaît.



Elizabeth

Maître, j’ai peur qu’il y ait un gros problème…


Hall 27, sur un banc.
Jean-Pierre, morose, consulte ses dossiers



Jean-Pierre
Hé ben, pour mon premier jour, je suis gâté…
12 dossiers et pas un seul qui s’annonce marrant. Voyons ça :
« Remboursement de dettes », « agrandissement d’un pénis », « retour de la femme aimée ». J’aurais dû mettre un costume de marabout africain moi…
Ben celle-là, elle doute de rien « gagner la finale de la Nouvelle Star »…Et pourquoi pas faire le Stade de France tant qu’on est…
Et celui-là…Hé, c’est un dossier noir celui-là…Oh mince…Elizabeth a dû se tromper…
Faut vite que je lui rapporte…Ou alors…

Ou alors c’est mon père qui veut me tester ! Oui j’en suis sûr. Hahahahaha, Père, je vais te prouver que j’en suis capable !
Bon alors se concentrer sur le nom et logiquement Pouf !
C’est parti.
Hmmmmm Faust…


*POUF *


Jean-Pierre toussant comme un forcené
Teuh teuh…Ben merde. C’est un diesel ou quoi ?
Heureusement que j’ai atterri sur un truc mou, j’ai rien pu contrôler.
Ça a marché au moins ?



Truc mou

Je confirme…



Jean-Pierre
Waaaah ! Putain vous êtes qui ?? Et vous sortez d’où hein ?



Truc mou

C’est dingue, j’ai toujours pensé que c’était à vous qu’on posait ces questions…
Pour faire simple, je m’appelle Faust, vous venez d’atterrir sur mon pieu et votre genou est en train de comprimer mes parties génitales…



Jean-Pierre

Oh ? oups pardon…Je ne maîtrise pas encore bien le déplacement parce que, voyez-vous je…
Euh ahem… - prenant une voix de stentor –
TU M’A APPELE MORTEL ! ET ME VOICI ! HAHAHAHAHA !



Faust

…Youpi super. J’invoque le Diable et on m’envoie Marcel Beliveau. J’ai toujours eu beaucoup de chance moi…
Vous allez à un mariage ?



Jean-Pierre

Ouais, on m’l’a déjà faite celle-là…Vous...Tu as m’a invoqué et j’ai entendu ton appel.
Enfin mon père l’a entendu mais comme il est débordé...Enfin vous voyez quoi.
EN ECHANGE DE TON AME, HUMAIN, JE VAIS…



Faust le coupant

Pardon mais vous êtes obligé de gueuler ? Non parce que mes voisins n’ont pas le même sens de l’humour que moi.
Et puis sans vous commander, vous pourriez descendre ? Papoter assis sur le lit avec le fils du Diable, curieusement ça me bloque…



Jean-Pierre

Oh oui oui désolé. Je ne suis pas très doué je sais. Pour vous dire la vérité, vous êtes mon premier dossier. J’aimerais tant bien faire voyez-vous. Enfin c’est surtout par rapport à ma mère…Elle me pense trop immature…Et elle ne veut pas que je suive la voie de mon père…Elle m’a même appelé Jean-Pierre ! Jean-Pierre vous vous rendez compte ? Comme prénom diabolique, ça se pose là…


Il se met à pleurer…



Faust

OK…Euh arrêtez de pleurer, vous vous débrouillez pas si mal vous savez.



Jean-Pierre

Sniirfl…Vous trouvez ?



Faust

Bien sûr. Ce n’est pas tout les jours que le fils du Diable, déguisé en jeune marié vient vous coller un coup de genou à 3h du mat’…



Jean-Pierre

Vous êtes gentil.



Faust

Euh ouais. Dites-moi Jean-Pierre. Si on oubliait un peu le protocole ? Venez avec moi dans le salon, j’ai besoin d’un verre.



Jean-Pierre

C’est très sympa chez vous. Bien décoré.



Faust

Merci, je ne vous fais pas visiter, vous avez déjà vu le principal…



Jean-Pierre

Vous savez, en Enfer, vous êtes classé Dossier Noir. Ça veut dire que vous êtes un mortel dont l’âme n’est destinée qu’exclusivement à mon père. Moi je ne m’occupe que des dossiers bleus, ceux de moindre importance. Quand j’ai vu votre dossier, j’ai cru que mon père me mettait à l’épreuve mais maintenant je n’en suis plus très sûr…
Vous n’avez pas de verre ?



Faust buvant à même la bouteille

Au vu de ce que vous êtes en train de me dire, je ne suis pas sûr qu’un verre soit suffisant…



Jean-Pierre

Vous n’allez pas essayer de m’embobiner au moins ?



Faust

Pourquoi tout le monde me demande ça ?



Jean-Pierre

Je peux vous poser une question ?



Faust

Tu m’as broyé les couilles, tu peux me tutoyer…



Jean-Pierre

Pourquoi vouloir vendre son âme ? Enfin, j’veux dire, j’étais en Enfer il y a quelques minutes, ben c’est pas la grosse poilade…
Ok vous, enfin tu auras plein de trucs chouettes en échange mais une fois mort, vous…hmm tu vas en chier. Y’en a même dont la tête sert de balle de golf.



Faust

…Ouais normalement tu es censé me pousser à vendre mon âme.
Ben disons que je m’ennuie. J’ai passé une grande partie de ma vie à dévorer des livres, tenter de percer l’âme humaine, imaginer que le meilleur allait venir mais rien. Je vois les années défiler et je suis toujours là, dans ce meublé miteux où les murs sont si fins que j’entends mon voisin cligner des yeux.



Jean-Pierre

Oui je te comprends. Moi aussi je m’ennuie. Il y a quelques jours, j’étais Jean-Pierre, employé au KFC de Mulhouse. J’ai toujours voulu travailler pour mon père et regarde-moi, je ne suis pas capable d’arriver correctement et au lieu de récolter une âme, je me retrouve à papoter avec un alcoolique en caleçon…



Faust

Ah ouais, t’es peut être pas fort pour les atterrissages mais pour les compliments pardon…
Et moi alors ? Qu’est-ce que tu crois ? J’ai demandé le Diable, pas un ado déguisé en chef d’orchestre…



Jean-Pierre

Oh ça va hein. T’aurais mis quoi comme fringues à ma place ?



Faust

Attends, j’adorerais discuter chiffons avec toi, crois-moi sur parole. Mais là, vu que je suis réveillé, on pourrait peut-être parler affaires ?



Jean-Pierre

Tu as raison. Bon je te mets quoi en échange de ton âme alors ?



Faust

Euh ouais, on pourrait peut-être y rajouter un peu de protocole. Je sais pas moi, je te file mon âme, pas une photo dédicacée…



Jean-Pierre

C’est toi qui m’as dit qu’on pouvait s’en passer ! Faut savoir à la fin !



Faust

…Non mais, sans rire, t’es pas au comptoir de ton KFC là ! « Je te mets quoi ? » Attends on dirait que je viens de commander un sandwich au poulet…



Pendant ce temps-là, en bas. Très très en bas…



Azazel
Ne vous en faites pas Maître, je suis sûr que tout ira bien. C’est votre fils.



Méphistophélès

Je n’en sais rien, je sens de mauvaises vibrations. Comme si mon fils était en proie à des sentiments difficiles, dans un lieu sombre…



De retour



Faust
Bon ça va Jean-Pierre, arrête de bouder et sors de mon placard ! Je m’excuse.



Jean-Pierre

Tu m’as vexé…



Faust

Ok ok, vraiment désolé. Allez sors. Tu es le fils du Diable, un peu de tenue ! Qu’est-ce qu’il penserait ton père s’il te voyait maintenant ?



Jean-Pierre

Snirfl…Oui Tu as raison. Tu sais, je t’envie. Moi je n’ai pas ta répartie, ton self-contrôle. Dès que quelque chose me fait mal, je me mets à pleurer. Je pensais que ça serait facile, qu’il me suffirait de prendre une grosse voix, de faire signer le contrat et hop !



Faust

Ben d’après ce que tu m’a dis, je suis classé dossier noir. Tu devrais peut-être essayer par quelqu’un de plus facile. Je sais pas moi. Tiens j’ai entendu un type dans un bar qui voulait vendre son âme en échange d’une autre bière…



Jean-Pierre

Pfff…Avec la chance que j’ai, j’atterrirais dans les toilettes pour femmes. Non c’est gentil Faust mais je me rends compte que je ne suis pas fait pour ça…



Faust

Tu veux retourner faire des frites ? Côté ambition, tu te poses là toi. Et puis c’est ton premier jour. Tu sais, moi je bossais dans un magasin de fringues et le premier jour, j’ai foutu le feu à une chemise.



Jean-Pierre

Pas banal m’enfin ce n’est pas très grave.



Faust

Elle était sur un client…Ce que je veux dire par là, c’est qu’il ne faut pas te décourager aussi vite. Tiens si tu veux je peux te donner des conseils. Commençons par les fringues. Comment tu fais ? Tu as une garde-robe en Enfer ?



Jean-Pierre

D’après le fascicule, il suffit juste de choisir dans la liste en fin de chapitre, me concentrer et le tour est joué.
Par exemple, si je pense au numéro B52…* POUF *



Faust

…Dans les années 90, tu aurais fait un tabac avec ton look MC Hammer…



Jean-Pierre

Mmmf…Bon C12 * POUF *

Hey ! Pas mal non ?



Faust

Les Bee Gees ont téléphoné. Ils voudraient récupérer leur chemise…



Jean-Pierre

N9 ? * POUF *



Faust

Je sais pas trop. Je me demande quel effet sur le mental, l’apparition du Diable en nuisette pourrait produire…
Ok, on va stopper là pour le moment. J’ai des souvenirs pour deux vies complètes là…



Jean-Pierre

De toute façon ça sert à rien. Déjà au KFC, j’étais mal à l’aise devant un client alors là t’imagines même pas.



Faust

Bon ok, peut être qu’au niveau apparition tu n’es pas un crack. Mais je sais pas moi, y’a sûrement un truc que tu sais faire en Enfer. Ton père peut te filer un boulot plus peinard.



Jean-Pierre

Il va se mettre en colère quand il va savoir que j’ai gâché un dossier noir.



Faust

Gâcher, gâcher. Faut pas dramatiser, je suis toujours prêt à signer moi.



Jean-Pierre

Oh, c’est vrai ? Super merci ! Tiens voilà le contrat. Attends par contre, il faut que je regarde le manuel, je sais pas comment on fait. Si on signe avant ou pas.



Faust

Ecoute mon pote, t’inquiète pas. Lis ton manuel, moi je signe pendant ce temps, t’inquiète pas, tu te débrouilles comme un chef.


Jean-Pierre

Ah…J’aurais dû d’abord écouter ta demande…Car d’après le manuel, une fois que c’est signé c’est irrévocable.
Zut. T’a demandé quoi ?



Faust

Ton boulot…

Par Ecriveuse - Publié dans : R42, absurde quand tu nous tiens! - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 22 mai 2009

Encore un texte tiré d'un fond de tiroir...


La question m’a été posée de définir l’Amour…
J’y pourrais disserter encore et encore, au long cours,
Sans parvenir, je crois, à en esquisser les contours,
Surtout quand on sait à quel point mon esprit fait le sourd…

Et c’est là le problème : écouter son cœur un jour,
Au lieu de rationaliser chaque (re)sentiment ;
J’angoisse de souffrir par trop déraisonnablement,
Si bien que je prends mon cœur à mon cou et m’encours…

Au moindre battement d’âme un peu trop vif, trop fougueux,
Vibre en moi un conflit jubilatoire et dangereux…
Mon premier mouvement me propulsant loin dans mes rêves,
Le second cherchant surtout à mettre mes sens en grève…

A la réflexion, l’état amoureux est épuisant.
Je lui préfère en général l’état juste aimant
Quand on ne se pose aucune question qui frôle l’ire,
Sous prétexte d’anxiété sur le meilleur ou le pire…

Je garde le souvenir de chamades, de fièvres,
D’un goût de passion adolescente sur mes lèvres,
Mais l’image de la terre qui ensuite s’effondre,
Me rappelle aussi mon cœur que des larmes innondent…

Mon passé fait de moi celle que je suis devenue.
Pour rien au monde, je crois, je me remettrais à nu,
J’entends garder le contrôle de l’esprit sur le corps,
Même si, ponctuellement, je l’avoue, j’en rêve encore…

Par Ecriveuse - Publié dans : Bribes en vers - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Jeudi 7 mai 2009

Oui, je sais, certains d'entre vous l'on lu. En entier. Mais livrer ici le premier chapitre, c'est pour dire merci aussi à un jeune homme charmant que j'ai croisé ce matin, et dans des circonstances très très loin de ce genre de choses ;)

Je vaquais à mes occupations, comme de juste, pour un samedi (je somnolais donc devant mon pc cherchant des blogs intéressants et percutants, chose rarissime, vous en conviendrez, tandis que mes enfants se délectaient des tortues ninja et chantaient à tue-tête la chanson du générique…)(ce que je préfère aux Télétubbies, je l’avoue sans fausse honte…)(on chantait bien l’île aux enfants nous…)(je commencerai à m’inquiéter lorsque ma fille se prendra pour une tortue géante et que son frère s’imaginera en rat démesuré)(ou l’inverse)(bref)

Tout à coup, le temps se figea… un silence complet régnant dans ma maison ce qui en soi est déjà assez flippant quand on sait que ça n’arrive que lorsque j’envoie mes schtroumpfs chez leurs grand-parents ou ailleurs … Interloquée, je levai les yeux de mon écran et regardai par la fenêtre… rien ne bougeait dehors… naturellement mon regard se porta sur l’horloge… et je m’aperçus que la trotteuse n’avançait plus… il était 10h13 et 27 secondes…

Une voix douce me fit sursauter, juste derrière moi :

« Ma Dame, vous souhaitiez me voir ? »


Mon esprit rationnel et cartésien en prit un sacré coup… Lentement, je me retournai pour faire face à un éphèbe frais émoulu de chez Grec and Co… une beauté à vous couper le souffle (que j’ai eu du mal à reprendre d’ailleurs), les cheveux noirs, un sourire narquois au coin de ses lèvres fines, le regard sombre, accrocheur et accrochant, des mains à faire pâlir un pianiste,  un corps manifestement délié et dévoué aux plaisirs sous toutes ses formes…

Mon premier moment de stupeur passé, qui a duré sans doute quelques secondes (mais dans la mesure où le temps était figé, ça a tout aussi bien pu être une éternité), je fermai la bouche et essuyai la bave qui menaçait de couler le long de mon menton et me redonnai rapidement une contenance en allumant une cigarette…

« Ma Dame, vous souhaitiez me voir ? répéta-t-il, en prenant place le canapé, en homme qui a l’habitude qu’on ne lui refuse rien.
- cela dépend de qui vous êtes, parvins-je enfin à articuler
- mais voyons, depuis plusieurs années, vous dites à qui veut l’entendre que vous aimeriez me casser les bras et me brûler les ailes… qui voulez-vous donc que je sois…
- une chimère ? , marmonnai-je en essayant encore de croire que j’étais victime d’une hallucination passagère qui me mènerait tout droit en cure de repos.
- essayez encore, me sourit-il, dévoilant une dentition impeccable.
- Eros, j’ai très bien compris qui vous êtes, finis-je par laisser tomber.
- Vous gagnez un baiser, annonça-t-il en se levant.
- Tout beau !!!, protestai-je en reculant (crédible ou pas on s’en fout, c’est MON histoire) je ne suis pas celle que vous croyez… et en effet, j’ai deux ou trois choses à vous dire pour que vous me fichiez la paix une fois pour toutes… »


Sans se départir de son sourire, il se rassit mais je pus lire dans ses yeux une interrogation surprise… sans doute n’avait-il pas l’habitude qu’on le repousse sans autre forme de procès…

« Je vous écoute, j’ai tout mon temps », fit-il en vissant son regard au mien et en reprenant place...

Aie, sur ce terrain-là, j’ai beau être d’une force certaine, me trouver face au Maître en la matière avait de quoi me décontenancer, surtout lorsqu’on ne croit pas vraiment en son existence…

Je détachai donc mes yeux des siens, au prix je l’avoue d’un effort quasi surhumain, et m’approchai du bar :

« Je vous offre quelque chose à boire ?
- un peu de Nectar serait le bienvenu… »

Ben voyons… du Nectar… il se croyait encore sur l’Olympe…

« Désolée, je vous rappelle que sur Terre, le Nectar n’est plus en vente libre…, dis-je sarcastique
- Pardonnez-moi, l’habitude … je prendrai ce que vous vous servirez », répondit-il sur un ton d’excuse.


Je servis donc deux verres de Baileys, et lui en tendis un avant de m’asseoir en face de lui.

« Puisque vous parlez d’habitude, nous allons donc commencer par là, dis-je.
- Fort bien, cela me convient…
- Tout d’abord, expliquez-moi un peu à quoi ça rime de tirer des flèches dans tous les sens depuis des millénaires, et de ne jamais prendre soin de viser ou de vous interroger sur le fait que vos victimes ont déjà eu affaire à vos « bons » services ?, demandai-je aimablement, tout en essayant de me rappeler ce que j’avais bien pu faire de mon arsenic…avant de me souvenir que je n’en avais jamais acheté …
- Si je comprends bien le sens de votre question, vous voulez savoir ce qui est seul connu des Dieux ?
- La vérité, c’est tout ce que je demande en premier lieu…
- Si la Mort venait vous rendre visite, lui poseriez-vous la question ?
- Je doute fort que la Mort prenne le temps de m’entendre…et le sujet n’est pas là…
- Que vous croyez…. », sourit-il encore avant de lever son verre en ma direction et de le porter à ses lèvres.


J’avalais posément une gorgée de Baileys en soutenant cette fois son regard. J’avais repris assez de forces pour jouer sur le même terrain que lui, dussè-je y laisser des plumes que je n’avais pas…

Un long moment de silence s’installa, qu’il rompit le premier :

« Ma Chère, vous me semblez singulièrement muette pour quelqu’un qui, dans ses mots, donnait la part belle à la vindicte et à la provocation…Comment, je vous donne l’occasion d’une explication et vous ne savez plus quoi me dire ?? », lança-t-il, avec une fatuité qui mit un terme à son charisme hors norme…


Je repris enfin réellement le pouvoir de mes sens et de mon esprit :

« Merci de vous montrer tel que vous êtes… nous allons faire une chose…
- Ah oui ? laquelle ? », s’enquit-il, un air de gourmandise presque vulgaire défigurant ses traits .


Je pris tout mon temps pour répondre, croisant mes jambes nues devant son air décidément trop suffisant de celui à qui on ne se refuse jamais :

« Repassez demain, j’aurais préparé mon cahier de doléances…vous pouvez disposer »


Je crus qu’il allait s’étrangler avec sa dernière gorgée…Il se leva comme si on l’avait piqué et me lança un regard furieux :

« Je vois que vous ne savez pas saisir l’instant présent, vous me décevez… mais je reviendrai donc demain…ne serait-ce que pour vous montrer ce que vous manquez… »


Lorsque je repris conscience, il était 10h13 et 27 secondes, j’étais en train d’écrire un sujet sur le 14 Février et j’avoue que rêver d’un type aussi beau que trop conscient de l’être, et donc particulièrement imbu de lui-même (plus que moi, c’est un exploit) m’a laissé un goût d’inachevé…

Demain est un autre jour…

Ledit lendemain arriva...

… Et puis la trotteuse de la pendule s’immobilisa… A 10 heures13 et 27 secondes… ce 15 février.

Comme la veille, elle s’immobilisa exactement à la même heure !


J'étais seule à cette heure, absorbée dans mes pensées lorsque…

Derrière moi, une voix très proche murmura :


« Ma Dame, vous ne souhaitiez pas vraiment me voir je sais, mais… je suis là, Ma Dame, je suis là »

Je me retournai étonnée, mon esprit, dont je n’avais jamais douté qu’il fût depuis toujours rationnel et cartésien, mon esprit une fois encore en prit un sacré coup.

Non, hier, en ce 14 Février je n’avais donc pas rêvé ! Et voilà qu’à nouveau Eros était là !


Eros « est revenu »… pensai-je
Eros est revenu… Puis amusée à l’idée que cela m'évoquait une chanson de Brel je ne pus m'empêcher de remarquer qu’il toujours aussi beau ce con !

Devant moi, campé avec assurance, il affichait un sourire satisfait ; celui que procure la satisfaction d’avoir mis en place une stratégie que l’on s’apprête à mettre en application et dont on ne doute pas qu’elle soit la bonne !
Pas dupe, moi qui étais à des années lumière de quelque forme de bêtise que ce soit, ne sourcillai point, restai silencieuse.


Il reprit : « Ne vous méprenez pas Ma Dame, je suis en fait très malheureux ! » puis

« Hier soir, il s’est produit ici un phénomène exceptionnel… Une situation invraisemblable… c’est, en ce qui me concerne, une grande première en quelque sorte !… Je suis très malheureux »

Avec condescendance, il ajouta alors :

« Non que j’aie été troublé, ni légèrement désappointé par votre… étrange et insolite attitude, non rien de tout cela ! Mais…»

Son attitude se raidit, devenant affecté, il fit mine de chercher en silence les mots justes pour poursuivre, à présent manifestement mal à l’aise.


« Hier, chez vous, Ma Dame, rien ne s’est passé ici comme ailleurs, comme de coutume, … jamais en d’autres circonstances les choses ne se sont déroulées de la sorte ! »

Après un long silence, que bien entendu je ne rompis pas, perdant toute superbe, il décocha soudain son aveu, tel un cri de douleur :

« J’ai oublié mon arc !!!!!!!!! »

Puis comme s’il s’adressait à lui-même, dépité, il poursuivit de manière pratiquement imperceptible :

« J’ai oublié mon arc ………... »

Perdue Eros, ta belle assurance. Perdue la soi disant magie de ton pouvoir !

Plus question comme hier, d’affirmer aujourd’hui, que j'allais tout manquer en me refusant à toi!... Plus question de m'allécher avec d’hypothétiques paradis de plaisir, ou de me promettre des élans éthérés, de folles effusions et des parfums de peau.


Que deviens-tu Eros ? Pauvre idiot… que deviens-tu ?


(Strasbourg sans ses saucisses ? Etretat sans ses falaises ? Cambrey sans ses « bêtises » ? Sarkosy sans … … la sienne !!!)


Sans ton arc tu n’es rien !

Quand on se nomme Eros, on ne peut perdre la face.
Alors très vite il se ressaisit, mais avant que d’avoir retrouvé cette belle assurance, dans une effroyable fulgurance une flèche soudain lui transperça le cœur…
 
Eros se meurt, vive Eros !


Très tranquillement, je reposai l’arc, « Mon arc » à présent…
Puis je m’éloignai vers d’autres destinées, sans me retourner.
Non je ne me retournai pas, ni ce jour ni depuis, … je ne me retournerai plus… jamais plus… !


C’est ainsi que l’amour devint femme !

Et l’homme ? L’homme depuis fait la guerre ! …


A quand la parité « d’amour » !...

Par Ecriveuse - Publié dans : Nouvelle - Communauté : L'écriture comme antidote !!!
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Samedi 25 avril 2009

Le passé est ineffaçable.

Un passé qui ne passe pas.

L’Histoire ne paraît jamais achevée, lorsque tout n’a pas été mis au jour. De nouveaux documents apparaissent, apportant de nouvelles questions et de nouvelles hypothèses.


Lors de la coupe du monde de football 2008, on a entendu sur toutes les radios, à partir de la Suisse, l’hymne nazi au lieu de l’hymne national de l’Allemagne d’après-guerre. Lors du défilé militaire du 14 juillet 2008, à Paris, on a entendu un journaliste commenter ainsi la participation d’unités allemandes de la Bundeswehr à ce défilé : "et voici la Wehrmacht". Le lendemain, sur FR3, chaîne de télévision publique, à la fin d’un documentaire sur l’entraînement des troupes parachutistes françaises, on les entend distinctement chanter sur la musique de la Deutsche Marsch, le chant guerrier de la Wehrmacht et des divisions SS. C’est beaucoup tout de même en quelques jours.


Mais on n’a pas vu ni entendu de réactions des médias ni de nos politiques, ces dérapages paraissent être passés inaperçus.


Dans son discours du 29 janvier 2007, journée internationale de commémoration à la mémoire des victimes de l’Holocauste à l’ONU, Madame Simone VEIL, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah l’a confirmé :


"Je considère comme un devoir d’expliquer inlassablement aux jeunes générations, aux opinions publiques de nos pays et aux responsables politiques, comment sont morts six millions de femmes et d’hommes, dont un million et demi d’enfants, simplement parce qu’ils étaient nés juifs… La Shoah ne se résume pas à Auschwitz : elle a couvert de sang tout le continent européen".


Le 30 janvier 1933, Hitler et les nazis ne sont pas arrivés au pouvoir par un coup d’Etat, mais avec le soutien de la majorité des Allemands.

Dès 1933, le régime national-socialiste est fondé sur deux mots : la guerre et la race. Les résultats du plébiscite du 12 novembre 1933 sont clairs, puisque 90% des électeurs allemands répondent "oui" à la question posée : "Approuves-tu, toi homme allemand et toi, femme allemande, la politique de ton gouvernement, es-tu prêt à la reconnaître comme l’expression de ta propre conception et de ta propre volonté, à te déclarer solennellement pour elle ?".

Le plébiscite suivant, le 19 août 1934, qui a permis à Hitler de cumuler les fonctions de chancelier et de président du Reich, et d’assurer sa dictature, a été approuvé par 89,9 % des mêmes électeurs, presque une unanimité.


Ces électeurs savaient déjà que les nombreux camps de concentration ouverts par la SA et la SS depuis le 5 mars 1933, plus d’une centaine créés à la périphérie des grandes villes, regroupaient en juillet 1933 soixante mille opposants ou supposés opposants au régime, et que deux mille d’entre eux avaient déjà été assassinés.


Ces électeurs n’ignoraient rien des brutalités contre les juifs et les opposants politiques, ni des affrontements violents et meurtriers entre les militants communistes et socialistes et les milices de la SA, qui a compté jusqu’à trois millions de membres, de la SS et des officines de l’extrême droite, promues polices auxiliaires, versées ensuite dans la Wehrmacht en 1936.


Voilà pour le cadre, le contexte. Dans Mein Kampf, qu’il avait écrit en prison après sa défaite lors du putsch de novembre 1923, Hitler avait bien prévenu : la guerre serait nécessaire pour trouver à l’Est de l’Europe son "Lebensraum", l’espace vital nécessaire au peuple allemand et il démontrait sa haine viscérale des juifs.


La déportation, en tant que telle, est un des épisodes de la destruction des juifs mise en œuvre, relativement tardivement, après la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 et la déclaration de guerre de Hitler aux Etats-Unis.

On n’a pas retrouvé d’ordre écrit de Hitler, mais sa parole suffisait aux dignitaires nazis, ce qu’on appelait l’ordre verbal de Hitler, ou encore la volonté du Führer.

Il n’y a pas eu non plus de mise en œuvre d’un plan cohérent initial prévu par les chefs nazis. Chaque phase nouvelle a été adaptée aux circonstances.


D’abord, dès 1933, les juifs ont été invités à quitter le Reich, en y laissant tous leurs biens. Selon l’éminent historien Raul Hilberg, dans son étude remarquable, près de quatre cent mille juifs ont réussi à quitter le vieux Reich entre 1933 et le 31 octobre 1941, lorsque cette possibilité a été interdite, mais ceux qui se sont réfugiés en France ou dans les pays qui seront conquis par les Allemands ne seront pas à l’abri, une fois la guerre déclarée.


De 1933 à 1941, il ne s’est pas passé une journée sans que le gouvernement allemand, l’un des ministères, ou l’une quelconque de ses administrations, tant au plan national que local, ne prenne un ordre, une décision, un décret, une circulaire discriminatoire et de persécution contre les juifs en Allemagne.


C’était la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre parmi nous dans le Reich", durant laquelle les juifs sont identifiés, marqués, repérables par tous les autres Allemands. Ils sont soumis à toutes les brutalités et sévices. Dès le début, ils sont exclus de toute la fonction publique, de l’armée, des professions médicales et libérales, puis du monde du travail, ils ne peuvent plus bénéficier des assurances sociales, les malades n’ont plus le droit d’être soignés à l’hôpital, les élèves n’ont plus accès à l’école, ni à l’université. Les nazis disent des juifs qu’ils ne veulent pas travailler, mais on leur interdit de travailler. Ils sont forcés de se déclarer comme chômeurs et sont affectés aux gros travaux les plus durs, les plus pénibles, terrassement, construction de routes, de tunnels, asséchage de marais.

Puis ils sont obligés de quitter leurs logements, et sont parqués dans des quartiers spéciaux.

Leurs biens et leurs commerces, leurs entreprises sont saisis et aryanisés, vendus par les banques aux plus offrants, souvent des banques, qui en ont fait des profits considérables.


Puis vient la guerre, la campagne de Pologne et la création des Einsatzgruppen, ces équipes de tueurs et de criminels, qui assassinent leurs victimes, les populations juive et polonaise, au cours de massacres de masse. Les nazis prévoient de déporter ces populations vers l’Union soviétique et de les remplacer par des Allemands de souche venus d’Allemagne ou des territoires conquis.

Les ghettos sont créés dès octobre 1940 dans chaque ville de Pologne, les juifs y sont parqués et emmurés, enfermés dans des clôtures de barbelés électrifiés, contraints de survivre dans des conditions inhumaines. Les juifs du Reich sont aussi envoyés dans ces ghettos surpeuplés, insalubres, où ils meurent par dizaines de milliers de maladies, de faim, et sous les coups et les violences des soldats d’occupation, SA et SS, mais aussi de la Wehrmacht.


Après la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre parmi nous dans le Reich",
c’est la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre parmi nous".


Au printemps 1941, dans l’Europe occupée, en Yougoslavie, en Slovaquie, commencent les exécutions de masse.

Puis c’est l’opération Barbarossa, le 22 juin 1941, l’invasion de l’URSS. Commencent alors les exécutions massives des juifs dans les pays baltes, par les membres des Einsatzgruppen, les troupes spéciales et leurs commandos spéciaux, au cours d’un nombre incalculable de tueries, de villages rasés. Si ces unités sont composées de trois mille SS, elles comptent aussi plusieurs milliers de supplétifs lituaniens, lettons et ukrainiens. Les nazis ont fait une utilisation frénétique des termes "sonder" et "einsatz", qui signifient "spécial". Le nombre des victimes, pas toujours comptabilisé par les rapports d’activité de ces groupes de grands criminels, est estimé à un million et demi. Les populations juives et soviétiques sont exterminées, enfouies dans d’immenses et innombrables fosses.


Une fois passé le stress du début de leurs meurtres, les tueurs deviennent totalement insensibles à ce qu’ils faisaient, aidés par l’alcool en quantité, d’autres y ont pris du plaisir, de l’excitation, ils ont inventé de nouvelles formes d’humiliation, ont cédé au sadisme, comme en témoignent des dizaines de milliers de lettres de ces hommes à leurs familles.


Sur les trois mille membres de ces unités spéciales, moins de deux cents ont été jugés après la guerre, et même souvent acquittés, "ils obéissaient aux ordres". Sur quatorze condamnations à mort à Nuremberg, quatre ont été exécutés, les condamnés à la réclusion à perpétuité ont tous été libérés en 1955, parfois en 1958. Ils ont été reclassés dans la police allemande après la guerre, et n’ont pas été inquiétés.


Après la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre parmi nous dans le Reich",
et la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre parmi nous",
c’est la période de : "Les juifs ne peuvent pas vivre".


Pour éviter à ses hommes des maux de tête, les tensions psychiques, l’effondrement nerveux, l’alcoolisme, et au début les stratégies d’évitement de leur participation aux tueries de masse, Himmler et Heydrich ont fait mettre au point les camions à gaz. Puis ce sont des juifs qui ont été forcés de s’occuper des victimes tuées dans ces camions.


Après les camions à gaz sont venues les chambres à gaz, le premier essai concluant a eu lieu dans la nuit du 5 septembre 1941, à Auschwitz, par le gazage d’un millier de prisonniers soviétiques arrivés au camp le soir-même.


La déclaration de guerre de Hitler aux Etats-Unis, le 11 décembre 1941, a accéléré le processus de construction des camps d’extermination et de destruction des juifs et des tsiganes, mais aussi de populations non juives, serbes, russes, polonaise, sans oublier les milliers d’otages et résistants d’Europe de l’ouest, assassinées à Chelmno, Sobibor, Treblinka, Majdanek et Belzec.


Les techniciens du génocide, universitaires, économistes, médecins, avaient estimé à onze millions le nombre des juifs d’Europe à exterminer et à trente millions le nombre de slaves à faire périr après la guerre, pour étendre leur espace vital à l’Est.


Les Allemands n’étaient pas seuls pour réaliser leurs infâmes activités. Les gouvernements de leurs pays alliés, Roumanie, Slovaquie, Croatie, Hongrie, Bulgarie, et des pays conquis, comme la France de Vichy, ont édicté leurs propres lois de persécution des juifs et leur déportation.


Le projet d’envoyer un Einsatzgruppe en Afrique du nord en 1943, pour y assassiner près d’un demi million de juifs a été abandonné du fait que le vent avait tourné, avec le débarquement allié.


Au printemps 1943, l’exhumation de quatre mille cinq cents cadavres à Katyn, en Pologne, a alerté les Allemands, mis en accusation dans le monde, sur la nécessité de conserver leurs activités criminelles secrètes. Himmler a confié à l’officier SS Blobel la création du Sonderkommando 1005, une unité spéciale composées de quelques dizaines de SS et de plus d’un millier de déportés juifs. Cette unité, à partir des informations fournies par les Einsatzgruppen, était chargée de retrouver le plus grand nombre possible de lieux d’exécutions, d’en effacer toutes les traces et les preuves, pour que ces massacres ne puissent pas être révélés et utilisés contre les Allemands et pour ne pas permettre que le nombre de leurs victimes ne puisse être comptabilisé après la guerre. Bien sûr, les juifs de ce commando spécial, des témoins, ont été exécutés à leur tour.


Lors de la retraite des forces d’occupation allemande devant l’Armée Rouge, qui a libéré les camps de Pologne, et devant les autres forces alliées qui libéraient les camps de concentration du Reich, les nazis ont contraint les survivants des camps à de longues marches forcées, de centaines de Km, qui ont majoré de dizaines de milliers le nombre des morts.


A leur retour, peu de déportés survivants ont parlé de ce qu’ils avaient dû subir, pour l’essentiel parce qu’ils n’auraient pas pu être crus.


Les persécutions des juifs sont donc mises en œuvre, d’abord par leur identification, qui permet ensuite leur regroupement, puis le regroupement qui permet leur extermination, sur place dans les ghettos ou dans les camps créés à cet effet.


La déportation recouvre donc des phases distinctes. Mais elle reste l’aboutissement d’une volonté criminelle d’éliminer des millions de gens en raison de leur origine et de leur religion.


Considérer avec détachement ces faits relatés n’est pas imaginable, même si les faits sont devenus anciens et semblent relever de l’Histoire, près de soixante-dix ans plus tard. Ne devons-nous pas nous attendre à moyen terme, si nous n’y prenons garde, dans une hypothèse d’une sorte de banalisation des mots et de leur sens, consécutive à la disparition des derniers témoins de cette période et survivants des camps de concentration et d’extermination, à un renouveau des allégations révisionnistes ? A l’image de ce qui se passe en Lituanie et en Ukraine depuis peu de temps, où un monument à la gloire de la division SS Galicia, une division de volontaires ukrainiens décimée par l’Armée Rouge en 1944, vient d’être érigé.


Quant au terme "génocide", inventé en 1944 par Raphaël Lemkin, juriste américain, expert en droit international public, quelle représentation les plus jeunes en ont-ils véritablement, que recouvre-t-il pour les jeunes générations, autres que juives, russes, de l’ex-Yougoslavie, de certains pays d’Afrique, le Ruanda, le Soudan, l’Ouganda, et d’Asie, Cambodge, Timor, par exemple, pour une période plus récente, dont des dizaines de milliers de familles entières, regroupant plusieurs générations, sont totalement disparues, et sauf peut-être pour nos élèves lorsqu’ils sont allés à Auschwitz avec leur lycée.


Nous avons une mission, ne plus permettre que cela se reproduise.

Par Ecriveuse - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Dimanche 8 mars 2009

Noël dernier a, bien entendu comme tous les ans, apporté son lot de cadeaux aux monstres a priori sages. Enfin, c’est pas le jour de Noël qui a amené quoique ce soit, mais le Père Noël, alias nous. Plus précisément moi (le Père Noël était overbooké cette année, et le père tout court a du mal à se bouger pour faire les magasins. Donc c’est bibi qui s’en charge à chaque fois, même si ça me gonfle autant). Lasse de leur prendre des jouets qui finissent invariablement en pièces détachées, ou en vrac partout dans la maison, j’ai opté notamment pour un jeu de société ‘les incollables, le jeu’, sorte de trivial pursuit adapté à tous les âges. Sur chaque carte, en effet, il y a une question pour chaque classe : CP, CE1, CE2, CM1, CM2, Collège et Adultes. Je note d’ailleurs que les lycéens n’ont pas voix au chapitre, mais sans doute que c’est parce que les concepteurs du jeu en question connaissent les ados et savent que jouer avec les parents, c’est trop la loose. Bref.

En l’occurrence, ce matin, un lapin… Non, pardon, je m’égare.

En l’occurrence, ce matin, les enfants ont déballé la boîte. Nous avons donc commencé non pas une partie, mais au moins à lire quelques questions, pour voir.

« Alors, on commence par qui ? demandé-je le temps que Justine ait trié les cartes par catégorie.
- Ben par moi ! » me répondent en chœur les deux monstres gentils.

Je soupire. Evidemment, à quoi m’attendre d’autre.

« Je vois. Bon. En général, c’est le plus jeune ou le plus vieux qui débute.
- Mais c’est toi la plus vieille maman ! Alors c’est toi qui commences », énonce doctement ma fille.

Elle n’a pas dû comprendre le regard mauvais que je n’ai pu m’empêcher de lui adresser. En même temps, je devrais savoir qu’il ne faut jamais tendre la perche. Ou le bâton. Parce qu’il me revient toujours façon boomerang dans la tronche.

« Hum. Finalement, je préfère quand on dit que c’est le plus jeune qui commence.
- Ah ? alors non, c’est pas toi, Maman. »

Grmble. Etrangement, le ton de ma fille a semblé dire la même chose que précédemment.

« Allez Robin, commence », le tance sa sœur.

Dont acte.

Robin lance le dé, avance son pion et Juju lit la question. Loisirs.

« Robin, dans quel sport joue-t-on avec de petites raquettes sur une table ? »

J’ai omis de mentionner que Robin n’est pas au CP mais en dernière section de maternelle. Il réfléchit un instant et répond :

« Heu, le tennis ? »

Evidemment. Encore que techniquement, pour paraphraser Coluche, le tennis, c’est pareil que le ping pong, sauf que les joueurs sont debout sur la table.

« Non mon cœur, c’est le tennis.
- Mais c’est pareil ! se révolte le petit.
- Presque. Mais c’est à Juju quand même. »

Ma fille, ravie, s’exécute. Question citoyenneté.

« Alors, vrai ou faux : en France, un homme peut être marié avec plusieurs femmes en même temps ? »

Justine prend son temps et finit par répondre:

« Je dirais non mais je suppose que la réponse, c’est oui. »

Interloquée, je la regarde prête rire. Mais son air blasé me laisse à penser que finalement, c’est peut-être pas si drôle que ça. Et puis si, c’est drôle qu’une enfant de presque 9 ans se sente déjà désabusée.

« M’enfin, Juju ! Pas du tout !
- Ben pourtant, le père de XXX, il…
- Mais non, ma belle, la question c’était ‘en même temps’ !
- Ben oui, j’avais compris ! »

Aie. Il faut vraiment que je m’intéresse à ce qu’elle vit dans ses conversations à l’école avec ses camarades. Histoire de lui expliquer un certain nombre de choses…

« Bon, à Robin.
- Mais et toi, Maman ?
- Bah, moi, je veux surtout vous écouter jouer. »

J’allais quand même pas leur dire que je risquais de ne pas savoir répondre à tout ! Je veux qu’ils gardent encore un peu la notion que je sais (presque) tout sur (presque) tout. Et je suis une mère indigne si je veux.

« Robin, où les ambulances emmènent-elles les blessés ?
- Trop facile, rétorque vivement le petit : en prison ! »

Là, l’éclat de rire a fusé tout seul.

« Mais non, Robin ! réplique sa sœur, professorale. A l’hôpital !!!
- Ah bon ? demande son frère, sinèrement étonné.
- Ben oui ! Quand Mamie s’est cassé la jambe à la maison, on ne l’a pas emmenée en prison ! »

En même temps, Robin ne pouvait pas se souvenir de ça. Il avait à peine 9 mois. Cela étant, on le lui rappellera un jour parce que c’est de sa faute, en effet, si ma môman s’est cassé le fémur à l’époque. Mais c’est une autre histoire.

« Justine, quel peintre célèbre de la renaissance a inventé le parachute et le sous-marin ?
- Je sais, je sais ! s’écrie-t-elle. Léonard… Di Carpaccio !!! »

Alors, dans un premier temps, je suis soufflée qu’elle en ait une vague notion. Ensuite, j’ai une vague angoisse en me rendant compte qu’elle peut aussi faire référence à Di Caprio que je honnis en général.

« Hein ?
- Ben oui, celui qui a peint la femme qui sourit, tu sais ! Comment elle s’appelle déjà ?
- La Joconde ?
- Oui voilà !!!
- Ah tu veux dire Léonard de Vinci ?
- Oui !!!
- Ok, bon, on va dire que c’est bon alors. Rejoue », fis-je soulagée.

Contente, la gamine continue.

« Sur un emballage que signale une tête de mort ?
- Pff, ben la mort, évidemment. »

Ok. Mais c’est peut-être un peu radical comme résultat.

« Pas exactement mais tu n’es pas trop loin du principe.
- Heu… La presque mort ? » tente-t-elle.

J’hésite à lui demander ce qu’elle entend par là mais elle se reprend.

« Ah non, je sais ! Danger de mort !
- Voilà. C’est ça. Rejoue.
- Mais pourquoi elle rejoue ? s’étonne son frère. Moi aussi j’avais presque raison tout à l’heure. »

Je reste une seconde à me demander ce qu’il veut dire et je comprends : je lui avais laissé entendre que pour le ping pong, c’était presque ça.

« Oui mais tu n’avais pas trouvé quand même, trésor.
- C’est pas juste !
- Bah, c’est pas grave, Robin, allez, c’est à ton tour », lui dit sa sœur, terriblement conciliante tout à coup.

Je le regarde tour à tour et ne peux m’empêcher de lancer, narquoise.

« Robin, si tu réussis déjà à faire en sorte que ta sœur soit aussi magnanime, pas de doute, tu tomberas toutes les filles, plus tard…
- Ouais, fait le petit homme. Je leur ferai des prises de judo. »

Ah, celle-là, franchement, je ne m’y attendais pas… J’ai été prise d’un fou-rire qui a mis un temps infini à se calmer. Il allait falloir que je veille au grain. Histoire de ne pas avoir les parents des filles en question sur le dos un jour…

N’empêche, les réponses valaient leur pesant d’or. Vous ne trouvez pas ?

Par Ecriveuse - Publié dans : Mots d'enfants - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 6 mars 2009
« Dis Maman, c’est qui la fille du coupeur de joints ? »

Ah oui, forcément, là, à défaut de m’étrangler avec une gorgée de café, puisque je n’avais plus de café, mes doigts trébuchèrent sur les touches de mon clavier.

Je levai les yeux de mon écran où apparaissait un mot inconnu, et réprimai mon fou-rire.

« Heu… Ma Doudou, comment t’expliquer…, commençai-je.
- Ben c’est une fille, ça j’ai bien compris quand même.
- Ah oui, oui.
- Tu la connais ? »

Dans une autre vie oui. Mais je n’allais pas l’embrouiller.

« Non, ma chérie. Mais tu sais, les personnes dont on parle dans les chansons n’existent pas toujours.
- Ah bon ?
- Comme qui ?
- Bipèèèèèèède à station verticale ! » chanta brusquement mon fils en arrivant dans le salon.

Bon, là, l’éclat de rire est parti tout seul. D’abord parce que c’était dans la droite ligne de la question de Juju, et ensuite parce que Robin répète les bons mots sans savoir du tout ce qu’il dit. Ils me font le coup en anglais, remarquez. Avec la chanson d’une série sur Gulli. J’avais été sidérée de constater qu’ils chantaient en cœur les bonnes paroles sans en comprendre un mot. Alors en français…

« Maman, maman, tu peux mettre la chanson verticale ? continua mon gamin sur sa lancée, en cessant toutefois de chanter.
- Alors maman, c’est qui ? répéta ma fille.
- C’est qui, qui ?
- Tu sais, la fille du coupeur de joint ! »

Je me levai, insérai le CD dans le lecteur et sélectionnai la 2ème piste.

« Ma Doudou, tu es un peu petite encore pour comprendre. Mais je t’expliquerai.
- D’accord. »

Je me rassis à ma place.

Tout bien considéré, faire entendre Thiéfaine à mes enfants, c’était peut-être pas la meilleure idée que j’ai eue…
Par Ecriveuse - Publié dans : Mots d'enfants - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Mercredi 4 mars 2009

Et que faut il faire ?

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce
Grimper par ruse au lieu de s'élever par la force ?
Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naitre un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci ! Déjeuner chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ? ...
Non, merci ! D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non merci !

S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh ! Pourvu que je sois
Dans les petits papiers de Mercure François"?
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?

Non, merci ! Non, merci ! Non, merci ! mais chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre quand il vous plaît son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non se battre - ou faire un vers!
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune.
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : "mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles"
Puis s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rendre compte à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul.


[...]


Eh bien oui, c'est mon vice !
Déplaire est mon plaisir, j'aime qu'on me haïsse.
Mon cher, si tu savais comme l'on marche mieux
Sous la pistolétade excitante des yeux !
Comme, sur les pourpoints, font d'amusantes taches
Le fiel des envieux et la bave des lâches!
- Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,
Ressemble à ces grands cols d'Italie, ajourés
Et flottants, dans lesquels votre cou s'effémine :
On y est plus à l'aise... et de moins haute mine,
Car le front n'ayant pas de maintien ni de loi,
S'abandonne à un pencher dans tous les sens. Mais moi,
La Haine, chaque jour me tuyaute et m'apprête
La fraise dont l'empois force à lever la tête;
Chaque ennemi de plus est un nouveau godron
Qui m'ajoute une gête, et m'ajoute un rayon :
Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,
La Haine est un carcan, mais c'est une auréole !

Par Ecriveuse - Publié dans : Bribes en vers - Communauté : L'âme du poète
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